Vice Versa. Cauchemar et Freud.

Film-Inside Out

Faut-il aller voir Vice-Versa ?

J’aime pas les geeks.

Et ça m’énerve de voir tous les magazines de France faire des doubles-pages sur “la revanche des nerds” comme si on était en 2004, mélangeant gaiement 4Chan, Anonymous et les fucking Cosplays, à grand renfort de “génération Y” et de “Web 2.0″.

Mais à part dans vos concepts marketing pourris et chez les sociologues approximatifs du Nouvel Obs, elle est où, la revanche des geeks ? Des ados de trente ans, à mi-chemin entre la queue de cheval et la calvitie, qui se bousculent à l’avant-première des Minions avant d’aller se finir sur un blind-test Disney dans un bar Star Wars, ça vous excite ?

Putain.

Quand j’étais jeune, en mai 1977, on prenait du LSD dans des concerts sauvages, on se perçait l’arcade sourcilière nous-même et on baisait sur des escabeaux. On était peut-être plus cons, mais on était sûrement moins niais.

J’aime pas les geeks. Alors j’ai pris mon M16 et j’ai été voir Vice-Versa, avec un rictus de bâtard et ma mauvaise foi en bandoulière. Pour être sûr de le flinguer, j’ai été le voir en VF. Le piège était tendu.

Et je suis ressorti bouleversé.

Pas seulement parce que l’animation est superbe, pas seulement parce que c’est drôle, tendre, malin et foncièrement intelligent. Mais surtout, parce que Pete Docter, le réalisateur, démarre sur un concept et le tient jusqu’au bout. Et ça, tu respectes.

On est dans la tête de Riley, et ses émotions discutent. Là où beaucoup se contenteraient d’un pitch sympa pour tisser une histoire banale, les mecs de Pixar déroulent leur métaphore pendant une heure trente, sans jamais dévier : l’organisation du système de souvenirs, d’inconscient et de matérialisation des concepts est tellement pointue qu’elle pourrait faire office de surface pédagogique pour le CNRS.

C’est brillant. Et lorsque cet outil est mis au service d’un propos hyper fin sur le passage à l’âge adulte et l’apprentissage de la mélancolie, ça devient génial. Après un petit ventre mou à mi-temps le film reprend des forces et décolle très loin au-dessus de la comédie maline, pour taquiner la beauté pure, les histoires éternelles et les sommets de l’intelligence.

Il n’y fait pas très chaud, mais on y trouve des émotions tellement hautes, qu’elles ne fondent jamais.

En Bref : Il faut aller voir Vice-Versa. Même si, comme moi, vous êtes déjà un vieux con paranoïaque, et vous considèrez Walt Disney comme un satyre qui a lavé le cerveau d’une génération. Même si vous êtes traumatisés par les princesses stridentes et les chiens hystériques. Sortez de votre caverne. Ici, on ne parle pas d’animation, mais de cinéma.

J’aime pas les geeks, pas tous, mais je crois bien qu’une poignée d’entre eux vient de nous livrer l’un des plus beaux films de l’année.

Le laisser aux enfants, ça serait offrir un Vermeer à Ray Charles.

White Bird. Dark Ado.

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Faut-il aller voir White Bird ?

C’est l’histoire d’une maman qui disparaît. Papa est triste. Sa fille s’en fout. Sa fille aimerait bien s’envoyer le flic qui dirige l’affaire. Elle aimerait bien s’envoyer le pompier aussi. Et le cow-boy. Et l’indien.

De quoi parle ce film ? De l’usure du mariage (encore !), des villes de banlieue, de la concurrence mère-fille et de la naissance d’une femme… Un peu de tout. Un peu de rien. Tout est abordé, rien n’est fini. Le réalisateur s’en fout. Ce qu’il aime, c’est filmer une adolescente, qui découvre son corps, ses appétits et comment les réconcilier en portant des minijupes.

Et finalement, c’est qu’il réussit le mieux : le portrait d’une ado qui vient subitement d’être mignonne et qui découvre le sexe à tâtons. C’est tendre, gentiment trash et plutôt joli. Dans un style plus noir, plus pessimiste mais bien plus fort, Sleeping Beauty traitait du même sujet, avec infiniment plus de talent (même si le débat a saigné ici, c’est le deuxième article le plus lu de ce blog…)

Car malgré ce portrait réussi, on ne peut pas vraiment dire que Gregg Araki s’est foulé le poignet. Tout cela est cadré sans magie, étalonné à la truelle et assez pauvrement mis en scène. Couleurs pastels, père à moustache, reconstitution kitsch de l’époque et groupe d’amis en formica, tout sonne faux autour de l’héroïne. Et comme on n’y croit pas. On s’en fout un peu.

Lors d’un final pseudo-intense, le suspens tente une fragile incursion dans ce teen-movie bancal. On fronce un sourcil, presque captivés malgré la proximité de Gone Girl et sa supériorité écrasante dans le même genre et sur le même sujet. Et puis en fait non. Le réalisateur bâcle tout, faisant retomber la tension qu’il vient à peine de faire naître, comme s’il s’était fait peur à lui-même.

Plouf. La chute arrive, elle est ridicule et achève de plomber ce gentil film un peu naze. Dommage, il y avait quelque chose. Un morceau de chocolat, délicatement praliné, au milieu d’une purée de carottes.

En Bref : Il ne faut pas aller voir White Bird. Même si le film est loin d’être antipathique, raconté sur un ton assez tendre et porté par une jeune actrice talentueuse. Il y a trop de légèreté, trop de jemenfoutisme et pas assez de travail pour faire émulsionner les talents convoqués.

Et comme disait Maurice Chocolat, juste avant de devenir célèbre : “Il n’y a pas de génie. Il n’y a que du travail.” (Depuis il n’est toujours pas devenu célèbre, mais il travaille !)

American Bluff. Le gang des postiches.

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Faut-il aller voir American Bluff ?

J’ai pas trop compris l’histoire, parce que j’ai vu le film avec des sous-titres grecs et du pop-corn dans les oreilles. Mais en gros, je crois que ça raconte la dernière tournée d’une troupe de trapézistes qui mange des palourdes dans un bus. En tout cas, ça se passe en Amérique, et il y a du bluff, ça je peux vous le garantir.

La première chose qui frappe, c’est que le talent d’un acteur ne dépend pas uniquement de lui-même, mais surtout du réalisateur. Comme l’avait prouvé Kechiche en réussissant à faire jouer Léa Seydoux, David O. Russel parvient à métamorphoser Christian Bale en acteur. Et c’est déjà pas mal. Mais il se paie même le luxe de le rendre charismatique, sans l’empêcher de jouer en murmurant. Big up.

Déjà plutôt bons, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Jeremy Renner (éternel second rôle, qui mériterait bien plus) n’ont pas besoin d’aide pour être excellents sous leurs perruques. Mais la véritable explosion vient d’Amy Adams. Si mauvaise dans Man of steel que j’en avais mal aux dents, la petite rouquine pétille d’un bout à l’autre.

Elle est l’âme du film, pas seulement parce qu’elle joue juste, mais parce que son rôle est puissant. Comme Hunger Games avant les singesAmerican Bluff nous rappelle en creux la vacuité des rôles féminins à Hollywood. Après Happiness Therapy, David O. Russel confirme qu’il fait partie des rares mecs qui savent s’inspirer d’autre chose que leur mère ou leur ex pour inventer des personnages féminins.

Autour de ces pointures, la caméra virevolte. Inventive, rapide, originale, elle raconte une histoire d’arnaques, d’amours et de trahisons en slalomant habilement entre les clichés. Ce n’est pas un thriller, ni vraiment une comédie ou un mélo. C’est un peu tout. Au risque d’être trop.

Mais ça marche du tonnerre. Parce que derrière les intrigues et les machinations, qui n’intéressent pas vraiment le réalisateur, il y a du coeur. Pas vraiment de méchants, pas de héros, simplement de hommes et des femmes imparfaits, avec des problèmes de cheveux. Vers la fin, le scénario s’essouffle en se perdant dans des circonvolutions inutiles et un twist alambiqué à l’américaine.

Mais pas grave, l’histoire d’amour est jolie.

En Bref : Il faut aller voir American Bluff. Pour l’instant, c’est le meilleur film de l’année. Originale, fine et barrée,, l’histoire ne repeint pas les murs, mais elle fonctionne. Elle donne surtout l’occasion de voir un galerie d’acteurs en très grande forme jouer des rôles à tiroirs, très loin des stéréotypes habituels dans lesquels les studios les enferment.

Le jour où David O. Russel aura assez de fric ou de courage pour se débarrasser totalement d’Hollywood et ses vieux gimmicks, il fera peut-être un chef d’oeuvre. En attendant on le surveille.

The Lunchbox. Ciel, mon curry !

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Faut-il aller voir The Lunchbox ?

C’est l’histoire d’une rencontre en boîte. Sur un malentendu, une femme délaissée par son mari décide de cuisiner pour un autre.

Je suis de plus en plus en retard sur les critiques. Il va falloir que je décide entre abandonner mon travail ou ce blog si ça continue. Mais vos commentaires seront-ils suffisants pour me nourrir ?

La nourriture, c’est justement le sujet du film. Ou plutôt, la transmission de l’amour par le transit, et le rôle de l’aubergine comme vecteur sentimental. Tout cela est indien, vous l’aurez compris, ce qui vaut toujours mieux que deux “tu l’auras”.

A priori, le pire est à craindre. Vous aurez déjà eu l’occasion de vous scandaliser devant mon imperméabilité aux merveilles de l’Inde, si on rajoute le romantisme mièvre et la bouffe, il n’y a pas de quoi sortir les lunettes 3D.

En fait, The Lunchbox montre que le cinéma indien a pas mal évolué depuis les danseurs argentés et les love-stories rose bonbon. Enfin je crois. Enfin j’en sais rien. On s’en fout. Mais en tout cas, le film ne manque certainement pas de finesse dans sa description sentimentale des personnages.

Un peu convenue, cette histoire d’amour culinaire est portée par des dialogues intelligents,  et des comédiens au niveau. C’est joli. Assez simple. Un petit peu chiant. Mais plutôt fin. Et faim aussi, pour peu que vous regardiez le film le ventre vide.

Bien mise en scène, la rencontre des deux héros qui ne se rencontrent pas (tu comprends pas ? Normal, c’est pour pas spoiler) fait penser à la plus belle chanson de Serge Reggiani.

En Bref : Il faut aller voir The Lunchbox. Surtout si on a un peu la dalle. Le film réchauffe les papilles, et rajoute juste assez de guimauve pour faire saliver le spectateur sans l’écoeurer.

Non mais sans déconner quoi. Est-ce que quelqu’un réussit encore à filer les métaphores sans être ridicule en 2014 ? Foutue crise.

La danza de la realidad. Bienvenue Chili Fous.

Danza

Faut-il aller voir La danza de la realidad ?

Le petit Alejandro a beau être chilien, ce n’est pas un gonze à l’aise. Son père le frictionne pour en faire un macho, l’école conditionne pour en faire un facho, le parti se passionne pour en faire un coco et sa mère le cajole pour en faire une betterave.

Et fatalement ce qui doit arriver arrive : cinquante ans plus tard, Alejandro Jodorowsky fait des films bizarres.

Mais pas bizarre coolos, comme ton pote de lycée qui levait des meufs en fumant du carton. Bizarre bizarre, comme le buègue à bretelles du CM2 qui récitait Céline en bavant sur son polo. Comme dit ma pote Glorianne, chez Jodorowsky on rit surtout pour faire partir la gêne.

Mais on rit. Maman chante l’opéra pour s’exprimer, recouvre son fils de charbon pour faire un cache-cache et danse à poil pour lutter contre l’antisémitisme. C’est sympa. Mais au bout d’une heure, maman pousse sa vingtième trille en pissant sur papa pour le guérir de la lêpre. Et ce n’est que la moitié.

Dans la deuxième partie du film, Jodorowsky retourne l’histoire pour en faire une réflexion alambiquée sur Dieu le communisme, la dictature et les clowns. Ce faisant, il perd l’humour initial et les trois quarts des spectateurs. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on ne s’éclate pas non plus. On flotte. On dérive. Un peu comme au Palais de Tokyo devant un éléphant en équilibre sur sa trompe.

Au milieu de ce marasme, quelques moments magiques : le regard d’un vieil homme sur l’enfant qu’il était, l’amour d’un autre pour le cheval de son ennemi ou la lettre, vraiment bouleversante, d’une bossue trop romantique pour ce monde de brutes.

C’est quoi le rapport ? Jodorowsky. Son égo sautillant, multi-facettes et, au final, un peu fatiguant.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La danza de la realidad. C’est original, poétique, un peu marrant, mais c’est surtout long, foutraque et un peu vain. A la cinquantième scène d’opéra sur fond de complexe d’oedipe, on finit par se tenir les oreilles, en priant pour que les clowns ne reviennent pas non plus.

De manière générale, sans les clowns et le complexe d’oedipe, le cinéma d’auteur se porterait mieux.

Perfect Mothers. Sea, sex and sons.

Perfect Mothers

Faut-il aller voir Perfect Mothers ?

C’est l’histoire de deux milfs, qui échangent leurs fils pour en faire des amants.

Wouaaalalala ne fuyez pas ! Pas si vite ! Je sais ce que vous ressentez : encore un film chelou, qui va mélanger les moments gênants, le sexe tristoune, la morale pesante et le psychologisme à deux balles. Encore une réflexion à l’autrichienne dont on va sortir tellement déprimés qu’il ne nous restera plus qu’à se faire un KFC en surfant sur copainsdavant.

Minute.

D’abord, c’est un juste retour des choses. Dans beaucoup d’histoires et tout le long des Champs-Elysées, y’a toujours un croulant qui se tape une minette, et tout le monde trouve ça normal, sous prétexte que c’est un peu la nature, ce genre de conneries. En gros, on nous serine, avec les sourcils scientifiques, que les filles s’attachent moins au physique, que l’homme atteint son potentiel de charme à 40 ans et la femme à 18, et tout un tas de lieux communs bien pourraves qu’on a dû lire dans Elle ou autre précis de soumission à l’usage des femmes.

A ceci, mesdames, je répondrai : Mes couilles ! Même si une partie des hommes (les moins assurés, à mon avis) ne trippe que sur la jouvencelle incapable de les comparer, l’inégalité sexuelle devant l’âge est un mythe vendu par la pub et les marchands de crème anti-âge. Et George Clooney, il bande mou.

Rharf ! Ça faisait longtemps que je voulais écrire ça quelque part !

Alors bon. L’amour, j’vais vous dire, c’est joli, mais c’est violent, pis c’est compliqué. Et une fois qu’on a dit ça. On peut plus dire grand chose sans dire des conneries. Bénie soit-elle, Anne Fontaine ne se risque pas à distinguer le pourquoi du comment, le mal du bien et la morale de l’histoire. Elle raconte.

Et quoi qu’on en pense, ces deux histoires d’amour sont belles. Cruelles aussi. Mais la réalisatrice les raconte sans juger ses personnages, ni les condamner, ni leur offrir de chemin facile pour s’en sortir. Pour les faire ressentir, elle ne tire pas à la ligne, comme souvent dans le film français : elle utilise le cinéma. De mémoire de poisson rouge, il y a un moment qu’on avait pas vu autant de sensualité sur grand écran.

L’été infini. Cette ambiance pleine de soleil, de sel et de peaux nues, qui donne envie à n’importe quel séminariste de baiser des tiroirs. Tout cela est tellement bien filmé par le chef opérateur que l’on quitte la salle plus bronzé qu’à l’entrée. Surtout, cette atmosphère permet d’alléger la pesanteur du sujet, sans pour autant noyer les questions qu’il pose.

Et puis voilà. La réalisatrice nous laisse là, dans un joli traveling. Sans se mouiller peut-être, mais en laissant, sans se bercer d’illusions, une chance à l’hédonisme des héros de profiter d’un dernier rayon de soleil.

En Bref : Il faut aller voir Perfect Mothers. Parce qu’il y a longtemps qu’on avait pas aussi bien filmé le sable et le désir. Parce que le film vous hantera longtemps après le générique. Et parce que les acteurs sont toujours justes (et jolis à regarder).

Tellement ensoleillé, que j’en oublierais presque certaines longueurs dans le scénar, quelques scènes caricaturales et des seconds rôles inégaux.

M’en fous. Il fait beau.

 

No. Les pantins de Pinochet.

No

Faut-il aller voir No ?

C’est le Chili. Pinochet organise un référendum pour faire croire à tout le monde qu’il n’est pas un dictateur : la preuve, chaque jour, l’opposition peut parler 15 minutes sans aller en prison. Sauf qu’un jeune publicitaire à la mode décide d’occuper cet espace, non pas pour se plaindre, mais pour faire des blagues.

Je suis hyper en retard dans mes critiques, c’est terrible, alors je vais speeder.

Donc en gros, c’est Gael Garcia Bernal qui décide de lutter contre la dictature Pinochiste en réalisant des pubs débiles. Logiquement, tous les militant de gauche sont atterrés : ils aimeraient plutôt utiliser leur quart d’heure de liberté pour parler des exécutions sommaires, des spoliations et de l’ineyoustice, mais personne les regarde parce que c’est trop relou.

Loin des films politiques à trompettes, cette histoire pose un regard intelligent et cynique sur la démocratie, sans trop se tirer sur l’élastique. Faut-il saouler les gens en leur racontant la vérité au risque de pas être élu (genre un peu comme Jospin) ou faut-il leur mentir comme un arracheur de dents pour leur vendre du rêve et choper le poste (style Chirac) ?

Le film conseille la deuxième solution, sans aller aussi loin qu’ici : évidemment, pour lutter contre un dictature meurtrière, tous les moyens sont bons. Dans No, ce n’est pas la réflexion politique qui prime, mais le combat de communicants et l’émergence de la publicité. Au-delà du fond, c’est surtout une chouette histoire, menée avec du rythme et une belle montée en puissance, tout en nous épargnant les poncifs et autres histoires d’amour inutiles.

Finalement, au milieu de cette semaine pourrie, No est largement au-dessus de la concurrence. Mais il lui manque malgré tout la petite étincelle qui aurait pu lui permettre de transcender son statut de “petit film bien coolos”.

En Bref : Il faut aller voir No. C’est un petit film bien coolos. Bien mené, intelligent, rythmé et assez novateur, ce long-métrage chilien se permet même de tirer la quintessence d’une caméra pourrie pour créer une ambiance très vintage et de jolies images aux couleurs diffractées.

Maintenant, on a un peu l’impression de passer une heure et demi coincé dans un Instagram. Et au milieu de toute cette hype, on aurait aimé un peu plus de poésie.

Voilà.

Wadjda. A voile et à peur.

Wadjda

Faut-il aller voir Wadjda ?

Wadjda est une petite fille dans un pays sans petites filles. C’est l’Arabie Saoudite. Quand elle sera grande, elle pourra faire la cuisine et des enfants. Mais Wadjda préférerait faire du vélo.

Après l’excellent Syngué Sabour, les pays enfoncés dans l’islam radical font à nouveau entendre leur voix. Une voix féminine, paradoxalement. On peut en déduire deux interprétations : ces territoires sont si reculés qu’ils n’ont pas encore découvert l’appartenance des femmes à la race humaine, et ils commencent très lentement à s’ouvrir et à raconter des histoires.

Forcément, toute la critique parisienne ressent des spasmes de joie devant un film pareil. Les journaux de gauche sont contents parce qu’il y a du sable et les canards de droite peuvent à la fois prouver qu’ils sont des humanistes et continuer de vendre leur came flippante.

Et au risque de décevoir nos amis les cyniques, on est obligé d’être un peu impressionné par la meuf : faire un long-métrage dans un pays où il n’y a pas de cinéma, en dirigeant son équipe d’hommes en étant elle-même cachée dans une camionnette, où à tout les coups, il faisait chaud ; on est obligé de respecter.

Au-delà de ça, Wadjda dépasse son statut étouffant de “premier film saoudien réalisé par une femme”. Souvent, quand un pays s’ouvre au cinoche, c’est parce qu’un naze avec une caméra DV a filmé ses potes qui parlent politique en fumant des clopes dans un cinéma porno. C’est à chier, mais Les Inrocks adorent et on reste là. Mais cette fois il y’a une vraie réalisation et un scénario plutôt fin.

Loin d’un plaidoyer classique et trop évident sur l’apartheid imposé aux femmes saoudiennes, Haïfa al Mansour raconte une histoire assez lumineuse, non dénuée d’humour et plus portée sur l’ironie mordante que le pensum lourdaud. Derrière les blagues et les jeux d’enfants, le portrait perturbant d’une société masochiste où les hommes sont des mômes et où les femmes sont parfois les artisanes du système qui les oppresse.

Malheureusement, malgré de vraies intentions de réalisation, le film manque un peu de rythme et de poésie pour émouvoir au-delà du tableau réaliste. La faute à un scénario pas hyper captivant, mais surtout à une jeune actrice un peu moyenne.

En même temps, diriger des comédiens à travers les vitres teintées d’une camionnette, ça favorise peut-être la confusion.

En Bref : Il faut aller voir Wadjda. Pas seulement pour jouer les soldats de l’art libre en gobant des crevettes dans un vernissage du 6e. Il faut d’abord y aller pour voir un pays où les caméras rentrent au compte-goutte, il faut y aller pour cette histoire touchante et pour la finesse du propos, qui n’ôte rien à sa puissance.

Mais pour voir le même sujet avec moins de réalisme et plus de cinéma, préférez Syngué Sabour.

Syngué sabour. Tchador les soucis.

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Faut-il aller voir Syngué Sabour – Pierre de patience ?

C’est l’histoire d’un soldat afghan dans le coma et de sa femme qui le regarde.

C’est vrai, le titre, le pitch et son écrasant statut de prix Goncourt ne donnent pas vraiment envie de se jeter sur ce film. Ajoutez un éloge critique unanime, et vous êtes quasiment sûr de vous faire chier.

Pendant une heure quarante, on ne change presque jamais de pièce, ni d’acteurs. On est avec cette jeune femme soumise, recroquevillée contre le corps de ce combattant de Dieu au regard vide. Aïe…

Au bout d’une minute de plan-séquence sur des rideaux bleus, je commençais à replier mes jambes pour entamer un petit somme.

Mais il y a cette fille. Cette actrice formidable, qui se réveille un peu plus à chaque minute, et nous avec. Dans une forme de psychanalyse inversée, elle parle à son héros léthargique comme à un journal intime. Elle lui confie ses peines, puis ses mensonges et ses secrets les plus interdits. Et pour la première fois de sa vie, elle crache les tabous qui l’étranglent. Au risque de se rendre compte qu’elle n’a jamais aimé ce bourreau. Au risque d’être une femme debout dans un pays où c’est interdit.

Petite chose soumise, apeurée par les hommes, elle devient progressivement plus forte. Pestiférée, méprisée, abandonnée, elle devient enfin libre, belle ; et son émancipation résonne comme un extraordinaire cri de victoire.

Dans une époque où les intégristes de toutes confessions se remontent les manches, ce film refuse la caricature ou le règlement de compte. Au-delà du plaidoyer percutant contre l’islam radical, Syngué Sabour parle d’abord de l’absence d’amour et de la médiocrité qui envahit les hommes lorsqu’on les transforme en bêtes frustrés au nom de vieilles écritures trop misogynes pour être vraiment saintes.

Parce qu’il y a encore trop de gens pour croire le contraire et parce qu’il faut être bien perverse pour accuser les femmes de ses propres pulsions, ce film n’est pas seulement magnifique, il est nécessaire.

En Bref : Il faut aller voir Syngué Sabour – Pierre de patience. Même si Pauline a trouvé ça trop relou. C’est l’explosion d’une actrice habitée, celle d’un cinéaste militant et une ode magnifique à la libération des femmes et à la connerie de mes congénères.

Les boules, c’est peut-être de sortir de ce film face aux affiches de Spring Breakers et ses baby-dolls hyper-sexualisées qui font rêver nos adolescentes.

Histoire de te rendre compte qu’entre les burqas de l’est et les objets de l’ouest, y’a du taff…

 

Gangster Squad. Penn perdu.

Faut-il aller voir Gangster squad malgré son affiche affreuse ?

Ouais, après deux ans d’abstinence, je relance le concept moisi des accroches-titre à thèmes. Si t’es malheureux, va donc lire des critiques chiantes sur un site de merde.

C’est l’histoire d’un gros méchant qui règne sur l’argent, la drogue, les jeux d’argent et l’industrie du porno. Face à lui, le LAPD envoie une bande de fachos pseudos-héroïques, mais essentiellement alcooliques, qui sont assez cons pour croire que l’on peut rétablir l’ordre en faisant exploser des casinos.

Ça partait pas ouf, Gangster Squad. Un titre pourri, une affiche à chier, une énième digression sur la pègre, un casting de stars (jamais une bonne idée), avec des dialogues saturés d’oxymores à deux balles opposant “l’empire du vice” et “la cité des anges” (dégage !). Pire, une dissertation sur le mal, que l’on doit combattre par le mal, et une bande de mâles, sous l’insigne du bien, mais qui finissent par ressembler aux voyous qu’ils pourchassent Mein Got ! Mais z’est une véritable zpirale !

Ce qui part mal aussi, c’est cette critique, tellement saturée de parenthèses de d’adjectifs qu’on dirait du Bayon. Passons.

Malgré tout ces défauts pré-supposés, Gangster Squad ne commence pas si mal. Ça cogne, c’est un peu con, mais ça ne manque pas d’énergie. Ryan Gosling rafraîchit l’ambiance avec un personnage de dandy coolos, Emma Stone tient le rôle de la belle meuf sans pour autant être mièvre et Sean Penn cabotine à tous les étages avec le talent qu’on lui connaît.

L’action démarre vite, plutôt bien écrite, agrémentée de jolis plans séquences et d’une bon équilibre entre les vannes et les coups de pression. Mieux, l’ambiance fifties est plutôt bien gaulée, sans pour autant nous assommer de clichés, d’ailleurs ça pourrait bien être les fourties, ou les thirties, mais ça sonne moins bien, et j’irai pas vérifier sur wikipédia, parce qu’on s’en branle.

Pour finir mon éloge, le film commence par quelques bons dialogues et des plans-séquences ambitieux. Tellement qu’on fait l’erreur de croire qu’on a bien fait de venir.

On a pas bien fait de venir.

Au milieu du film, c’est comme si l’équipe de tournage était remplacée par la Team B, celle des mauvais, qui s’occupe de la majorité du cinoche hollywodien. Et là, c’est le drame.

Lors d’une heure finale extrêmement pénible, on nous assène tout : les dissertation moisies sur l’héroïsme et mon pays et mon drapeau, les incohérences scénaristiques scandaleuses, les scènes d’actions à deux balles où on décharge des flingues dans tous les sens en faisant des roulades, Sean Penn avec une mitraillette hurlant aux gentils d’aller s’faire cuire un oeuf en tirant dans un sapin de Noël et SURTOUT, le héros aux mâchoires carrées plissant les yeux pour mieux distinguer l’océan qui lui fait face, avant d’y lancer son insigne et de rejoindre sa famille pour s’y faire chier en sécurité.

Métaphore en voix off, violons, flou-net, générique.

Et lorsqu’on réalise une scène pareille en 2013, ça ne m’étonne plus vraiment que les américains se pointent dans les cinoches pour flinguer tout le monde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gangster Squad. C’est pourri, bardé de clichés horribles et doté d’une morale réactionnaire et pathétique où l’on suggère que la violence est une solution idéale pour mettre fin à la violence.

Très franchement, j’ai même pas envie de me creuser à trouver une chute. Rien que de penser à celle du grand Sean Penn j’ai les yeux qui piquent.