Taxi Téhéran. Jafar balise.

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Faut-il aller voir Taxi Téhéran ?

C’est l’histoire d’un mec qui conduit un taxi à Téhéran. Il croise un voleur de droite, une institutrice de gauche, un nain de jardin et sa nièce, qu’est chiante.

Que se passe-t-il ?

Rien, ou presque. Jafar conduit, avec son demi-sourire et une go-pro sur le volant. Deux femmes vont libérer leurs poissons dans un lac, un pirate vend des films américains bidons, une fille ramène son vieux mari en vrac et une avocate rend visite aux martyrs en prison.

Ça rime presque, mais ça ne rime à rien. Alors quoi ? On s’en fout ?

Non Régis, on ne peut pas s’en foutre. Même sur un blog à la con, qui ne confond pas la politique et le cinéma, on est rempli d’admiration pour ce taxman vidéaste. Parce qu’il s’appelle Jafar Panahi, cinéaste emprisonné, interdit de filmer par la théocratie iranienne, et parce qu’à chaque seconde de ce film clandestin, lui et ses acteurs risquent de se faire arrêter pour passer une année à l’ombre, ou dix, ou plus encore.

Aimer le cinéma, au point de risquer sa liberté pour filmer, de planquer des caméras dans un taxi et d’écrire un huis-clos où les personnages sont tous assis au même endroit, c’est un amour qui impose le respect. Et devant un tel combat, même le Règne ferme sa grande gueule.

Voilà.

Maintenant parlons cinéma.

Et franchement… On s’emmerde dans ce taxi. Les scènes se suivent sans être liées, la jeune actrice lutte avec ses répliques et avec toute l’admiration que j’ai pour Jafar Panahi, le réalisateur n’a pas une once de charisme, de magnétisme ou d’aspérité à l’écran. Ça tombe mal, on passe un plan sur deux à le regarder conduire.

Hors cadre, il écrit pourtant bien. Avec discrétion et pas mal de courage, les dialogues dézinguent l’autoritarisme du régime iranien, mais pas assez pour secouer le spectateur : bercé par le ronronnement du moteur et les jolies liaisons de la langue persane, il a fallu que je me morde les joues, pour ne pas tomber sur le volant.

En Bref :  Il ne faut pas aller voir Taxi Téhéran. Malgré l’éloge critique, malgré l’Ours d’Or de Berlin et malgré l’énorme vivacité du cinéma iranien, l’espace confiné de la voiture trouve très vite ses limites, les saynètes n’échappent pas à l’effet catalogue et le personnage principal est noyé dans son impossibilité de parler librement.

Evidemment, il faut y aller, si vous aimez l’héroïsme du geste, si vous aimez l’Iran, si vous voulez soutenir un combattant de la liberté et si, comme moi, vous admirez ceux qui risquent leur vie pour le cinéma, quand d’autres utilisent le cinéma pour gagner leur vie.

Mais pour toutes ces raisons, vous n’avez pas besoin de mon avis.