71′. Belfast and furious.

'71 film still

Faut-il aller voir 71′ ?

C’est l’histoire de Gary. Salut Gary ! Un jour Gary arrivait en Irlande et Wow crack Piouuuu Prrrrr Tatatatatata Pow Pow Aaaaah BOUM !

Fiou !

Il s’est caché Gary. C’est n’importe quoi l’Irlande. Tout le monde tire dans tous les sens sur tout le monde tout le temps. Les soldats tuent les mecs de l’IRA, les mecs de l’IRA tuent d’autres mecs de l’IRA avec l’aide de soldats déguisés en flics qui tuent les britanniques par erreur et qui sauvent des soldats avant de tuer d’autres soldats.

Si Ken Loach avait adapté Super Smash Bros dans l’Ulster, il aurait fait un truc comme ça. Le bordel, la poudre et la sueur. Un spectacle horrible et fascinant. D’abord parce qu’on a toujours un peu de mal à accepter qu’il y a eu une guerre civile ultra-violente à trois heures d’avion dans les années 70. Et aussi, parce que le réalisateur nous plonge dedans comme un poisson dans l’huile.

On dérouille.

Certes, les premières minutes font semblant de s’intéresser à la psychologie du personnage principal, mais c’est pour te laisser le temps de trouver une bonne position sur ton siège. Et puis ça commence. Les femmes frappent le sol avec des couvercles de poubelle, la peur se lit sur tous les visages et les hommes sont à bout, bouillants.

Comme promis, rien ne se passe comme prévu. Gary court dans tous les sens, la caméra le suit, nous aussi et à la fin de la première scène on a l’impression d’être aussi essoufflés que lui. Et puis quoi ? Et puis la même chose. La même chose pendant une heure et demie.

Au départ on reste accroché. Il y a un petit garçon pas très crédible mais mignon. Des méchants trop mignons pour être crédibles, mais ça va. Boum. Une jolie explosion plutôt bien faite. Et ça continue. Le héros qui court, les rues qui défilent, les méchants qui le filent. Bon…

Lorsque le pauvre Gary se retrouve mis en joue pour la 15ème fois, on nous fait toujours le coup ultra-ringard du méchant de James Bond : tir dans le mur (qu’est-ce qu’ils visent mal les mec de l’IRA !), pistolet enrayé assez longtemps pour laisser le héros s’enfuir, petit discours pré-mortem pour permettre à la cavalerie d’arriver… Et il faut reconnaître qu’on a déjà vu tout cela deux mille fois, pas forcément en mieux, mais au moins en aussi mauvais.

Et c’est un peu le problème du réal : même si t’es balèze pour tourner les scènes d’action, tu ne peux pas tenir une heure et demi juste avec des mecs qui courent dans la rue, et une demi-discussion tous les kilomètres (“Tu viens d’où ? Derby. Ah ouais je connais. Oh vite les méchants, allez on s’enfuit !”). Bien-sûr, le scénario tente aussi de nous délivrer la complexité de la guerre et de la paranoïa collective, mais on n’a pas le temps de les voir, Gary s’est remis à courir.

A la fin, on y croit plus trop, ou alors on s’en fout : le héros a tellement failli crever qu’on a bien compris qu’il était increvable. Nous par contre, on est un peu fatigués.

En Bref : Il ne faut pas aller voir 71′. C’est bien fait, immersif, et trempé dans un sujet passionnant. Mais le réalisateur se fout pas mal du contexte, il préfère faire péter des murs et courir après Gary.

Et pourtant, comme disait mon amie Nyv, le film peut être vu comme une métaphore de la vie. Surtout si tu considères que la vie se résume à détaler dans des couloirs, poursuivi par des moustachus surarmés qui veulent ton scalp, alors qu’en fait t’as rien fait.

Alors je suis d’accord. La vie c’est ça. Surtout le lundi.

Les poings contre les murs. Papa est en voyage de fer.

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Faut-il aller voir Les poings contre les murs ?

Eric est un meurtrier socioopathe, ultra-violent et complètement barge. A tel point qu’il quitte rapidement la deuxième division de la prison pour mineurs et se retrouve chez les vrais cramés, dans un quartier de haute-sécurité. Heureusement, il peut enfin y retrouver son père, un meurtrier sociopathe, ultra-violent et complètement barge.

Si Sigmund Freud avait été scénariste, il n’aurait sans doute pas écrit ce film. Mais il l’aurait probablement trouvé “Sehr sehr interessant !” Sans déborder de finesse dans son analyse, le film tente de réfléchir sur l’héritage de la violence, les relations père-fils et le coup de la savonnette. C’est pas idiot. Certainement moins que la deuxième saison de Prison Break en tout cas.

Mais ce n’est pas le coeur du film. Et d’ailleurs, on se demande s’il en a un. Car l’histoire est glaciale comme une nuit avec Michèle Alliot-Marie. On avait quitté David MacKenzie en pleine love-story apocalyptique, c’était joli, croquinou, un poil trop cheesy même. Entre temps, David a dû se faire larguer.

Dés les premières minutes, Les poings contre les murs est bestial. Complètement siphonné, le héros est tellement violent qu’on sursaute quand il cligne de l’oeil, terrorisés à l’idée qu’il puisse sortir de l’écran pour nous déglinguer. C’est peut-être ça, le coeur du film : la violence.

Hypnotisant, le jeune acteur déploie une énergie tellement folle que tout le casting en résonne. En sa présence, chaque discussion vire au carnage, chaque manche cache un couteau et chaque sourire peut mordre à tout moment. Cette tension de tout instant, d’une noirceur effrayante, justifie à elle-seule d’aller voir le film.

Mais au-delà de cet uppercut abdominal, il semblerait que le scénariste n’ait pas grand chose d’autre à nous dire. Ça tombe bien, on n’entend plus rien.

En bref : Il faut aller voir Les poings contre les murs, malgré la traduction minable de son titre. Il ne faut pas y aller pour la justesse de ses dialogues, l’inventivité de sa mise en scène ou la profondeur de son scénario, il faut y aller pour en prendre plein la gueule.

Comme une version hardcore carcérale de La Zizanie, où les romains auraient des tatouages, le crâne rasé et une forte envie de mordre Astérix dans les sesterces.