L’Interview qui tue ! Kim cadré chiant.

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Faut-il aller voir L’interview qui tue ! ?

Je ne vais pas m’éterniser.

Il arrive que je saute une critique quand je suis trop en retard, sous l’eau ou quand le film ne vaut vraiment pas le coup. Nous y sommes. Et en plus c’est la nuit. Mais que voulez-vous, j’ai des principes.

Avoir des principes. Une notion assez floue. Et je comprends bien qu’il faille parfois déroger à l’ordre et la morale. Après tout, même l’abbé Pierre a laissé son regard traîner sous les jupes des filles. De toute façon, l’art est inutile par essence, ce n’est pas Patrick Bruel qui vous dira le contraire.

Mais en sortant de ce film, je ne peux pas m’empêcher de m’interroger : les 89 millions de dollars dépensés pour produire et promouvoir L’interview qui tue ! n’auraient-ils vraiment pas été plus utiles dans les poches de… la Fondation Abbé Pierre ? Ou Oxfam ? Ou dans les miennes ?

Je ne sais pas trop si je crois dans le pouvoir de l’humanitaire. En revanche je sais très bien ce que je pense des films de merde.

Ils sont nuisibles.

Parce que le cinéma est un sport d’équipe. Si les chefs d’oeuvres relèvent le niveau général, les nanards tirent toute l’industrie vers le bas. N’ayons pas peur d’être concret : si ton goal enroule ses parties génitales dans le filet pour rigoler, c’est toute ton équipe qui va prendre des buts. Et ça sera surtout dégueulasse à regarder.

Pourtant, le film ne commence pas pire que n’importe quelle daube américaine : c’est con, assumé et il doit même y avoir un ou deux gags qui font sourire. Très bien, personne ne ment, c’est marqué sur la boîte : il y aura du caca, des zizis et des Coréens. Vous n’êtes pas venu réfléchir sur la rémanence du dualisme chronologique chez Husserl.

Malheureusement, tout cela dure. Et les cinéastes abandonnent rapidement leur micro-ambition pour faire simplement n’importe quoi, sans même y prendre plaisir. James Franco joue comme un ballon de baudruche, Seth Rogen y ressemble, c’est l’horreur. Les mecs se croquent les doigts, s’enfoncent des sondes dans le cul et se trémoussent sur Katy Perry.

Moins drôle, les scénaristes trouvent ça marrant de faire passer Kim Jong-Un pour un type colérique et un peu efféminé. 75 ans après Le Dictateur de Chaplin, la notion de “progrès” semble assez floue.

Celle de “principe” s’est définitivement dissoute, quelque part au milieu d’un prout.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’interview qui tue ! ? C’est nul. C’est une tache de plus sur le manteau dégueulasse du septième art. Tout le monde s’en fout, mais c’est une épine de plus qu’on m’enfonce dans l’oeil.

Alors aux petits lapins de Sony, qui voudraient nous faire pleurer parce que les vilains hackers coréens ont piraté leur système, je n’aurai qu’une chose à dire : bien fait pour vos gueules.

89 millions de dollars pour hurler votre bêtise à la lune. Vous êtes l’Empire romain qui fait la fête avant d’imploser.

Spring Breakers. Miami vide.

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Faut-il aller voir Spring Breakers ?

C’est l’histoire de quatre meufs qui vont faire la fête en Floride parce que c’est trop cool. C’est l’histoire des ados qui prennent des trucs pour trouver quelque chose. C’est surtout l’histoire de rien. Du grand rien qui résonne dans notre époque.

Cette histoire, c’est ce que mon colloc Doudi appelle le festivisme (en citant un mec qui s’appelle Philippe Muray) : Avant l’homo sapiens sapiens savait qu’il savait. Aujourd’hui l’homo festivus festivus fait la fête parce qu’il fait la fête. Comme la vie n’a pas de sens, que l’avenir est foutu et que les ours disparaissent, autant se bourrer la gueule et sucer des bites.

C’est fort. La jeunesse désespérée, la recherche de l’absolu, le passage à l’âge adulte. Vu d’ici, on dirait presque un bon film.

Pourtant je suis sorti de Spring Breakers avec la fureur, le dégoût et une putain de migraine. Au bout de dix minutes, on comprend que le réalisateur n’a aucun propos, aucune intention et aucun talent. Ça dure deux heures, et en plus ça empire.

Le chef-op secoue sa caméra, sautille, colorise, ralenti, stylise et flou-net à foison pour tenter de créer quelque chose, sans jamais être foutu de faire un plan intéressant ou simplement beau.

A genoux, les critiques m’expliquent que c’est d’la poésie trash, un trip sensoriel, un conte dark et pop qui dénonce la société des consumers. Bande de blaireaux. Les anglicismes sont has-been depuis 2008. Et si ce film est trash, je suis un canard.

Et pourtant il essaie. Il se démène pour choquer le bourgeois. Mais rien n’y fait, Harmony Korine a beau filmer des minettes avec des flingues, des jeunes qui prennent de la coke et des kilomètres de fesses au ralenti, il a juste l’air d’un vieux frustré qui place sa caméra là où il n’a jamais eu l’occasion de mettre sa teub.

Mais surtout, on s’ennuie comme des scouts morts.

Sans déconner, c’est ça le rock n’roll ? Se foutre les seins à l’air sur une plage, rouler une pelle à ta copine et boire du Jack Daniel’s ? Mes couilles putain. C’est juste les années 70. Si ce film est radical, c’est que le monde est un conclave.

Quant à dénoncer. Korine n’y pense même pas. Son film est aussi vain que la jeunesse qu’il croit montrer. Tout le reste, c’est le taf des critiques, qui flattent leur intelligence en voyant du Sartre dans un travelling sur des nichons.

Et même ceux-là sont en plastiques. Car malgré son casting de jeunes filles en fleurs et ses affiches racoleuses, le film ne parvient même pas à être sexy une seconde. Tous les goûts sont dans la nature, mais des barbies qui tirent la langue dans une piscine en se frottant contre un dreadeux blanc, moi ça m’donne plutôt des hauts-le-coeur.

Désolé maman d’avoir dit des gros mots. Mais j’aime trop le cinéma et ma rétine. Et ils viennent d’être salement agressés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Spring Breakers. C’est ce que j’ai vu de plus mauvais en salle depuis l’infâme Sucker Punch. Même pas bandant, même pas choquant, même pas prenant, même pas délirant. Spring Breakers est le manifeste idiot et laid d’un vieux satyre qui n’a manifestement pas digéré un truc dans son subconscient.

Sinon, vous pouvez toujours trouver, comme Serge Kaganski, que c’est “du Godard boosté au Red Bull”, ce qui est rassurant : malgré la crise et le chômage de masse, on peut encore trouver du travail en écrivant n’importe quoi.