Campion du monde ?

Faut-il aller voir Bright Star ?

C’est bien beau de jouer les arbitraires, mais je dois vous avouer que je suis profondément partagé, perturbé et ému. Plus que jamais, cette critique est subjective.

Impossible de parler de Jane Campion, la réalisatrice du film, sans citer sa Leçon de piano, palmée d’or à Cannes il y a 16 ans. Autre façon de dire qu’elle n’a pas fait grand chose depuis. Mon seul souvenir remonte à In the cut. A part Meg Ryan qui se trémousse dans son lit et une scène de pipe mémorable, rien de bien génial. Pour couronner le tout, j’ai horreur des films en costumes. C’était mal barré.

Dans l’Angleterre du XIXe, le jeune poète méconnu John Keats tente de vivre de son art. Il rencontre Fanny Brawn, sa voisine et la passion les emporte. Elle est d’autant plus forte que les amants feront face à la pauvreté, au carcan social et à la maladie. Le tout avec des chapeaux haut de forme, ce qui ne facilite pas les choses.

Le romantisme a ceci d’énervant, qu’il cache, sous une bonne couche d’auto-apitoiement, un mélange d’égocentrisme et de lâcheté très masculin. La poésie qui en émerge n’en est pas moins belle. En revanche, les nombreux poèmes qui traversent le film le font si rapidement que l’on peine à les saisir. Le genre poétique, semble-t-il, est mal adapté au rythme du cinéma.

Le film souffre également d’une narration assez lente et d’un classicisme qui confinerait à l’austérité si Jane Campion ne donnait pas une telle beauté aux images. Ce style épuré a l’avantage d’esquiver habilement la guimauve. Mais on a parfois l’impression de s’ennuyer, assis sur un banc, dans un musée sur la peinture hollandaise. Et pourtant…

En bref: Il faut aller voir Bright Star. Pour la beauté classique de certaines scènes. Pour la légèreté du trait. Pour comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’une femme amoureuse. Et pour la merveilleuse Abbie Cornish, qui illumine le film.

Je suis sorti fâché, car j’aime les plans séquences ingénieux, les dialogues qui claquent et les caméras qui passent par les fenêtres au ralenti. Mais il faudrait être coeur de pierre pour ne pas être bouleversé par les 10 dernières minutes. Maintenant, ne venez pas vous plaindre si ça vous a foutu le cafard…