The Grand Budapest Hotel. Wes wing.

Budapest Hotel

Faut-il aller voir The Grand Budapest Hotel ?

J’avais pas envie. Pas du tout. Déçu par Moonrise Kingdom, énervé par l’éloge constant de Wes Anderson et jamais vraiment ému par la froideur de son style, j’étais double-perplexe.

A tort.

Wes Anderson plaît aux gens qui nous énervent c’est vrai. Parce qu’il est vintage, détaché, dandy et si démodé qu’il en devient branché. A tel point que l’on pourrait facilement l’associer à tous ces barbus qui s’habillent bizarrement pour nous faire croire qu’ils ont du talent. Mais c’est pas lui : contrairement aux hipsters qu’il inspire, Wes Anderson n’est pas cynique. Il y croit.

Son personnage principal a beau être un séducteur de vieilles dames, un peu malhonnête et foncièrement pédant, Wes Anderson le décrit avec des montagnes de tendresse. Et si tous ses personnages sont décalés, ce n’est pas une raison pour se foutre d’eux comme un Strip-Tease de seconde zone. Wes est là pour l’amour, il est là pour la joie et la poésie.

On ressort de son dernier film comme d’un manège à looping : décoiffé, hilare, un peu fatigué mais vraiment content. Le réalisateur assume : il ne filme pas pour discourir, mais pour distraire, pour nous emporter, sans pour autant se foutre de nous.

Résultat, le film se vit comme une grande aventure haletante : courses poursuites effrénées, comique de situation, évasions rocambolesques et héroïsme à l’ancienne. On est bien plus proches d’Indiana Jones que de Frances HaDe la belle distraction, au sens noble du terme avec une finition d’orfèvre et, parfois, au hasard d’un dialogue, une corde plus sensible, qui emmène le film vers les cimes.

Contrairement aux apparences, Wes Anderson n’est donc pas l’intello New-Yorkais que l’on a cru apercevoir : c’est Spielberg sans les oreilles de Mickey, un éternel enfant, avec une âme un peu trouble, une sensibilité débordante et une veste en velour côtelé.

On l’aime beaucoup mieux comme ça.

En Bref : Il faut aller voir The Grand Budapest Hotel. Il faut y aller en courant. Dans la veine de son fantastique M. Fox, Wes Anderson continue son mélange sensible d’absurde et d’aventure, en dirigeant au passage une partie des meilleurs acteurs du monde.

Eclairé comme une lanterne magique et accompagné par la meilleure partition du génie Alexandre Desplat, son Grand Hôtel est, pour l’instant, ce qu’on a vu de mieux au cinéma en 2014.

Effets secondaires. Xanax la menace.

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Faut-il aller voir Effets secondaires ?

C’est l’histoire d’une fille déprimée avec un accent slave et d’un psychologue enteté, avec un accent circonflexe. Quelqu’un tue quelqu’un mais c’est l’autre qui se retrouve dans la merde. A moins que la troisième n’ait tout manigancé, sauf qu’en fait tout est faux, mais j’ai pas bien compris.

On aime beaucoup Steven Soderbergh par ici. Même quand le type ne fait aucun effort, ses long-métrages ont plus de gueule que n’importe quel César du meilleur film.

Mais comme disait Stephen Hawking, il n’y a pas que l’apparence dans la vie. Enfin c’est ce que j’ai cru entendre.

Bon bon bon… ça va plus du tout là. Pas écrit de critique depuis une semaine, j’suis tout rouillé. Vannes de merde, accroche molle, si je chute sur une référence pédante, Télérama va me proposer un CDD. Faut que je me reprenne.

Donc c’est beau. Y’a du flou, du net, du entre-les-deux, de jolis mouvements et des plans-séquences qui glissent. Mais pas que. Contrairement à Magic Mike qui nous en foutait plein la gueule sans se fouler, Effets secondaires se permet aussi quelques passages bien moches, qui sentent un peu le manque de moyen et l’éclairage à l’arrache.

En même temps, la plupart des lecteurs se foutent pas mal de l’image. Et en même la plupart des lecteurs, ne lisent pas ce blog. Et en même temps je fais ce que je veux, c’est chez moi, si j’ai envie d’écrire “poivron”, je l’écris, et chez eux, des gens que je connais pas pourront lire “poivron”.

L’image est inégale donc, mais les critiques m’assurent que le scénario est censé nous coller au siège. C’est vrai qu’il fonctionne plutôt bien, et qu’associé à une musique entêtante et à l’air hagard de Jude Law, il pourrait presque nous faire froncer les sourcils dans le mystère. Mais encore une fois, certains passages sentent un peu trop la dilettante pour que le tout soit percutant.

Je rentrerais bien dans les détails, mais ça m’saoule, et en plus ça niquerait la surprise. En gros, il y a un gros vide juridique dans la dernière partie, pas mal d’imprécisions sur le contrôle des patients en cliniques-prisons et malgré tout, on devine la fin longtemps avant d’en voir les oreilles.

Surtout, le réalisateur a la main lourde sur les clichés : un transfert psychologique qui vire à la relation lesbienne, à peine digne d’un fantasme d’ado, le bon-vieux coup de la discussion révélatrice, suivie d’un “Hop j’avais un magnétophone dans ma culotte” et l’éternelle histoire du héros qui se noie dans son enquête alors que sa femme ne le reconnaît plus tellement qu’il a oublié d’aller chercher le petit à l’école.

En gros il faisait beau, alors Steven a fait un film. Mais un moment il faut taffer, si on veut faire autre chose que des romans de gare bien gaulés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Effets secondaires. C’est joli, pas trop mal rythmé et bien interprété. Mais le scénario allie une grande ambition avec des moyens moyens. Au-delà de ça, je crois qu’on en a un peu marre des histoires de thriller et de manipulation qui font le maximum pour nous surprendre à la fin, au lieu de s’atteler à écrire une bonne histoire.

Et je sais bien que l’arrivée du soleil n’est pas une excuse pour écrire n’importe quoi sur ce blog. Mais ça fait tellement de bien…

Poivron.

Sherlock Holmes 2. Chère Loque.

Gnagnagna

Faut-il aller voir Sherlock Holmes 2 : jeu d’ombres ?

Ceux qui viennent ici depuis le début connaissent mon aversion profonde pour Guy Ritchie. Honteusement surestimé depuis qu’il a pondu Snatch, l’anglais épileptique pense qu’il a du style. En l’occurrence : une accumulation de gros plans d’une seconde et des mouvements de caméras intempestifs font office de rythme, une version démo de photoshop s’occupe des lumières et le vide s’attelle au scénario.

J’avais déjà collé son tarif à un premier épisode à peine passable. Sherlock Holmes 2 récidive en bien pire. Le détective au feutre mou titube au milieu de chaque scène comme une pâle copie de Jack Sparrow en tweed. La plupart de ses élucubrations sont incohérentes et même l’excellent Robert Downey Jr. ne semble pas comprendre le sens de ce qu’il raconte.

Les sous-entendus homosexuels entre les deux personnages principaux perdent le côté naturel et sous-jacent qui faisait l’intérêt du premier épisode. A croire que Guy Ritchie a découvert leur existence dans les critiques alors qu’il n’avait pas fait exprès la première fois. Ici, il surligne lourdement la relation, allant jusqu’à déguiser Sherlock en femme dans une scène aussi grotesque que le reste du film.

De la même manière, les rares qualités du premier sont noyées dans la surrecnhère : même les combats au ralenti perdent leur style, parce que complètements foutraques et même pas esthétiques. Dans cet océan de médiocrité, les saynettes sont mises bout à bout grâce à un scénario imbitable qui sert de prétexte aux scènes d’actions.

Malgré tout, il y a deux trois trucs à sauver : le jeu des acteurs, qui se battent pour faire tenir des rôles sans consistance, l’humour omniprésent qui nous arrache régulièrement un petit sourire et des jolis plans au ralenti vers la fin. Voilà.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes 2. C’est nul, c’est creux et c’est con. Guy Ritchie a transformé le détective en pitre ridicule pour amuser ses spectateurs, mais à part une auto-critique de son propre cinéma, je ne vois pas l’intérêt.

Pour le reste, Arthur Conan Doyle a déjà fait tellement de pirouettes dans sa tombe qu’il est probablement impassif. (Oui, ce mot n’existe pas, mais qui êtes-vous pour mieux voir que moi ce qu’il se passe dans la tombe d’Arthur ?)

Élémentaire mon Sherlock Holmes

Faut-il aller voir Sherlock Holmes ?

Guy Ritchie est un réalisateur dont le succès dépasse souvent le talent. Cas classique. Mais chez lui, c’est un mode de vie. Si on lui enlève l’accent de Brad Pitt, et l’image épileptique digne d’un clip de Britney, il ne reste pas grand chose à Snatch, pourtant considéré comme culte. Quand un escroc pareil s’attaque au héros mythique de Conan Doyle, le pire était à craindre. Voyons voir.

Sherlock Holmes raconte l’histoire d’un mage noir avec une dent chelou qui décide de conquérir le monde en utilisant des mécanismes compliqués et des formules magiques bizarres. Face à lui, Holmes tente de trouver la vérité en jouant du violon, tout en essayant d’empêcher Watson de prendre femme. Mais là je simplifie.

Guy Ritchie, sans surprise, n’a toujours pas acquis le sens de la mise en scène. La plupart des effets sont faciles, éculés et prévisibles. Comme d’habitude, il tente de camoufler son manque d’inventivité formel par une caméra sautillante et stylisée ce qui marche une fois sur deux, et encore, je suis sympa.

Les scènes d’actions sont trop nombreuses, interminables et grandiloquentes. Chez Ritchie, un combat ne vaut pas le coup d’être filmé si la moitié de la ville n’est pas détruite. Malheureusement, comme beaucoup de films d’action modernes, Sherlock Holmes tombe dans le panneau de la facilité en préférant la surenchère facile des images de synthèse à une bonne chorégraphie à l’ancienne.

Côté référence : Ritchie présente Sherlock comme un boxeur sociopathe et Watson comme un docteur ès Kung-Fu. Toutefois, à ceux qui poussent des cris d’orfraie, il faut rappeler qu’Holmes n’est pas le vieux penseur à chapeau mou que la télé a inventé. Doyle le décrivait comme un héroïnomane misogyne, bagarreur et champion de boxe. Finalement, la trahison n’est pas si scandaleuse.

Les sociétés holmésiennes du monde entier ont d’ailleurs exprimé leur soutien à ce qu’ils considèrent comme l’une des meilleurs adaptations de Conan Doyle. Bon… Faut pas pousser, mais les déductions brillantes du détective, qui a toujours un coup d’avance, sont plutôt bien rendues. Bien montés, les combats à main nue sont également très réussis : Holmes pense ses coups en slow-motion avant de se jeter sur son adversaire. C’est cool.

En bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes. C’est un film d’action à l’américaine, trop long, inutilement compliqué et pas très bien filmé dans l’ensemble. Pourtant, on est loin du navet qui s’annonçait. Ritchie dépoussière le vieux chapeau du détective à pipe et la relation entre Watson et Holmes ne manque pas de piquant.

Au final, on assiste à un divertissement qui ne fait pas mal à la tête, Robert Downey Jr. et Jude Law sont assez sympathiques et ils finissent par nous extorquer quelques sourires.

Tout de même, ça ne vaut pas une bonne fondue savoyarde avec des potes. Si ?