The Prodigies. Génies-killers.

Prédateur spécialisé

Faut-il aller voir The Prodigies ?

C’est le futur. Cinq gosses tristes se rendent compte qu’ils ont un pouvoir démentiel. Outre une intelligence supérieure, ils peuvent contrôler le cerveau des autres et jouer aux marionnettes avec la vie. Un jour, ils décident de se venger de tout ceux qui leur ont fait du mal.

Un samedi après-midi ensoleillé, je me dirigeais vers la projection d’Une séparation -l’Ours d’or iranien pour lequel la critique se pâme- quand l’ado en moi s’est subitement réveillé. Il voulait pas aller voir un bon film chiant et triste, l’ado. Il voulait un film de science-fiction shooté aux amphétamine. Un jeu-vidéo. Il voulait un truc violent. Avec du “Cell Shading”, du “Slow-motion” et du “Bullet-time”. Des trucs que les adultes comprennent pas. Comme au bon vieux temps.

Si vous avez plus de 30 ans (ou si vous êtes une fille), vous ne pouvez pas ressentir ce souffle romantique. Votre relation aux jeux vidéos se limite à une partie occasionnelle de bowling sur la Wii des cousins, vous aviez du succès au collège et votre encéphalogramme reste désespérément plat lorsque vous entendez “Metal Gear Solid“. A priori, à ce stade, vous avez déjà arrêté de lire. Mais c’est pas grave, vous compterez quand même comme un visiteur unique. Cette critique s’adresse à ceux qui restent.

Visuellement, une grande partie de la presse s’est repue des qualités esthétiques du film. A tort. Les images de synthèses sont froides et anguleuses. L’univers est plat. On voudrait voir une patte visuelle originale, mais c’est le manque de moyens qui saute aux yeux. Bien animés, les personnages ont l’œil vide et un design archi-classique. Au mieux, on dirait Time Splitters, au pire une cinématique des Sims. En clair, la préhistoire 2.0. Le moyen-âge des images 3D.

Pourtant, le réalisateur fait des efforts de mise en scène, sans lésiner sur les effets visuels. Malheureusement, c’est bien le problème : faut-il toujours faire des trucs jolis ? Derrière ses airs enfantins, The Prodigies parle de viol, de violence et de psychodrames familiaux avec des artifices de très mauvais goût. Lorsque le père bastonne son fils à coup de ceinture, lorsqu’une ado se fait abuser sous un pont, faut-il utiliser des effets de ralenti et des plans-séquence esthétisants ? La réponse vient d’elle-même.

Pour le reste, c’est de la science-fiction classique. Les dialogues sont mous et très mal interprétés et le tout manque sérieusement de crédibilité. Seul élément vraiment futuriste, la capacité du réalisateur à mélanger la pub et l’art. De bout en bout, le film regorge de placements produit écœurants et criards. Comme dans Direct Matin. Sauf que le film, on le paye.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Prodigies. Manque de moyen, de talent, d’idées, d’originalité. Le film part sur deux trois idées visuelles intéressantes pour sombrer dans la grosse paëlla crypto-futuriste. C’est nul.

Pire, à certains moments, le scénario devient choquant. Pas au sens de Kubrick, où gênant rime avec génial, mais au sens du mauvais goût gratuit. Ici, troublant rime avec trou noir, absence totale de fond et chute sans fin.