Le loup de Wall-Street. Re-Loup.

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Faut-il aller voir Le loup de Wall Street ?

C’est l’histoire de l’Amérique. Au milieu, il y a un tas d’argent. Assis dessus, il y a Jordan Belfort. Escroc égoïste, junkie allumé et pervers narcissique, Jordan Belfort est surtout milliardaire, charismatique et malin. Est-ce que c’est bien ?

Non c’est pas bien, répond Martin Scorsese. Jordan Belfort est un personnage hideux, qui caricature les pires travers de l’Amérique et de l’homme en général : une obsession pour le fric comme un but en soi, une volonté farouche de baiser les autres, et accessoirement, les femmes de ses potes. Bref, derrière son costume à 3000 dollars, Jordan Belfort est un voyou comme les autres.

D’ailleurs ce n’est pas un hasard, si après 50 films sur les gangsters, Scorsese se met à filmer les financiers. A se demander s’il y voit une différence d’ailleurs, tant il semble faire le même film à chaque fois. Et comme d’habitude, il stylise, il ralenti, il musicalise et il romantise des minables. A se demander, justement s’il n’est pas un peu trop fasciné par leur vie pour y apporter un regard critique.

Très bien. Le dernier truc qu’on avait envie de voir, c’est un film moraliste sur les vilains traders. A la place Scorsese tente de raconter, non sans l’envier, la vie d’un homme qui accède à tous ses désirs. La question pourrait être intéressante : peut-on être heureux en faisant tout ce qu’on a envie de faire ? Le bonheur est-il la somme des plaisirs ?

Faute d’y répondre, l’autre New-Yorkais à lunette orchestre un véritable déluge visuel et sonore, ponctué de scènes cultes (Matthew MacConaughey, au somment de son art), de dialogues fantastiques (le cours de marketing de Jordan, associé à un mime explicite) et de scènes franchement insupportables (le reste). Plus rare, Martin va même jusqu’à sortir les violons lors d’un énième discours de Léo, qui fait plus que friser le ridicule (volontairement ? j’espère).

Et puis voilà.

Dans ce grand bordel, le propos se perd en route. Il ne reste que du brouhaha. Et au bout de trois heures de coke et de putes qui tournent en boucle, on finit par se demander si le projectionniste endormi, n’a pas laissé la bobine refaire un tour.

Dommage, avec une heure de moins, c’était le meilleur film de Scorsese.

En Bref : Il faut aller voir Le loup de Wall Street. C’est un rouleau compresseur de cinoche, qui avance à vue, dans le bruit et la fureur. Complaisant, sans doute, un peu vain sûrement, mais à 71 ans, Martin Scorsese parvient tout de même à faire entrer deux ou trois scènes dans l’histoire du cinéma.

Un jour, ça serait quand même bien qu’il réussisse un film en entier.

 

Django Unchained. La mine de l’Allemand perdu.

Faut-il aller voir Django Unchained ?

Pfff j’ai la pression là.

Je ne sais plus si on arrive à juger Tarantino comme un cinéaste normal. Tout le monde l’attend au tournant. Et tout le monde sort de la salle en extase ou en rogne, hurlant à la lune que c’est un génie fabuleux, ou un illustre imposteur.

Comme le rappelle Kalosystem dans son commentaire, les éloges de la presse sont de plus en plus dithyrambiques à chaque film de QT, alors même que certains n’hésitaient pas à déboulonner Pulp Fiction à l’époque (pourtant bien supérieur à tout le reste de sa filmographie, voir même supérieur à tout en général, sauf au bon fromage). Comme quoi, ce n’est pas un film que l’on juge, mais toujours son réalisateur.

Et c’est un peu normal. Parce que personne ne peut oser faire la même chose que lui sans se ramasser. Pire, si un jeune cinéaste s’était pointé avec le même scénar et les mêmes idées de réal (“Je… je voudrais rendre ses lettres de noblesse au zoom ultra-rapide sur les yeux des méchants, faire des blagues sur l’esclavage et balancer du gangsta rap sur des scènes de chevauchées”) il n’aurait jamais trouvé de producteur pour prendre le risque de le financer.

C’est pourquoi Quentin est précieux. Parce qu’il est foncièrement unique, parce qu’il fait absolument ce qu’il veut et, bondieu, parce qu’il a un talent fou pour écrire des dialogues.

Dés le départ, on retrouve le style inimitable du maître de la série B : des acteurs aux sommets et des discussions interminables qui se terminent toujours en parties de flingues. Christoph Waltz scintille d’humour et de décalage, Leonardo Di Caprio excelle dans le rôle du méchant mielleux et la palme revient à Samuel L. Jackson, qui déploie toute sa gouaille et sa méchanceté dans le meilleur rôle de sa belle carrière. A leurs côtés, Jamie Foxx tient bien son rôle-titre, mais ne peut s’empêcher d’apparaitre plus terne que les monstres qu’il côtoie.

Plus classique que Kill Bill ou Reservoir Dogs dans son découpage, le scénario laisse un peu tomber le suspens des premiers films pour s’orienter d’avantage vers la comédie. Parfois inégal et un poil longuet, Django n’a pas le rythme endiablé des premiers, mais il perd en tension dramatique ce qu’il gagne en humour. L’absurde n’est jamais loin, QT se lâche comme un môme, fait voler les personnages qui prennent une balle et pérore sur la difficulté de chevaucher correctement lorsque l’on porte un masque du Klu Klux Klan. L’air de rien, il propulse d’emblée pas mal de scènes dans le royaume des moments cultes, où elles s’en vont retrouver le reste de sa carrière.

Et face à tout ce talent, on applaudit, on en redemande. Et aussi, on se dit qu’on aimerait bien qu’un jour, Tarantino aille au-delà de l’hommage génial et de la grosse marade. Qu’il coupe la musique une fois, pour que l’on voie vraiment ce qu’il y a dans le coeur de ce clown, quand il rentre chez lui tout seul.

Parce qu’à force, on attend tellement ses films que l’on ne peut s’empêcher d’être toujours un peu déçu. C’est la malédiction des génies, mais au moins, elle épargne Philippe le Guay.

En Bref : Il faut aller voir Django Unchained. Et ça vaut pour toute la carrière passée et future du cinéaste le plus hors-norme d’Hollywood. Parce qu’on est toujours surpris, parce qu’on rigole d’un bout à l’autre et parce que chaque plan d’un film de QT transpire l’amour du cinéma.

Mais malheureusement pour les fans exigeants, ce n’est pas ici que Tarantino atteint la cime de son art. Le rythme est un peu trop claudiquant et l’ensemble manque de la petite étincelle d’énergie qui aurait pu faire passer ce très bon film à l’étage des chefs d’oeuvres.

J. Edgar. Hoover rated.

Faut-il aller voir J. Edgar ?

A 77 ans, John Edgar Hoover porte toujours des cravates. Patron, promoteur et père fondateur du FBI, le vieil homme regarde en arrière. Debout dans son bureau, il a vu défiler huit présidents et 48 années de service. Mais pendant toutes ces années, il n’a jamais pensé à installer un putain d’éclairage correct dans son bureau.

Mais qu’est-il arrivé au chef opérateur qui a tourné ce film ? Pendant 2 heures et 15 minutes, le personnage principal évolue dans le pénombre quasi-constante de bureaux affreusement laids. Au départ, on se demande si l’image est volontairement vieillie, mais non, la qualité infâme ne s’améliore jamais et même les mouvements de caméra semblent aussi hasardeux qu’un reportage des années 90 sur les Hackers.

Pas grave, entre les ralentis d’Invictus et les navettes de Space Cowboys, on a eu le temps de se rendre compte que les qualités esthétiques n’étaient pas la priorité de Clint Eastwood. Mais le fond, l’émotion et l’histoire sont-ils là ?

La réponse est oui, mille fois oui. Mille fois trop surtout. En deux petites heures, Clint essaye de nous raconter l’histoire de l’Amérique vu par  en dessous de la ceinture. Toutes les trois minutes, on change de président, en survolant les évènement forts à la volée. “Allô, JFK est mort”, “Non monsieur Nixon, vous n’aurez pas mes documents secrets”, “Nous allons faire tomber Al Capone”, Bim Bam Boum… Au final, un patchwork d’histoires politiques mal foutues où on n’apprend pas grand chose et dont on sort frustrés.

Pour ne rien arranger on passe en permanence du passé au présent, avec une régularité fatigante. Les acteurs ont beau être justes et convaincants, c’est pas facile de jouer dans le noir avec un faux bide et deux kilos de maquillage sur la tronche. Et puis un moment, on en a marre de voir ces deux vieux tremblotants qui tournent en rond.

Alors que reste-il ? Une histoire d’amour touchante entre deux hommes au pays des réacs. Assurément, les scènes les plus intéressantes du film. Mais pas de quoi sauver le navire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir J. Edgar. Clint Eastwood est meilleur dans les fables intimistes que dans les fresques historiques. Faute d’avoir un vrai point de vue, il empile les moments forts sans leur donner corps et on s’emmerde pas mal devant ce foutoir indigeste.

Et les oscars à venir me feront pas changer d’avis.

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Shutter Island Resort Paris

Faut-il aller voir Shutter Island ?

Le jeu de mot-titre est minable, mais laissez moi vous rassurer : il n’a aucun rapport avec le contenu de l’article. Il est tard, j’ai du boulot, je suis fatigué, alors ME CASSEZ PAS LES COUILLES PIEDS ! Je dis ça parce que je suis fou. Transition.

Shutter Island se passe dans un asile situé sur une île, en 1955. Deux Marshalls viennent tenter d’y comprendre comment une détenue a pu s’enfuir de sa cellule. Rapidement, il se rendent compte que quelque chose ne tourne pas rond, ce qui, dans un asile, est la moindre des choses.

Martin Scorsese est un réalisateur surestimé. Au risque d’hérisser le poil de nombreux lecteurs, je dirais même qu’il n’a jamais réalisé un film qui soit vraiment bon. Comme si, à chaque fois, on frôlait l’excellence, sans jamais l’atteindre : trop long (Aviator), trop cliché (Les affranchis) ou mal terminé (Taxi Driver)… Comme si à chaque fois, Scorsese laissait tomber une petite vis dans ses moteurs parfaitement huilés.

En revanche, Dennis Lehane n’a jamais écrit un livre qui ne soit pas bon. Mystic River a d’ailleurs donné lieu à un excellent film de Clint Eastwood, quand Ben Affleck a massacré Gone Baby Gone. Bref, de Shutter Island, tout était à craindre comme à espérer.

Ça commence comme un chef-d’oeuvre. Le démarrage, grandiose, imposant, ne lésine pas sur les effets de mise en scène, que le réalisateur maîtrise à merveille. Les couleurs sont travaillées, les imperméables flottent au vent et la musique et le cadrage instaurent directement une ambiance pesante et intense.

Malheureusement, le film alterne en permanence entre le thriller sombre et le mauvais goût criard. Si certaines scènes collent au fauteuil, d’autres, notamment les rêves, sont franchement affligeantes : “Oh chérie, tu es en train de t’enflammer, il pleut des cendres, tiens tu saignes, oh il y’a de l’eau partout, tiens une petite fille flippante. ” Scorsese se prend pour David Lynch, mais il n’a pas son talent. Il se contente d’aligner les poncifs aussi vides qu’ils sont lourds de symbolique pseudo-psychologique.

Pour finir de couler le navire, on assiste également à de nombreux flash-backs pas très fins : des piles de cadavres étalées sur les rails d’un camp de la mort ou un officier allemand au visage déchiqueté. Ces références n’ajoutent pas grand chose à l’intrigue, mais “Quand américain vouloir évoquer le mal, lui toujours faire ainsi”. C’est lourd. Surtout si c’est pour foutre “Arbeit Macht Frei” au dessus-de Dachau, quand n’importe quel consultant historique sait que le panneau est à Auschwitz. Merde.

En bref : Il ne faut pas aller voir Shutter Island. A la rigueur, on peut aller voir la première heure, car Scorsese est assurément un excellent cinéaste et un grand metteur en scène. C’est d’autant plus rageant qu’il rate son film, en mélangeant des scènes absconses avec des kilos de pathos.

Le jeu de Leonardo Di Caprio n’élève pas le niveau. Il se contente de pleurer en serrant les dents rageusement, comme depuis environ 10 films. Quant à la fin, elle est lourde et démonstrative, même si le twist de clôture est pas mal foutu.

Avant de pleurnicher, il faut prendre en compte le fait que j’avais lu le livre et qu’on est toujours déçu dans ce cas-là. Deuxièmement, je l’ai vu en VF avec un son pourri, ce qui m’a mis de mauvaise humeur. Mais bon, ça se voit pas non ?