Insaisissables. Cartes cavaliers.

insaisissables

Faut-il aller voir Insaisissables ?

Il faudrait peut-être faire une règle mathématique qui comparerait la météo au niveau des films projetés. Je pense qu’on en conclurait que la chaleur extérieure est inversement proportionnelle à l’intelligence des films. Ça expliquerait pourquoi ils sont toujours aussi pourris l’été. Et celui-là était particulièrement chaud.

C’est l’histoire de quatre cavaliers qui braquent des banques en jouant au cartes. Comme d’habitude, il y a de la magie tirée par les cheveux, de l’amour lourdingue, des rebondissements improbables et Morgan Freeman.

Mais sans déconnez Morgan… Tu t’occupes jamais de ta famille ? T’es partout ! De Batman à Oblivion en passant par La Chute de la Maison Blanche, j’ai l’impression que t’enchaînes les rôles de papys déglingue dans absolument tous les films d’Holywood. Et franchement, vous trouvez qu’il a changé de visage depuis Se7en ?

Bref.

Les mecs sont sympathiques, Woody Harrelson joue toujours aussi bien le mec bizarre, Jesse Eisenberg se spécialise dans les rôles de petit génie et Dave Franco a vraiment la même gueule que son frère. Point rarissime dans un film américain, les personnages féminins ne sont pas des faire-valoir : Isla Fisher a pas mal de charisme et Mélanie Laurent passe le film a prendre Mark Ruffalo pour un con, comme nous.

Pour ce qui est de la magie, c’est quand même plutôt sympa et pas trop mal branlé, dans la mesure où les tours expliqués sont complètement improbables.

Sinon c’est comme d’hab, on peine à s’attacher aux multiples personnages, on a rapidement rien à foutre du scénario et le rebondissement final nous fait doucement rigoler. La caméra est plutôt agile, voir virevoltante, voir elle donne un peu envie de vomir. Mais c’est toujours moins triste qu’un Haneke.

Comme me l’écrivait la charmante Michelle Seys dans un commentaire, je ne suis bon qu’à voir des films commerciaux, alors j’assume. Mais c’est dur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Insaisissables. Mais c’est plutôt rythmé, assez sympa et vraiment très creux. En général, il ne fallait pas aller au cinéma cet été, si ce n’est pour voir Le Congrès et la nouvelle pub Maif.

Je sais bien que cette critique manque sérieusement de fond, mais c’est la faute au film, qui m’a glissé dessus comme un longboard sur un nageur imprudent. Le sel et le soleil ne rendent pas seulement blonds. Je crois bien qu’ils m’ont rendu con.

Les adoptés. Mélo, Restau, Bobos.

Laurent le jour

Faut-il aller voir Les adoptés ?

C’est l’histoire d’une famille recomposée qui vit dans une pub pour smartphone. Lisa fait de la guitare sèche dans des bars obscurs et travaille chez un luthier parisien le jour. Sa soeur adoptive vend des livres en anglais dans une librairie boisée, le soir elle regarde des vieux films américains en récitant les dialogues. Elles vivent autour de leur mère, qui clope en coupant des fleurs et les trois femmes s’occupent du fils de Lisa, qui vit dans une pub kinder.

Un jour de pluie d’orage, un critique gastronomique au regard viril et tendre tombe amoureux de la libraire. Ils vivent un amour hors-norme et intense, malgré des disputes passionnées et romantiques. Mais un jour, c’est le drame.

Heureusement d’ailleurs, parce qu’on commençait à s’emmerder un peu. Pendant les trois premiers quarts d’heure, la réalisatrice fait le portrait idyllique d’une passion banale dans un univers ou le mauvais goût n’existe pas. Quand les héros sortent de leurs appartements spacieux, c’est pour aller bosser dans des endroits bien aménagés où ils ne foutent pas grand chose avant d’aller manger dans un restaurant chic ou boire un coup dans un bar chébran.

Irritante, cette perfection est soulignée par une image léchée et souvent magnifique. Chaque cadrage est travaillé comme une photo d’art et l’utilisation abusive du flou se succède aux ralentis artistiques. C’est beau, okay, mais les personnages sont si stéréotypés qu’on ne s’y attache pas.

Heureusement donc, le drame se pointe à mi-chemin. Pudique, Mélanie Laurent -qui réalise son premier long-métrage- évite de nous tirer les larmes et réussi parfois à créer l’émotion. Malgré tout, elle ne parvient toujours pas à se défaire des clichés parisiens et snobs dans lesquels ses personnages sont engoncés.

Trop bobo pour être beau, Les adoptés a tout de même deux mérites non-négligeables : mettre en valeur la superbe musique de Jonathan Moralli, chanteur génial de Syd Matters, et porter la lumière sur Denis Ménochet, acteur intense et magnétique.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les adoptés. Malgré des qualités cinématographiques évidentes, Mélanie Laurent oublie de se rapprocher de ses personnages et finit par s’éloigner du cinéma. Assurément, elle mérite une deuxième chance.

Ces derniers temps, la golden-girl du cinéma français a pris un peu la grosse tête : après son album moyen et ses colères un peu ridicules, elle était la cible idéale des quolibets un peu bas. Son film offre une occasion de nous réconcilier avec elle : finalement, on l’aime plutôt bien de l’autre côté de la caméra.

Beginners. Oliver triste.

Faut-il aller voir Beginners ?

Oliver est un illustrateur splénétique qui vit à Los Angeles. A 75 ans, son père vient de faire son coming-out. Et il est mort. Depuis, Oliver déprime. Il fait le compte des femmes qu’il a quittées et il parle aux chiens. Et puis il rencontre une blonde. Elle s’appelle Anna.

Dur de résumer Beginners, qui a l’ambition de raconter beaucoup de choses sans les lier ouvertement. La dépression, le deuil et les déceptions amoureuses sont racontés à travers l’existence vaporeuse d’un artiste solitaire. Au risque de livrer un patchwork incohérent et nombriliste.

Au centre de l’analyse : le père. Celui d’Anna, qui gâche le bonheur de sa fille en parlant de mort. Et celui d’Oliver qui retrouve goût à la vie avant de s’éteindre. Bloqué dans le carcan d’un mariage malheureux, le vieil homme a joué les hétéros toute sa vie pour finir par briser ses chaînes. Face à lui, son fils est libre de faire ce qu’il veut. Mais ça ne le rend pas heureux.

Le film n’étend pas l’analyse très loin. Il laisse le spectateur faire des liens entre l’homosexualité, l’échec amoureux ou la déprime. Souvent, ceux-ci sont évoqués, mais le scénario ne se mouille pas. Il effleure. Il évoque.

Pendant de longues minutes, on parle de Gay-Pride, d’Harvey Milk et de soirées entre mecs, mais l’analyse ne dépasse pas la surface. Comme toujours, on flirte avec la caricature. A ce titre, le compagnon du père d’Oliver -censé représenter la joie et la vie- est franchement ridicule.

C’est le problème du film. Dépressif jusqu’au trognon, il peine à raconter une histoire. Les personnages se mirent dans leur propre reflet et ressassent des banalités sur la mort. Même l’histoire d’amour, qui donne un peu de vie à l’ensemble, peine à arracher des sourires face à l’absence de volonté des protagonistes.

Heureusement, Mélanie Laurent apporte tout de même une certaine fraîcheur à l’histoire (Mais pour le reconnaître, il faut faire l’effort d’oublier l’arrogance manifeste de l’actrice dans la vie). En face, Ewan McGregor est un peu moins lisse que d’habitude tandis que Christopher Plummer campe un père admirable.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Beginners. Malgré des qualités d’écriture et une histoire d’amour touchante, le film est trop éthéré, trop mou pour accrocher le spectateur.

C’est dommage, derrière la multitude de sujets et la tonne de Xanax, il y avait là un beau regard. Pour le faire briller, il manquait juste un sourire.