Möbius. L’espion qui rusait.

Mobius

Faut-il aller voir Möbius ?

C’est l’histoire de Jean Dujardin qui fait croire à tout le monde qu’il est russe. Il rencontre Cécile de France, qui fait croire à tout le monde qu’elle est américaine. Comme en vrai ils sont français, ils ont des accents pourris et leur couverture s’effiloche, d’autant qu’ils passent pas mal de temps dessous, au lieu de s’espionner, comme tout le monde.

C’est pas joli la condescendance, mais faut reconnaître qu’on y croyait pas trop. C’est pas de leur faute, dès que les français font un film d’espionnage international, on dirait toujours un peu “Maigret en Belgique”. Bah oui, les hors-bords et les hélicoptères, ça coûte cher, surtout s’il faut les faire exploser.

Tant pis, ils explosent pas. A la place, il y a un scénario. C’est pas plus mal. Si on est pas vraiment passionné par l’intrigue générale (qui mélange vaguement l’espionnage post-guerre froide, les chevals qui volent et des trucs convenus sur les méchants traders) on en sait suffisamment pour comprendre le cœur de l’histoire : le cœur, justement, et ses raisons, qui ignorent la raison et les intérêts de la nation.

Dans les rôles périlleux des espions amoureux, Jean Dujardin et la pétillante Cecile de France s’en tirent avec les honneurs. Parce qu’il est foireux, impossible et déraisonnable, leur coup de foudre est assez convaincant. Il aurait même pu être assez joli si le chef op’ ne s’obstinait pas à filmer des très gros plans de bouches qui s’embrassent et l’intérieur poilu des grandes narines dujardiennes.

Bon. C’est pas si mal. On devine le déroulement global de l’histoire au bout de dix minutes, mais au moins on est pas déçu et on est quand même assez pris par l’histoire. Au milieu de ce déroulement classique, quelques jolis jeux de voitures et de téléphones permettent de montrer au réal qu’il maîtrise bien le rythme et le montage.

Et puis le film s’assoit un peu sur son bon départ pour terminer en dents de scies, sans vraiment clore son sujet ni terminer son propos, qui finit par devenir un peu confus.

Dommage. Il manquait vraiment pas grand chose.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Möbius. Mais ça me fait mal de le dire, parce que il y avait du potentiel : Une jolie histoire d’amour et un thriller assez ambitieux, noyés par malheur dans une réalisation sans âme et un scénario trop alambiqué pour être vraiment crédible.

Malgré tout, face aux James Bond criards et hyperactifs, je préfère vachement cette version intimiste. Il y a peut-être moins de fusillades et de bombes en plastique, mais il y a de l’amour et une vraie gonzesse.

Par contre faut vraiment qu’on bosse sur nos accents anglais les mecs.

Les infidèles. Cornes Pop.

Faut-il aller voir Les infidèles ?

AH NON ÇA SUFFIT MAINTENANT AVEC JEAN DUJARDIN !

Promis, je vous saoulerai pas avec les oscars, Alexandra Lamy, les cocoricos grégaires et les “putain c’est génial”. On s’en fout, après tout, rien ne vaut un bon poulet au curry.

Mais il faut bien parler du film. Ou plutôt des films. Sans cohérence apparente, Les infidèles livre le point de vue de sept réalisateurs sur l’infidélité masculine. On passe de la farce grasse et franchouillarde (l’ouverture et la fermeture du film, réalisées par Dujardin et Lellouche, acteurs principaux de tous les sketchs), à la comédie sociale (de Michel Hazanavicius, le meilleur réalisateur français en Amérique) en passant par le drame social et la guerre des sexes (largement gagnée par les femmes, dans le court-métrage d’Emmanuelle Bercot, de loin le plus intelligent).

Contre toute attente, en mélangeant les styles et les genres le film parvient à raconter une histoire sans jamais perdre son spectateur. Globalement, les hommes passent pour des mômes attardés persuadés qu’ils doivent conquérir le monde entier avant de mourir et  même les hommes qui se vantent de leur fidelité ne le sont qu’en raison de leur incapacité à séduire une autre femme que la leur.

Relis.

Bref, on prend tarif, mais derrière la caricature mordante, il y a aussi quelques vérités déchirantes qui rappelleront de nombreuses discussions de comptoir à beaucoup d’entre-vous. Pas con, le film réussit à effleurer l’infidélité de front, pas toujours en rigolant et sans jamais plomber l’ambiance.

Dommage que l’ensemble soit aussi convenu, à l’exception du court-métrage d’Emmanuel Bercot. Face aux hommes rigolards et fêtards, les femmes sont présentées comme des petites brebis inoffensives et manipulées. S’il se veut féministe sans l’avouer, le point de vue sent un peu les années trente : j’ai bien vérifié sur les réseaux des internets, et les sondages confirment que l’infidélité est équitablement partagée par les deux sexes. Alors ça va maintenant.

Mais bon, avec une moustache, ça compte double.

En Bref : Il faut aller voir Les infidèles. Parce qu’on rigole, parce que ça fait longtemps qu’on a pas vu un film a sketchs, parce qu’il y a des moments jolis et forts au milieu des vannes trois-tonnes. Et puis malgré tout, il est marrant ce Dujardin, et ça fait plaisir de le voir s’autodétruire.

Par contre, il faut vraiment qu’on parle de ce mystérieux Manu Payet…