Hitchcock. Le sentier du goître.

Faut-il aller voir Hitchcock ?

Rien qu’au titre, tu sens que les mecs se sont fait chier.

“Hitchcock un film sur Hitchcock.” Comme une manière d’assumer leur logique à fond. “NOUS N’AVONS PAS DE POINT DE VUE. NOUS FAISONS DU COMMERCE”, hurle l’affiche.

C’est la mode faut croire, le film sur Sagan s’appelait Sagan, Lincoln s’appelait Lincoln, l’histoire de Coco Chanel et Igor Stravinsky s’appelait Coco Chanel et Igor Stravinsky et quand j’écrirai mon autobiographie, je l’appellerai Chrétien et la première phrase sera : MES COUILLES !

Face à Hitchcock on peut s’interroger sérieusement sur le rangement automatique du cinéma dans le domaine des arts. J’ai déjà dit ici tout le mal que je pensais des BiopicMais le film n’a même pas leur ambition (à part faire du fric), il se contente de raconter la genèse de Psycho, le film le plus célèbre du réalisateur (bah oui, le scénariste a pas vu les autres).

Ouhhh j’suis mauvais moi aujourd’hui…

Le plus surprenant, dans cette histoire, c’est tout ce qu’on apprend sur le plus grand film du maître du suspens. Au risque de spoiler un peu les chanceux qui n’ont pas vu le film, je me dois de vous en révéler la teneur :

Que

Dalle

Et c’est là que le film à pognon trouve son vrai accomplissement : non seulement il raconte l’histoire du réalisateur anglais sans aucun parti pris artistique ou narratif, mais cette histoire n’a aucun intérêt ! On y apprend qu’Hitchcock aime beaucoup les actrices blondes (No shit !), que le mariage n’est pas facile dans la durée, que l’alcool nuit à la santé et que l’eau d’une piscine est mouillée en général.

Pour donner un peu de Pep’s à ce drame, le réalisateur se fourvoie complètement en tentant d’insérer un suspens Hitchcockien à certaines scènes anodines (genre “ma femme a rigolé avec un autre homme” + Violons flippants, vous dire comme ça marche…). Mais il termine vraiment de foutre son film dans le mur en faisant apparaître le meurtrier de Psycho dans la salle de bain d’Hitchcock pour lui parler des mystères de la vie conjugale.

Mais les pire, mes petits lapins, c’est que ce n’est pas le pire.

Le vrai pire, c’est probablement le jeu de tout ce monde là. A aucun moment, Anthony Hopkins ne parvient à nous faire croire qu’il est Alfred Hitchcock, et ce n’est pas faute de tout tenter, y compris d’ouvrir grand la bouche avant de parler. Face à lui, Scarlett Johansonne comme elle peut, sans parvenir à donner de la profondeur à un personnage qui n’en a pas.

Reste Hellen Mirren, qui parvient à jouer correctement au centre d’une telle mascarade. Mais franchement, même si c’est la crise et que le travail manque, elle aurait mieux fait d’hypothéquer sa maison que d’accepter un rôle dans ce film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Hitchcock. Même si je crois qu’il y a deux ou trois bonnes blagues, et si le chef opérateur a réussi à faire le point sur presque tous les plans, un film d’une telle platitude ne devrait pas avoir le droit de sortir au cinéma.

A la place, profitez de la crise du DVD et aller vous acheter une belle version de Psycho ou Fenêtre sur Cour pas chère. Histoire de pas oublier qu’avec une caméra et des acteurs, on peut aussi faire du cinéma.

The Secret. Biel murène.

Biel de Clown

Faut-il aller voir The Secret ?

Je suis en retard sur les critiques c’est terrible. Le film n’est même plus en salle. Je vais finir par faire de la recommendation de dvds. Ou peut-être même garçon de café. Dis-donc. LE FILM !

Dans une ville de merde peuplée par des cons, des enfants disparaissent.

Je ne peux pas en dire plus, car l’intérêt principal du film réside dans les rebonds multiples du scénario. Mais comme vous êtes bien gentils de venir me lire, je vous gâcherai pas la fin.

Mais du coup, on ne peut pas dire grand-chose : le film est  beau, admirablement filmé, décoré ou mis en lumière, il allie ce soin formel à une véritable intelligence dans la réalisation. Jusqu’au bout, le cinéaste belge nous manipule et joue avec tous les éléments à sa disposition pour faire exploser le carcan figé du thriller à l’américaine.

Mieux, le film se clôt sur une véritable question morale à laquelle il ne répond pas complètement. Certes, l’interrogation n’est ni d’une grande originalité ni d’une profondeur abyssale, mais à l’échelle du cinéma dont il s’inspire, The Secret fait office de conte philosophique.

Finalement, ma seule déception est d’avoir deviné la fin un peu tôt, mais à priori, c’est un coup de chance, car tout mes voisins avaient l’air surpris.

En Bref : Il faut aller voir The Secret. Derrière ses airs mille fois vus de thriller pop-corn, le film se paie le luxe d’être beau, intelligent, complexe, surprenant et à peine manichéen.

Comme si on mettait le cerveau de Cronenberg, dans la tête de Matt Damon : de l’art.

PS : Depuis hier, je cherche du boulot, alors si votre cousin cherche un journaliste, un caméraman ou un critique cinéma, dites-lui que je fais les trois pour le prix d’un.

Total Recall. Totale rigole.

Faut-il aller voir Total Recall ?

Il fait chaaaauuud. C’est incroyable comme la météo peut anéantir les meilleures volontés. Par exemple, ce mois-ci, j’avais décidé de m’acheter des chaussures, et puis finalement je suis assis sur une marche et j’ai rien fait.

Dans ces périodes fatidiques, il faut être motivé pour écrire une critique. Avoir l’envie d’administrer une bonne raclée à un film surrestimé ou de porter au nue un chef d’œuvre. Mais franchement, comment écrire sur Total Recall par une chaleur pareille ?

Pour la millième fois, l’histoire d’un agent double, d’une dictature, du chef de la résistance qui est forcément plus gentil que le dictateur et puis la fille, qui court derrière le héros, folle amoureuse de son héroïsme de con.

J’en ai marre.

Pourtant dans les souvenirs, l’original avec Shwarzy était plutôt coolos. Ça pétait bien, y’avait des blagues et des hologrammes, c’était le bon temps, mais j’avais 12 ans.

Aujourd’hui, utiliser autant d’argent pour faire un film aussi convenu relève presque du crime. C’est très con, mais on pense au nombre de gens que l’on aurait pu nourrir avec toutes ces explosions en images de synthèses. Et même si c’est très con, on est obligé de se dire qu’on en aurait nourris plein.

Total Recall est vide. Vide de sens, vide de charme, vide d’idées, vide de style et d’intelligence. Colin Farrel est pas terrible et les deux actrices sont affligeantes. Mais à leur crédit, les dialogues sont tellement plats que même Meryl Streep n’aurait pas su y mettre de sel.

En cherchant un moment, on peut reconnaître au chef op d’avoir sur donner une jolie couleur à l’image et de faire quelques mouvements de caméra originaux et rythmés. Mais pourtant, on regarde ça mollement, sans tripper une seconde. Et il faut reconnaître ce talent au cinéma américain de savoir faire un maximum de barouf tout en restant chiant.

Action sans fun, agitation sans rythme, univers sans asperités. On a tout vu trop de fois dans ce type de cinéma qui se prive de nous surprendre par peur de perdre de l’argent. Malgré mes réticences, je lui préfère mille fois Faust ou Holy Motors, tout aussi mauvais mais bien plus courageux.

Eux aussi sont insoutenables, mais au moins ils ruinent leur auteur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Total Recall. Allez plutôt boire un verre, lisez une bonne bd ou faites une partie de Time’s up avec vos copains.

Ce ne sont pas mes petites critiques et tous nos blogs qui feront comprendre à Hollywood que nous ne voulons plus de ses produits lyophilisés, mais notre absence des salles. Alors n’y allons plus.

“On vous boycottera tant que vous nous prendrez pour des cons”, ça voudra dire. Ça changera rien, mais on économisera de l’argent.