Les salauds. Le vieil homme et la mort.

Les salauds

Faut-il aller voir Les Salauds ?

Marco est tranquilou, au soleil sur son bateau quand sa sœur l’appelle. “Mon mari s’est suicidé, on a retrouvé ma fille à poil dans la rue avec les cuisses ensanglantées, l’entreprise familiale est en faillite, et tout ça c’est la faute d’un vieux riche intouchable. Il faut que tu rentres pour tout régler !”

La morale, c’est qu’il ne faut pas toujours décrocher son téléphone.

Parce que sinon, je ne vois pas bien ce que veut nous dire Claire Denis. Un film n’a pas forcément besoin de message pour être bon, mais jusque dans son titre, celui-ci semble vouloir nous hurler quelque chose. Mais quoi ? Que y’en a, dans la vie, c’est vraiment des gros dégueulasse ? Ben oui Clarinette, mais calme-toi voyons ! On ne comprend rien à ce que tu racontes.

Au départ c’est pas grave. On est paumés, bercés dans un ambiance malsaine et mystérieuse, où les indices s’amoncellent pour former une histoire. Si on est attentif, on finit par comprendre et on s’accroche. La caméra louvoie entre les portes, la musique s’enroule autour de nos gorges et tous les acteurs, même les rôles les plus anecdotiques, sont dirigés à la perfection.

C’est joli, sombre, malsain, mais pas bavard et très bien mis en scène. On retrouve le talent de la réalisatrice de White Material, qui n’a pas son pareil pour dire beaucoup de choses en quatre plans muets.

Et puis le troisième tiers commence. Le scénario stagne, on nous raconte des histoires de bateaux, de RER et d’assurance-vie. Miossec collectionne les vieilles voitures. Coucou Miossec !  On s’ennuie. Et en attendant, Claire Denis se complait dans l’abjection de ses personnages.

Et puis la fin tombe. Et après nous avoir enveloppés de mystère pendant toute la première partie, la réalisatrice prend le soin de souligner sa conclusion au fluo. Après une scène de meurtre à peine digne d’un court-métrage étudiant, elle conclut sur des images dégueulasses et inutiles ou l’utilisation de la poupée de maïs sort tout à fait de son contexte.

Dans notre oreille, la réalisatrice s’époumone “Ah les salauds !”, pendant qu’on regarde son film se faire hara-kiri.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les Salauds. Même si c’est joliment filmé, parfaitement interprété et pas mal écrit au début. Antipathique et complaisant le film se perd dans un moralisme un peu malhonnête.

Bah oui Claire, c’est trop facile de prendre un air outragé pour dénoncer l’horreur d’une histoire que tu as écrite toi-même…