Les gardiens de la galaxie. Usual supplice.

gardiens-avis-critique-film

Faut-il aller voir Les gardiens de la galaxie ?

Je crois que j’aime moins le cinéma.

Ou peut-être que le cinéma m’aime moins. En tout cas on s’est un peu éloignés cette année. Il m’a trop déçu et je ne lui ai pas été trop fidèle (j’ai lu un livre). Il a commencé à me décevoir en janvier dernier, et aujourd’hui c’est à peine si je lui fais confiance. Il a trop menti, il a trop promis et trop trahi. Je crois qu’il a changé.

Mais voilà que mes potes me disent qu’il est redevenu comme avant : “le film de l’été est une petite bombe”, “le nouveau Marvel déboîte”, on aurait trouvé un vrai film hollywoodien comme avant, l’humour et l’action enfin parfaitement dosés… Les salles se remplissent et je fini par y croire. Est-ce que c’est un piège ?

Déjà il y a un mensonge : ce n’est pas l’Hollywood d’avant. Dans l’Hollywood de mon enfance, on inventait les histoires. On se disait : “Tiens, il y aura un archéologue avec un fouet”, “Et il y aura aussi une voiture pour voyager dans le passé”, “Et après une générique de début biseauté au milieu de l’espace, on se fera survoler par un gros vaisseau”. On disait ça, et on envoyait les dollars. On avait des couilles, on passait pas notre temps à se demander quelle putain de bd américaine/livre pour ados/vieux film déjà refait deux fois on pourrait adapter en l’aseptisant un maximum.

Non je ne vais pas recommencer à ronchonner comme d’habitude. Mais je fatigue un peu de voir Marvel épuiser son catalogue jusqu’au dernières pages plutôt que de prendre le risque d’inventer un truc. D’autant que souvent, ce sont les histoires inédites qui font les meilleurs films, parce qu’elles sont pensées pour le cinéma.

Et l’histoire de ce dernier, en l’occurrence, est nulle à chier. D’ailleurs on n’y comprend rien. Zorg veut tuer Zonka, pour déclencher une guerre contre les Klougs à l’aide de Zelda et Optimus Prime. A un moment on ne voit plus rien, et je crois bien savoir ce qu’il y avait sur mon nez. Les scénaristes ont fait le pari d’écrire en utilisant uniquement leurs gencives. Le défi est relevé.

Que reste-t-il ? Des héros rigolards qui font des conneries dans l’espace. En passant, ils lâchent une poignée de répliques d’anthologie, parodiant ouvertement toutes les autres productions Marvel. Et quand tous les héros se lèvent pour se jurer d’être fidèles les uns aux autres, le petit renard cynique casse l’ambiance “Bon voilà, moi aussi je me lève. C’est bon, on est tous debout maintenant. Qu’est-ce qu’on fait ?”

C’est marrant. Parfois brillant.

Et pourtant c’est toujours un peu raté. Il y a même un tas de supers vannes qui ne marchent pas complètement, faute d’un bon acteur pour les dire, faute de rythme, faute de décalage dans la réalisation. Pourquoi ? Parce qu’au final, le film épuise tout de même les bonnes vieilles cordes du héros dragueur, de la jeune fille en détresse, des amis pour la vie et des sauveurs du monde.

Et si l’histoire est très souvent tentée par l’alternatif, l’immoral et les lecteurs cassettes, elle finit toujours par pencher vers la recette classique : une bonne vieille aventure de super-héros, pas très originaux, et malgré tout un peu fades. A croire qu’il y a eu un bras de fer entre les producteurs et les cintrés qui ont écrit les dialogues.

A ce jeu là, malheureusement, ce sont toujours les mêmes qui gagnent…

En Bref : Il faut aller voir Les Gardiens de la Galaxie. Ah bon ? Ben oui, même si je viens de dire le contraire pendant trente lignes, ça serait quand même vraiment dommage de tourner le dos à Hollywood pour une fois qu’ils tentent de se libérer de leur carcans pourris.

Dommage qu’autour de cette bonne idée, tout le boulot soit fait à l’emporte-pièce. Les acteurs, les décors, les horribles scènes d’actions et la trame principale ne font pas honneur au travail des scénaristes.

Mais le jour où on les libérera, y’a moyen qu’ils fassent du bordel.

Argo. Film familier.

Faut-il aller voir Argo ?

C’est l’Iran. 1979. Il n’y a pas trop de hippies, mais pas mal de barbes. Elles sont fâchés, parce que les Etats-Unis protègent leur ancien dictateur, qui s’appelle le Sha. Et quand le Sha n’est pas là, les américains dérouillent. Pour récupérer les employés de l’ambassade sans les morceaux, la CIA envoie Ben Affleck avec sa barbe et son couteau. Autant dire que c’est pas gagné.

C’est rigolo quand même : pour son troisième film, Ben Affleck se donne le rôle d’un mec qui fait semblant de réaliser un film. C’est vrai que si ses deux premiers tours derrière la caméra étaient plutôt honnêtes, c’était plus pour leur scénario que pour leur mise en scène.

Pendant deux heures assez courtes, l’acteur-réalisateur ne révolutionne toujours pas son style très sobre. Et c’est tant mieux, car l’histoire en elle-même ne manque jamais d’intensité. Assez brillant, le scénario de ce thriller-comédie réussit à passer du rire au armes sans jamais faire de fausses notes. On ne s’ennuie pas, on crispe un peu nos mains sur les accoudoirs et on reste effaré devant cette histoire aussi véridique qu’elle est ubuesque.

C’est fluide, trop même, et sans révéler l’histoire, on peut tout de même regretter que son déroulement manque d’anicroches. Surtout, on peut être légitimement déçu par le faible recul politique du film.

En ces temps où certains hommes politiques n’hésitent pas à repeindre le monde en noir et blanc, gracieusement aidés par des journaux racoleurs, parler de l’islam et de l’Iran demande un peu d’intelligence et d’analyse. Passé une explication succinte, on sort du film assez persuadé que le gentil américain a combattu les vilains barbus fous.

Alors oui, les barbus fous sont des cons. Mais pour être précis, il ne faut pas oublier de dire que les gentils américains leur ont tracé une autoroute en maintenant un dictateur sanguinaire à la tête de l’Iran pour garder la main sur la pompe à essence pendant que la famine asservissait le pays.

Fiou. C’est vrai que ça flingue un peu l’ambiance. J’imagine que c’était ça ou les oscars. Ça sera les oscars.

En Bref : Il faut aller voir Argo. Parce qu’on ne va pas faire les fines bouches et c’est quand même un thriller intense, rapide et prenant d’un bout à l’autre. La réal est toujours un peu terne, mais les acteurs, les dialogues et les nombreuses blagues sont bien au-dessus de ce qui se fait aujourd’hui à Hollywood.

Dommage que le film n’ajoute pas l’intelligence au talent, c’est souvent ce qui manque aux génies.