White Bird. Dark Ado.

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Faut-il aller voir White Bird ?

C’est l’histoire d’une maman qui disparaît. Papa est triste. Sa fille s’en fout. Sa fille aimerait bien s’envoyer le flic qui dirige l’affaire. Elle aimerait bien s’envoyer le pompier aussi. Et le cow-boy. Et l’indien.

De quoi parle ce film ? De l’usure du mariage (encore !), des villes de banlieue, de la concurrence mère-fille et de la naissance d’une femme… Un peu de tout. Un peu de rien. Tout est abordé, rien n’est fini. Le réalisateur s’en fout. Ce qu’il aime, c’est filmer une adolescente, qui découvre son corps, ses appétits et comment les réconcilier en portant des minijupes.

Et finalement, c’est qu’il réussit le mieux : le portrait d’une ado qui vient subitement d’être mignonne et qui découvre le sexe à tâtons. C’est tendre, gentiment trash et plutôt joli. Dans un style plus noir, plus pessimiste mais bien plus fort, Sleeping Beauty traitait du même sujet, avec infiniment plus de talent (même si le débat a saigné ici, c’est le deuxième article le plus lu de ce blog…)

Car malgré ce portrait réussi, on ne peut pas vraiment dire que Gregg Araki s’est foulé le poignet. Tout cela est cadré sans magie, étalonné à la truelle et assez pauvrement mis en scène. Couleurs pastels, père à moustache, reconstitution kitsch de l’époque et groupe d’amis en formica, tout sonne faux autour de l’héroïne. Et comme on n’y croit pas. On s’en fout un peu.

Lors d’un final pseudo-intense, le suspens tente une fragile incursion dans ce teen-movie bancal. On fronce un sourcil, presque captivés malgré la proximité de Gone Girl et sa supériorité écrasante dans le même genre et sur le même sujet. Et puis en fait non. Le réalisateur bâcle tout, faisant retomber la tension qu’il vient à peine de faire naître, comme s’il s’était fait peur à lui-même.

Plouf. La chute arrive, elle est ridicule et achève de plomber ce gentil film un peu naze. Dommage, il y avait quelque chose. Un morceau de chocolat, délicatement praliné, au milieu d’une purée de carottes.

En Bref : Il ne faut pas aller voir White Bird. Même si le film est loin d’être antipathique, raconté sur un ton assez tendre et porté par une jeune actrice talentueuse. Il y a trop de légèreté, trop de jemenfoutisme et pas assez de travail pour faire émulsionner les talents convoqués.

Et comme disait Maurice Chocolat, juste avant de devenir célèbre : “Il n’y a pas de génie. Il n’y a que du travail.” (Depuis il n’est toujours pas devenu célèbre, mais il travaille !)

Gone Girl. Gone Baby Gone.

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Faut-il aller voir Gone Girl ?

Vous trouvez vraiment que David Fincher ressemble à un réalisateur génial ?

Regardez ses petites lunettes sages, son style de pompiste endimanché et son petit bouc bien taillé. A longueur d’interview, David sourit, répond poliment aux questions, assure qu’il fait des films “pour ceux qui les financent” et semble aussi ennuyeux qu’une après-midi avec Ben Affleck. Misère.

Pourquoi l’un des plus grands génies du cinéma contemporain ressemble-t-il à une plante verte ? Ce n’est pas la question que pose cet article. Mais c’est peut-être la définition même de son art, depuis qu’il a atteint l’âge adulte.

Fini les travellings vertigineux, les caméras voltigeantes et les discours nihilistes. Après un début de carrière numérique et flippé, David Fincher a boutonné sa chemise et peigné sa mèche. Un moment, j’ai même cru qu’il était devenu relou, mangé par hollywood, fini.

Mais c’est le contraire. En arrêtant de sauter partout, Fincher est arrivé à l’os. A la moelle épinière du cinéma : une histoire en béton armée, un découpage au scalpel et un rythme au métronome. Et s’il est difficile de définir Gone Girl en quelques mots, on peut au moins dire ceci : ce film est une machine.

Parce que dés le premier plan, on est pris. Et la mécanique démarre, implacable. Ça commence comme un polar classique, magistralement écrit, extrêmement bien mis en scène, avec un joli retournement de situation. Ce pourrait être la fin, mais ce n’est que le début. Le film dévisse, il se transforme en thriller, puis en satire. D’efficace, l’histoire devient intelligente, puis elle devient brillante. Et quand la machine s’arrête, deux heures ont passé, aussi courtes que des secondes.

Et on est là sur notre siège, à secouer la tête comme les chatons des restaurants chinois. En répétant ce même mot en boucle : brillant. Tellement brillant. Tellement putain de brillant.

S’il doit en avoir un, c’est le seul défaut de Gone Girl : la perfection. Parce que tout est maîtrisé d’un bout à l’autre, il lui manque peut-être une faille. Une mauvaise réplique, une fausse note, une erreur de casting. Quelque chose d’humain, finalement.

Mais non. La fin est là. Sublime. Puissante, belle et terriblement amère. On comprend que le punk qui a fait Seven et Fight Club n’est pas rangé des voitures. Il est au sommet de son art. Avec son costume impeccable et sa montre en argent, ce n’est pas le gendre idéal. C’est le Parrain. Le Boss.

En Bref : Il faut aller voir Gone Girl. Le film donne un aperçu des sentiments que l’on éprouve en jouant aux échecs contre Kasparov. Le scénario est d’une intelligence absolue, la mise en scène lui fait honneur et la musique termine de nous enfermer dans cette effroyable machine d’acier.

Il faut aussi y aller pour découvrir Rosamund Pike. Une actrice de première classe, cantonnée jusque là aux films de seconde zone. On lui souhaite plein de petits Oscars.

Et si l’Académie parvient à enlever les morceaux de charbon qu’elle a dans les yeux, elle pourra peut-être enfin s’intéresser à David.

Des gens qui s’embrassent. Famille je vous haime.

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Faut-il aller voir Des gens qui s’embrassent ?

C’est deux familles. Les premiers sont des juifs qui mangent du porc, font du yacht sur la côte, claquent plein d’argent et en gagnent encore plus. Les deuxièmes sont des juifs qui mangent du pastrami, vivent modestement et jouent du violoncelle dans des orchestres plus ou moins philarmoniques.

Le premier point commun de ces deux familles, c’est qu’elles détestent la famille d’en face. Le deuxième, c’est qu’elles partagent le même grand-père. La surprise en revanche, c’est que les cons ne sont pas forcément du côté où on les imagine.

Difficile de classer le film de Danièle Thompson dans une catégorie : film choral et ambitieux, Des gens qui s’embrassent parle d’amour, de frères, de judaïsme et de deuil, mais d’abord de famille, et à travers elles, des oppositions radicales entre les gens qui s’embrassent mais qui ne pourront jamais s’entendre.

La grande force du scénario, c’est de jouer avec des clichés, sans tomber dans la caricature. Lorsque les deux frères, si opposés, s’engueulent, on est bien incapable de choisir son camp. L’orthodoxe hardcore est aussi un oncle affectueux et intelligent, mais le nouveau riche flambeur est bien plus généreux et drôle.

On peut trouver le tout un peu naïf, pour peu qu’on déteste sa propre famille, mais au final, on ne peut qu’aimer un film qui aime autant ses personnages. Ces derniers sont inégaux : Merad et Elmosnino sont impeccables, de Lâage est magnétique mais Boublil est fade quand Bellucci galère pour ne pas être aussi caricaturale que son rôle.

On s’en fout, on sourit beaucoup, on rigole à plusieurs reprises et on s’émeut devant la grande capacité du film à passer du vaudeville marrant à quelque chose de plus profond et grave.

Et puis il y a la très belle histoire d’amour, qui m’a fait des gouzis. Mais j’ose pas en parler, je vais encore passer pour un mec fleur bleue.

Alors que j’suis un bonhomme.

En Bref : Il faut aller voir Des gens qui s’embrassent. Parce que je tape trop sur les films français pour ne pas défendre ceux qui sont bons. Fine, mordante, ryhtmée et bien écrite, cette comédie dépasse les limites de son genre pour dire des trucs intelligents, sans jamais juger ses personnages.

Maintenant, si vous êtes pas d’accord, c’est peut-être parce que la production ne vous a pas offert une bouteille d’eau lors d’une avant-première so VIP. Dans ce cas-là, vous pourrez toujours dit que j’ai rejoint la liste interminable des blogueurs corrompus.