Magic Mike. Bite génération.

Faut-il aller voir Magic Mike ?

C’est l’histoire de messieurs tout nus. Ils dansent. Quand soudain, l’un d’eux devient intelligent, alors il déprime.

Bon. Je vous entend rigoler d’ici. Mais j’assume. Magic Mike, c’est la meilleure façon d’aller voir Sexy Dance 4 sans perdre ta street cred.

Parce que sous l’étiquette de film indie conceptuel chébran, il y a le même concept que dans le film à minette sus-cité : des chouettes chorégraphies, des mecs et des filles en sueur sous leurs habits, une love-story centrale sans intérêt et quelques pistes de réflexion philosophique sur l’amitié, l’amour, le silicone et le rêve américain.

Et puis il y’a Soderbergh, c’est à dire un putain de sens du cadre et une gestion des lumières sépias que l’on avait pas vu depuis Traffic. Entre les superbes chorégraphies et des dialogues ciselés comme du ping-pong, il laisse tourner sa caméra lors de longs plans-séquences qui donnent de l’air au spectateur et l’occasion de jouer aux acteurs.

Justement, ces derniers sont excellents. Matthew McConaughey est formidable dans le rôle du maquereau dégoulinant, les gros mâles qui l’accompagnent arrivent à donner de l’humanité à leurs pectoraux et, après Battleship, Channig Tatum (lui-même ancien Chippendale) nous montre qu’on a pas fini de sous-estimer son physique de con.

Alors oui, on connaît les rouages de l’histoire, tout est plutôt convenu, la musique craint sa race et on est pas forcément sensible à l’univers des hommes en strings. Mais franchement, avec ses faux airs de nanard extra-light et ses images à couper le souffle, Magic Mike s’impose comme le meilleur film de l’été.

Et si vraiment t’assume, tu peux boire une bière blanche en sortant (mais ta meuf va peut-être se douter d’un truc).

En Bref : Il faut aller voir Magic Mike. Parce qu’il y a des cœurs qui battent dans les couilles des hommes, parce que Soderbergh est l’empereur du cadrage stylé et parce que mine de rien, les scènes de strip-club nous permettent de comprendre que les filles sont aussi tarées que nous.

Je sais pas si ça rassure, mais au moins, ça déculpabilise.

Blanche-Neige et le chasseur. Pomme V.


Faut-il aller voir Blanche-Neige et le chasseur ?

“C’est comme une version cool du classique quoi. Y’a la meuf de Twilight, le mec de Thor et une ambiance bien dark tu vois. Genre gore un peu, avec des insectes chelous, des serpents et une image sombre, genre spooky. Pas un truc pour les mômes t’as vu, une révision du comte en mode rock n’roll, trash et tout. Bien swag.”

PUTAIN !

Je commençais à peine à me réconcilier avec Hollywood. Mais c’était le chant du cygne. Que l’équipe du film me regarde dans les yeux, pour me jurer qu’à la racine de ce projet il y avait une idée. Un soupçon d’envie de créer quelque chose. Non, il y avait juste une opération. Aussi calibrée et vénale qu’une pub pour aspirateur.

“On va faire un coup en or, Kendal, on va copier/coller le mythe Disney des mômes, pour choper le marché des jeunes, mais il nous faut aussi les ados, donc on prend la star de Twilight et pour avoir les plus vieux, on repeint tout en noir comme dans un conte trash à la Terry Giliam, on fout des crêtes punks aux sept nains, une armure à Blanche-Neige et des Trolls dégueulasses. Avec un peu de chance, même ce con de Corentin Chrétien va y aller.”

Quelle horreur.

Je ne sais pas ce qui est le plus raté dans ce film. Les couleurs saturées et l’image clippée ne manquent pas de laideur mais ne seraient rien sans la platitude incroyable de l’histoire. Il faut dire que celle-ci est portée par des dialogues hallucinants de pauvreté, eux-mêmes déclamés par des acteurs amorphes. Dans l’incroyable scène finale, Blanche-Neige se fait couronner et reste une minute à se dandiner devant son trône, bombant le torse en silence alors que tout le monde attend un discours.

C’est probablement le vrai talon d’Achille de ce nanard industriel : la fadeur incroyable de son actrice principale, Kristen Stewart, dont le regard est aussi vide que les rues de Buenos Aires un soir de coupe du monde. Face à elle Charlize Theron hurle, dans le plus mauvais rôle de sa belle carrière.

Mais le réalisateur ne dirige pas les acteurs, il est à genoux dans la neige, en train de filmer une pomme en mode macro. Trop stylé.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Blanche-Neige et le chasseur. Même si vous êtes invité par la plus belle fille du lycée, même si c’est la seule alternative à une soirée knackis-Thalassa et même s’il vous êtes sous une pluie battante devant un cinéma ouvert.

Avant de faire ce produit, le réalisateur Rupert Sanders n’avait réalisé que des publicités. Alors Rupert, un conseil sympa : Pour faire du cinéma, il faut un scénario, pas un business plan.