Le retour de la Portmania ?

Faut-il aller voir Brothers puisqu’on est amoureux de Nathalie Portman ?

Pas la peine de laisser place au doute, il est impossible de ne pas aimer Nathalie Portman. Je sais, c’est la troisième fois que j’utilise ce type d’accroche et ça sent sérieusement le réchauffé. Pourtant, s’il y a une actrice qui tape toujours là où ça fait mal, c’est bien elle. C’est simple, après chacun de ses films, les garçons se prennent la porte coupe feu. Voilà, c’est dit, nous sommes tous amoureux de Nathalie Portman, et moi le premier. Maintenant, ça ne fait pas un film.

D’ailleurs, je suis allé voir Brothers assez méfiant. Il raconte l’histoire d’une femme de militaire qui se rapproche du frère de son mari, alors qu’elle croit ce dernier mort en Afghanistan. Bref, un film américain sur les militaires, la famille et la fraternité… Pearl Harbor sans action quoi. J’imaginais donc déjà le bruit des hélicoptères, les drapeaux qui flottent au vent et les veuves éplorées sur les cercueils en bois.

Pas la peine de faire durer le suspens. Il n’en est rien. Brothers est film brillant. Probablement l’un de meilleurs de l’année. Visuellement, on est pourtant dans du grand classique. Le cadre est soigné, mais peu créatif et les couleurs comme la mise en scène ne brillent pas par leur originalité. Seule la musique sort du lot, en étant particulièrement entraînante et souvent bien placée.

Les thémes, eux-aussi, sont classiques. Brothers parle de la relation entre fraternité et rivalité, des stratégies de l’échec adoptées par les “moutons noirs” familiaux et de la reproduction de ce genre de modèles sur les enfants. Sur le papier, rien de transcendant dans les sujets abordés par le réalisateur, Jim Sheridan. Mais bon dieu, qu’il en parle bien !

Si le film critique habilement la transformation des hommes en machines de guerre, et l’incompatibilité qui existe entre le métier de soldat et le rôle de père de famille, il ne se borne pas à être une énième brûlot antimilitariste. Trop facile. Avec une finesse de trait extrême, Sheridan dissèque les défauts du fils parfait ou l’injustice de l’amour paternel et de l’amour en général. Surtout, il ne sombre jamais dans le manichéisme et présente les motivations de ses personnages sans jamais les juger.

J’insiste sur la finesse, beaucoup trop rare outre-atlantique. Pour obtenir une telle alchimie, il fallait se reposer sur les acteurs. Dans Brothers, ils sont tous bons, du sergent-instructeur au père, en passant par les deux merveilleuses petites filles. Au centre, Tobey Maguire confirme tout le bien qu’on pensait de lui en lâchant la combinaison moulante de Spiderman pour devenir flippant tandis que Nathalie Portman et surtout Jake Gyllenhaal forment un couple d’acteurs magnifique.

Certes, il arrive qu’un acteur sauve un film, rappelons-nous Johnny Depp dans Pirate des Caraïbes. Mais à ce niveau d’excellence, ce n’est plus du hasard. Si on ne devait retenir qu’une qualité à Brothers, c’est sa direction d’acteurs admirable.

En bref : Il faut aller voir Brothers. Je suis sans doute très subjectif, car les thèmes abordés me touchent au coeur. Il n’empêche que les acteurs sont tous excellents, la réalisation soignée et le scénario intelligent. En cherchant, on peut reprocher au film un léger cabotinage de Maguire et une représentation un peu cheap et caricaturale de l’Afghanistan. Pas grave.

Jim Sheridan a compris beaucoup de choses sur le cinéma. Il aime ses personnages et il sait qu’il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes pour faire mouche, c’est même l’inverse.

Il devrait donner des cours à tout Hollywood.