Gaz de France. Dandy manchot.

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Faut-il aller voir Gaz de France ?

C’est l’histoire du président, qui est un con. Il dit n’importe quoi. Et après tout pourquoi pas ? Chauffe-eau. Singe. Philatélie. Politique.

L’absurde se sépare en trois catégories :

1. L’absurde non maîtrisé, qui ambitionne de faire rire, mais n’en a pas les moyens (e.g. “Je mange des caleçons dans du miel, ahah”) Pour le reconnaître : facile, il est rarement assumé par son auteur, qui se croit obligé de le compléter d’un “Je dis n’importe quoi !” qui achève de niquer l’ambiance pourrie, de cette soirée de merde, où t’aurais jamais dû aller, de toute façon, parce que y’a que des cons.

2. L’absurde maitrisé, qui ambitionne de faire rire et y parvient (e.g. “C’est un merveilleux violoniste amateur, bien qu’il ne sache pas lire la musique et ne sache jouer qu’une seule note” ou à peu près n’importe quel autre extrait des bouquins de Woody Allen). Pour le reconnaître : facile, il te fait pleurer de rire pendant que ton voisin se demande “c’est quoi la blague ?”. Ou l’inverse.

3. L’absurde revendiqué, qui n’ambitionne pas de faire rire et encore moins de faire la vaisselle (e.g. “Oui… heu… Oui… Oui oui… heu…”) Pour le reconnaître : facile, il porte une petite moustache. C’est Benoit Forgeard.

Et pourtant, le réalisateur branché maîtrise l’absurde comme personne. Et lorsqu’il veut être drôle, votre estomac passe un sale quart d’heure. Dans son premier long-métrage, il racontait n’importe quoi pendant une heure et demie, gravée pour toujours dans mon cerveau comme un grand monument de what the fuck.

A l’époque, le Règne s’extasiait et pondait ça : “Loin de nous assommer avec une métaphysique à la con, Benoît Forgeard semble n’avoir qu’un but : surprendre le spectateur et le faire marrer.”

Mais Forgeard à forgé. Il est devenu forgecon. Désormais, il tente de nous débiner une réflexion moisie sur le storytelling en politique, l’instinct de survie en bunker et l’étrange passion des vieux pour le savon. C’est mou, lent, prétentieux et dandy à crever. Bon acteur, au phrasé si fascinant, Forgeard décide de se donner le rôle d’un muet, oubliant au passage de diriger certains dialogues auxquels personne ne croit, à commencer par les acteurs.

De temps en temps, le réalisateur arrête de prendre la pose, pour faire des vraies vannes. Souvent, elles sont noyées par un rythme à contre-temps et l’interprétation fantômatique de Philippe Katerine. Mais à deux ou trois reprises, on rigole de bon coeur, et ça fait du bien.

Mais le reste du temps, qu’est-ce qu’on s’emmerde…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gaz de France. C’est creux, pas très beau et beaucoup trop occupé à se regarder dans le miroir de sa propre originalité pour s’abaisser à faire rire le spectateur ou à lui raconter une histoire.

Dommage, car les talents multiples de Benoît Forgeard ne font aucun doute. Au dernier tiers, une admirable scène de discours à deux voix monte très haut au-dessus du niveau de la mer.

On crierait au génie. En espérant le réveiller.

 

Les huit salopards. Huit clos.

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Faut-il aller voir Les huit salopards ?

Chez les critiques cinéma il existe un tabou. Un truc un peu sale, un peu honteux, qu’ils n’avoueront que sous la torture ou sur l’oreiller :

Prendre du plaisir au cinéma.

Le Critique n’est pas là pour s’amuser. “Le cinéma est un art de combat, une pensée morale et surtout un geste politique !” aime-t-il plastronner. Ensuite, il monte sur la table, citant les films de Debord, de Godard et d’un russe au hasard, allez, Swarovski. Puis il va voir le prochain Tarantino.

Là, dans l’obscurité, à l’abri des regards, le Critique s’amuse. Parce que c’est rigolo les cow-boys qui se tirent dans les roubignoles et parce que le cinéma, c’est aussi des shérifs qui s’acharnent, des punchlines qui tabassent et des chevals qui galopent. Et Tarantino, c’est exactement ça, mais c’est pas beaucoup plus.

Empourpré, le Critique sort en cachette, tentant de dissimuler son enthousiasme derrière un livre d’André Bazin ( “Ontologie et cinéma”). Mais son visage respire la culpabilité : il a pris du plaisir. Ce soir, il s’infligera l’intégrale de Fassbinder en implorant le pardon. Mais d’abord il faut écrire. Et quoi ? Qu’il a bien rigolé ? Que le suspens est trépidant ? Que la violence est graphique ?

Allons… Quand un Critique prend du plaisir devant une série B, il est obligé de relever le niveau, sinon c’est lui qui passe pour un idiot.

“Un grand film enragé et engagé, vindicatif et réflexif (…) son film le plus mature. Peut-être le plus idiosyncratique” postillonne Cinéma Teaser. Et Transfuge de renchérir, y voyant “une psychanalyse des Etats-Unis” qui “fixe sur pellicule les vibrations délétères du grand trou noir de l’Histoire américaine”. Fidèle à lui-même, Libé a reconnu “la figure de l’idiot dostoïevskien”. A peine au-dessus des Inrocks, qui y trouvent “une torpeur et une sorte de placidité analytique”.

Que veut nous dire l’article ?

Que, vingt-quatre ans après Reservoir Dogs, les critiques pensent encore que Tarantino fait semblant d’être con. A voir… Avec tout le respect que j’ai pour Quentin, son dernier film n’est pas une introspection freudienne, une relecture américaine de Spinoza ou une adaptation filmée des toiles de Jérome Bosch.

C’est un western.

Des taiseux avec des chapeaux qui parlent pendant des heures avant de s’entretuer à bout portant. Chapeaux mis à part (où remplacés par des bérets Kangol), Tarantino fait des westerns depuis le début de sa carrière. Les Huit Salopards est loin d’être le plus mauvais.

Moins foutraque et interminable que Django, moins inégal qu’Inglourious Basterds et moins jemenfoutiste que Boulevard de la mort, ce gang de salopards semble presque sage dans la filmo de QT. Moins obsédé par les gimmicks, les anachronismes et les citations à outrance Tarantino se concentre sur le thermomètre : la tempête se glace, la tension monte et, dans la salle, il fait de plus en plus chaud.

Pan !

Après un début élégant mais pas très bien dialogué, Quentin envoie la purée avec la finesse qui le caractérise. Comme d’habitude, on se sert au bar : violence gratuite, monologues dégueulasses et ironie grinçante. La mise en scène regorge d’idées et le réalisateur se permet tout, jusqu’à une formidable scène de guitare et d’empoisonnement. Tous les acteurs cabotinent, on rigole bien et puis c’est fini.

On sort avec la banane parce que c’était cool. On se remémore quelques bonnes scènes en tirant sur nos vaporettes et on rentre dormir au Plaza Athénée. Le lendemain, on a tout oublié.

C’était sympa, assez génial. Comme une soirée en boîte, avec des copains, un super DJ et des cocktails délicieux. Une soirée super dont on est revenu ivre et un peu seul.

En Bref : Il faut aller voir Les Huit Salopards. Contrairement aux bégaiements de la critique, ce n’est pas une analyse pertinente de la société américaine, mais un putain de western, malin, osé, intense et, dans sa dernière minute, presque joli.

Mais au-delà des acteurs formidables, des très beaux plans et des jeux de regard et de temporalité, Quentin s’assèche un peu avec l’âge. Que reste-il de la fragilité troublante de Jackie Brown ? Où sont passées les larmes de Beatrix Kiddo à son réveil dans Kill Bill : Volume 1 ? Et son regard bouleversant dans le Volume 2, alors qu’elle retrouve Bill accompagné d’un personnage inattendu ?

Disparus.

L’émotion, la tendresse, le désir, l’amour… Seuls restent la haine et la vengeance, flottants sur des litres d’hémoglobine et d’amertume. Après tout, ces huit personnages peuvent bien vivre ou mourir, on s’en fout un petit peu. C’est juste une bande de salopards.

Mustang. Soumission impossible.

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Faut-il aller voir Mustang ?

30 ans après Midnight Express, on reparle des prisons turques au cinéma. Comme d’habitude, le gardien est moustachu, il y a des barreaux au fenêtres, mais cette fois, la cellule est familiale.

C’est l’histoire de Lale et ses quatre soeurs qui font les andouilles dans l’eau. C’est innocent, ou presque. Il y a des garçons et quelques chatouilles. Rien de bien méchant, si ce n’est le regard du village, la désapprobation générale et la honte familiale.

“Les chatouilles, psalmodie la grand-mère. C’est pour les putes. Même phonétiquement, c’est un mot dégueulasse.” Les quatre soeurs se retrouvent enfermées derrière des robes informes et des murs à pics. On les tient cloîtrées jusqu’à ce que les vierges se marient. Mais essayez donc d’enfermer cinq jeunes filles pubères dans une pièce…

Si un réalisateur français (salut Stéphane !) avait réalisé ce film, il aurait peint les murs en noir. Il aurait voilé les filles, de la tête aux pieds, l’aînée aurait pleuré en silence en frappant sa tête contre une gouttière, la cadette aurait le typhus et la grand-mère serait morte écrasée sous sa propre voiture en se garant sur le parking du pôle emploi.

Dieu merci, Deniz Gamze Ergüven est turque. Et lorsqu’elle aborde un sujet très grave, elle le traite comme une comédie solaire. “Trahison !”, crie Stéphane “Esthétisme bourgeois !”. “Yok !” répond Deniz. “C’est pas parce que le sujet est grave que le film doit être moche.”

Bim. Prend ça, cinéma français.

Entre les blagues, les belles images et les saynètes burlesque, la réalisatrice ne perd jamais son sujet. Au passage, elle répond à la question qui obsède les mâles réacs du monde entier : “Que faire de nos filles, quand elles deviennent des femmes ?”

“Foutez-leur la paix”, répond Deniz, avec un joli doigt d’honneur. Malgré l’évidence du propos, elle évite habilement la caricature et le manichéisme. Ambigües, entre le marteau et l’enclume, les mères enferment leurs filles dans l’étau misogyne qui les as brisées, mais elles font tout pour les protéger de la colère patriarcale.

Malheureusement, la jeune réalisatrice (c’est son premier film) perd un peu pied dans la dernière partie, en alignant un ou deux clichés faciles. Des stéréotypes qui font perdre à l’histoire son aspect universel.

“Virgin Suicide en Turquie”, l’image vient vite à l’esprit. Et malgré tout, sans les millions de papa, ni l’appui de l’Hollywood, Deniz Gamze Ergüven a lancé son premier jet bien loin devant celui de Sofia Coppola.

En Bref : Il faut aller voir Mustang. Après les paysages chiants de Nuri Bilge Ceylan, le cinéma truc prouve qu’il sait aussi jouer de la guitare électrique debout sur une chaise. Emouvant, enragé et un peu mièvre, le film ressemble à une adolescente enfermée dans sa chambre un 15 août.

Quand on l’emmerde, elle hurle. Comme cette jeune mariée au soir de sa noce, allongée chez un gynécologue chargé de vérifier sa virginité.

Foutez-leur la paix.

Bordel.

Taxi Téhéran. Jafar balise.

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Faut-il aller voir Taxi Téhéran ?

C’est l’histoire d’un mec qui conduit un taxi à Téhéran. Il croise un voleur de droite, une institutrice de gauche, un nain de jardin et sa nièce, qu’est chiante.

Que se passe-t-il ?

Rien, ou presque. Jafar conduit, avec son demi-sourire et une go-pro sur le volant. Deux femmes vont libérer leurs poissons dans un lac, un pirate vend des films américains bidons, une fille ramène son vieux mari en vrac et une avocate rend visite aux martyrs en prison.

Ça rime presque, mais ça ne rime à rien. Alors quoi ? On s’en fout ?

Non Régis, on ne peut pas s’en foutre. Même sur un blog à la con, qui ne confond pas la politique et le cinéma, on est rempli d’admiration pour ce taxman vidéaste. Parce qu’il s’appelle Jafar Panahi, cinéaste emprisonné, interdit de filmer par la théocratie iranienne, et parce qu’à chaque seconde de ce film clandestin, lui et ses acteurs risquent de se faire arrêter pour passer une année à l’ombre, ou dix, ou plus encore.

Aimer le cinéma, au point de risquer sa liberté pour filmer, de planquer des caméras dans un taxi et d’écrire un huis-clos où les personnages sont tous assis au même endroit, c’est un amour qui impose le respect. Et devant un tel combat, même le Règne ferme sa grande gueule.

Voilà.

Maintenant parlons cinéma.

Et franchement… On s’emmerde dans ce taxi. Les scènes se suivent sans être liées, la jeune actrice lutte avec ses répliques et avec toute l’admiration que j’ai pour Jafar Panahi, le réalisateur n’a pas une once de charisme, de magnétisme ou d’aspérité à l’écran. Ça tombe mal, on passe un plan sur deux à le regarder conduire.

Hors cadre, il écrit pourtant bien. Avec discrétion et pas mal de courage, les dialogues dézinguent l’autoritarisme du régime iranien, mais pas assez pour secouer le spectateur : bercé par le ronronnement du moteur et les jolies liaisons de la langue persane, il a fallu que je me morde les joues, pour ne pas tomber sur le volant.

En Bref :  Il ne faut pas aller voir Taxi Téhéran. Malgré l’éloge critique, malgré l’Ours d’Or de Berlin et malgré l’énorme vivacité du cinéma iranien, l’espace confiné de la voiture trouve très vite ses limites, les saynètes n’échappent pas à l’effet catalogue et le personnage principal est noyé dans son impossibilité de parler librement.

Evidemment, il faut y aller, si vous aimez l’héroïsme du geste, si vous aimez l’Iran, si vous voulez soutenir un combattant de la liberté et si, comme moi, vous admirez ceux qui risquent leur vie pour le cinéma, quand d’autres utilisent le cinéma pour gagner leur vie.

Mais pour toutes ces raisons, vous n’avez pas besoin de mon avis.

Cold in july. Mulet aux prunes.

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Faut-il aller voir Cold in july ?

D’abord j’ai un petit message pour Jim Mickle, le réalisateur de ce thriller sans prétention :

Va te faire enculer Jim.

Qu’est-ce que t’as cru ? Que le cinéma, c’était comme la cuisine ? T’étais devant ta poelle et tu t’es dit qu’on pouvait se faire un petit hot-dog bien gras dégueulasse, parce qu’après tout, on s’en remettrait, parce que ça fait du bien de se faire du mal, et puis tout le monde ne peut pas être Alain Ducasse pas vrai ?

Tu t’es dit merde, on peut rigoler ! On n’a qu’à faire une coupe mulet à Dexter, une moustache poisseuse, et on lui colle deux buddies amorphes pour aller flinguer des tanches. Le scénario ? S’en branle. On mettra du sang partout, le vent fera office de dialogue et on filmera tout ça comme ça. Parce que c’est là. On appuiera sur rec. Comme au mariage de tonton.

Après tout, qu’est-ce qui marche Jimmy ? Michael Bay, Christian Clavier ou ce fils de pute de Guy Ritchie. Des mecs qui font du fric, et qui remplissent les salles. Pourquoi t’y aurais pas le droit toi aussi ? En cherchant un peu, on trouvera même des critiques pour aimer ta bouse. Suffit de bien les ferrer : un peu de musique eighties, Sam Shepard sous prozac et des néons dans le décor. Paf. Ton nanard devient “délicieusement vintage”. Le Monde te compare à Sam Pecknipah. Après tout, une carte de presse, ça peut aussi servir à tracer des lignes blanches sur une table basse.

Bref, une daube. Pas la première. Ni la dernière. Et on pourrait très bien se contenter de hausser les épaules, comme lorsqu’on sort du KFC de Boulogne. C’est pas grave, si ?

Ben si Jimmy.

Parce que sur les millions de types qui rêvent de terminer derrière une caméra, t’as eu la chance de réussir. Sur les millions de mecs qui ont des idées, t’as vendu la tienne. Et une fois derrière, c’est tout ce que t’avais à dire : des minables qui tirent sur des rednecks. Et je t’en veux Jim. Parce que t’as pris mon rêve de môme, mes espoirs d’ados et le but de ma vie et tu t’es torché avec.

T’entend ?

Le bruit à ta porte. C’est moi Jim. J’ai amené mon fouet et un tournevis cruciforme. Je sais pas encore ce que je vais te faire avec, mais tu vas pleurer. Tu vas regretter chaque seconde de l’immense navet que tu viens d’offrir à l’histoire merveilleuse du cinéma.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Cold in July. C’est le pire film de 2014. C’est nul.

Et je passerai plus une seule minute de ma vie à perdre du temps sur cette horreur.

71′. Belfast and furious.

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Faut-il aller voir 71′ ?

C’est l’histoire de Gary. Salut Gary ! Un jour Gary arrivait en Irlande et Wow crack Piouuuu Prrrrr Tatatatatata Pow Pow Aaaaah BOUM !

Fiou !

Il s’est caché Gary. C’est n’importe quoi l’Irlande. Tout le monde tire dans tous les sens sur tout le monde tout le temps. Les soldats tuent les mecs de l’IRA, les mecs de l’IRA tuent d’autres mecs de l’IRA avec l’aide de soldats déguisés en flics qui tuent les britanniques par erreur et qui sauvent des soldats avant de tuer d’autres soldats.

Si Ken Loach avait adapté Super Smash Bros dans l’Ulster, il aurait fait un truc comme ça. Le bordel, la poudre et la sueur. Un spectacle horrible et fascinant. D’abord parce qu’on a toujours un peu de mal à accepter qu’il y a eu une guerre civile ultra-violente à trois heures d’avion dans les années 70. Et aussi, parce que le réalisateur nous plonge dedans comme un poisson dans l’huile.

On dérouille.

Certes, les premières minutes font semblant de s’intéresser à la psychologie du personnage principal, mais c’est pour te laisser le temps de trouver une bonne position sur ton siège. Et puis ça commence. Les femmes frappent le sol avec des couvercles de poubelle, la peur se lit sur tous les visages et les hommes sont à bout, bouillants.

Comme promis, rien ne se passe comme prévu. Gary court dans tous les sens, la caméra le suit, nous aussi et à la fin de la première scène on a l’impression d’être aussi essoufflés que lui. Et puis quoi ? Et puis la même chose. La même chose pendant une heure et demie.

Au départ on reste accroché. Il y a un petit garçon pas très crédible mais mignon. Des méchants trop mignons pour être crédibles, mais ça va. Boum. Une jolie explosion plutôt bien faite. Et ça continue. Le héros qui court, les rues qui défilent, les méchants qui le filent. Bon…

Lorsque le pauvre Gary se retrouve mis en joue pour la 15ème fois, on nous fait toujours le coup ultra-ringard du méchant de James Bond : tir dans le mur (qu’est-ce qu’ils visent mal les mec de l’IRA !), pistolet enrayé assez longtemps pour laisser le héros s’enfuir, petit discours pré-mortem pour permettre à la cavalerie d’arriver… Et il faut reconnaître qu’on a déjà vu tout cela deux mille fois, pas forcément en mieux, mais au moins en aussi mauvais.

Et c’est un peu le problème du réal : même si t’es balèze pour tourner les scènes d’action, tu ne peux pas tenir une heure et demi juste avec des mecs qui courent dans la rue, et une demi-discussion tous les kilomètres (“Tu viens d’où ? Derby. Ah ouais je connais. Oh vite les méchants, allez on s’enfuit !”). Bien-sûr, le scénario tente aussi de nous délivrer la complexité de la guerre et de la paranoïa collective, mais on n’a pas le temps de les voir, Gary s’est remis à courir.

A la fin, on y croit plus trop, ou alors on s’en fout : le héros a tellement failli crever qu’on a bien compris qu’il était increvable. Nous par contre, on est un peu fatigués.

En Bref : Il ne faut pas aller voir 71′. C’est bien fait, immersif, et trempé dans un sujet passionnant. Mais le réalisateur se fout pas mal du contexte, il préfère faire péter des murs et courir après Gary.

Et pourtant, comme disait mon amie Nyv, le film peut être vu comme une métaphore de la vie. Surtout si tu considères que la vie se résume à détaler dans des couloirs, poursuivi par des moustachus surarmés qui veulent ton scalp, alors qu’en fait t’as rien fait.

Alors je suis d’accord. La vie c’est ça. Surtout le lundi.

Winter Sleep. Cappadoce rebelle.

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Faut-il aller voir Winter Sleep ?

Evidemment qu’on est méfiants ! La Palme d’Or, des Turcs intellos et toute la critique qui hurle au chef d’oeuvre, comme une jolie meute pavlovienne. Mais justement, que nous dit-elle ?

“Modification Dostoïevskienne”, “Huis-clos mélancolique Antonionien”, “Tchekhov et Bergman réunis”… Comme si tous les gros relous de la presse française s’étaient battus pour défendre ce très long-métrage. Et quand leurs articles sont aussi imbitables, ce n’est pas uniquement parce qu’ils écrivent en frottant leurs claviers avec une brosse à dent. Non, souvent, c’est parce qu’ils ont dormi pendant le film.

En langage de critique cinéma, ça se traduit vite : c’est chiant. Ou, comme le dit plus finement l’Humanité, le film utilise “les nouvelles techniques au service de l’approfondissement du rendu à l’image de paysages mentaux face au non-sens de l’existence”. Chiant. C’est chiant.

Winter Sleep dresse le portrait aride d’un vieux con au crépuscule de sa vie. Ce faisant, l’auteur nous impose une bonne dizaine de discussions interminables sur le mal, le bien, l’amour et les chevals. C’est tellement long que l’on se surprend parfois à cesser de lire les sous-titres pour se laisser bercer par la jolie mélodie de la langue turque.

Et ça discute. Et tout le monde gigote sur des canap’. On finit par se demander si on ne regarde pas la version anatolienne d’Un jour, un destin : un joli plan, une lampe derrière, et un mec qui parle. Mais nous on a jamais eu la Palme d’Or.

Au milieu de tout ça, il y a des plans sublimes. C’est vrai. Et une discussion d’une intensité folle entre un couple déchiré, qui nous renverra tous à nos propres démons intérieurs. Mais le réalisateur ne va jamais jusqu’au bout. Il touche à tout : la morale, l’égoïsme, l’idéalisme, un peu de religion. Et il laisse tout cela flotter en l’air. Content de lui.

Mais que veut-il nous dire au juste ? Que la vieillesse est un naufrage ? Que le cynisme est une tare ? Que les acteurs sont prétentieux ? Que parfois il neige en Turquie et qu’à ce moment-là il fait froid ?

Nous voilà convaincus. Autre chose ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Winter Sleep. C’est poseur, froid et un peu vain. On dirait un film d’Asghar Farhadi, sans le souffle, ni l’intensité, ni la force morale.

Oui, il y a de la beauté, de la vérité et des plans magnifiques dans ce film. Mais ils sont noyés dans une brume misanthrope et une réthorique prétentieuse.

Le cinéma, c’est des corps qui bougent. Pas des mecs qui parlent.

Ugly. Ordures et ménagères.

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Faut-il aller voir Ugly ?

Salut c’est le Règne de l’Arbitraire ! Tu sais, le blog qui publiait une fois par semaine dans les années 90 ? Et ben je reviens, pour un dernier tour de piste avant d’aller vivre en banlieue avec Hélène et les garçons et le créateur des sweats Waïkiki et les mini-keums, oh-oh !

Respire.

Le film n’étant plus à l’affiche, rien ne sert de courir. Mais puisque vous ne l’avez sûrement pas vu, il est tout de même important de savoir ce que vous avez raté.

C’est l’histoire des enculés. On y apprend qu’ils sont nombreux, protéiformes, omniprésents et vraiment dégueulasses. Noir jusqu’aux racines de la moustache, Ugly nous plonge dans un monde où les mamans biberonnent, les amis trahissent et les amantes michetonnent sur des pavés qui glissent. Guère mieux que les autres, les pères se perdent, les flics filoutent et les pédophiles filent. C’est très compliqué.

Moins que Gangs of Wasseypur quand même. Le précédent film du réalisateur avait beau raconter les gangs indiens avec élégance, il était quand même dominé par l’ennui et la confusion. Ugly n’échappe pas à l’intrigue un peu complexe, et on finit par en avoir un peu marre de trouver des tiroirs dans les tiroirs.

Mais on s’en fout un peu. Le premier but du film, c’est de frapper fort, avec la pointe du pied, en visant les couilles. Et ça fait super mal. Parce qu’il y a un truc fondamentalement affreux dans le fond de cette histoire, mais surtout parce que la mise en scène nous pète les genoux d’entrée de jeu : une femme blafarde, un verre vide… BAM du Death Metal.

Saturé d’idées, de style et d’audace, le film prouve ce qu’on commençait à voir venir de l’Est : lorsque Bollywood arrête de danser, il ne reste pas que de la poussière en suspension, mais le potentiel pour faire un putain de cinéma.

Sur cette métaphore graisseuse, je vous salue bien bas et je vais m’enfoncer la tête dans le mur.

En Bref : Il faut aller voir Ugly. Enfin, il aurait fallu le voir il y a trois semaines, avant qu’il quitte les salles pour toujours. Parce que c’est puissant, barré et signé par un réalisateur debout sur son tabouret.

Bien-sûr, vous ne sortirez pas du film en dansant la carmagnole. Mais peut-on vraiment être heureux, dans un monde ou l’Allemagne gagne au Brésil ?

My Sweet Pepper Land. Kuuuurde boy.

Faut-il aller voir My Sweet Pepper Land ?

Malgré les apparences, Baran est un cow-boy de la lose. Il a les yeux bleus mais le regard vide, la barbe drue mais la peau lisse, un air de dur, mais il est mou.

C’est le Kurdistan. Un pays sans frontières, avec pas mal de barrières. Ici tout est figé et tout le monde fait la gueule. Les mecs ont pas de couilles, mais pas mal de colts, qu’ils brandissent au nez de tout le monde. Surtout des filles, quand elles décident d’être libres alors qu’en fait c’est des meubles.

Okay, c’est salutaire. Derrière les blagues, les références kitsch et les fusillades ramollos, on entend le discours du cinéaste, et on ne peut que le rejoindre : “Laissez les meufs tranquilles, bande de frustrés de la bite”. Facile. Mais c’est tellement lourd, qu’on ne peut pas s’empêcher de penser à Syngué Sabour, Wadjda ou même Jacky, qui dans leurs styles uniques, disaient la même chose en mille fois plus fort, percutant ou drôle.

Ici, personne ne percute. Surtout pas le héros, charismatique comme une poignée de porte, qui donne des leçons d’humanisme avant d’assassiner les méchants de sang-froid. Incarné par un acteur sans saveur, ce personnage jamais vraiment principal achève de percer le plafond du ridicule quand il drague son amoureuse en papillonnant des paupières, excité comme une pucelle devant un champ de navets.

Et on arrive vraiment pas à comprendre ce qu’elle lui trouve, Golshifteh Farahani, car au milieu de toute cette médiocrité, la future actrice que tout le monde s’arrache continue d’être excellente. Mais il faut reconnaître que son visage prend tellement bien la lumière, qu’il ne lui faut pas grand chose pour être hypnotisante.

S’il y a une seule raison de voir ce film, c’est pour la voir jouer du hang au milieu d’un paysage sublime avec un chapka sur la tête.

En Bref : Il ne faut pas aller voir My Sweet Pepper Land. Ceux qui le comparent à Tarantino ou Leone ont dû voir le film à travers une passoire. C’est un western terne, où des santiags sans swag jouent des muscles et de la moustache comme dans n’importe quel autre nanard à l’américaine.

Mais c’est quand même cool de voir le Kurdistan sur un écran : des montagnes sombres et sauvages ou les gens sont des Iraniens-Turcs habillés en Russes. Dommage qu’ils traitent les femmes comme des Saoudiens.

Le vent se lève. Le dernier coucou.

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Faut-il aller voir Le vent se lève ?

Coucou, parce que c’est le dernier film d’Hayao Miyazaki. Un copain. Ou plutôt, le grand-père japonais que nous n’avons jamais eu. Ce qui ne l’a pas empêché de nous prendre dans ses bras quand même. Et nous lui devons tout.

Il nous a appris l’amour. Que ça faisait voler. Et même qu’on pouvait aimer les princesses quand on était mécanicien. Il nous as appris qu’on pouvait aimer les louves aussi. Qu’il ne fallait pas avoir peur des filles sauvages qui crachent du sang. Et la forêt aussi. Il nous a demandé d’aimer la forêt, et on l’a fait. Ils nous a appris qu’un jour nos parents nous laisseraient tout seuls dedans, et qu’on rencontrerait des araignées à moustaches.

C’était une métaphore. Il nous a préparé.

De l’autre côté du Pacifique, l’oncle Walt mettait du GHB dans nos grenadines pour nous traîner dans ses parcs et nous faire acheter des figurines. Parce que nous étions des enfants, il pensait que nous étions idiots, mièvres et attirés par les chansons débiles. Mais c’était pas vrai.

Hayao, lui, ne nous a pas bercé d’illusions. Il nous a prévenu que la vie n’allait pas être facile si on était une petite sorcière ou un cochon, mais il nous a aussi dit que ça n’allait pas empêcher les autres de nous aimer. Ils nous a donné l’espoir, la force et la tendresse. Et pour cela, je l’aimerais toute ma vie.

C’est plein d’un immense respect quasi-filial que je suis allé voir Le vent se lève. Parce qu’avec David Fincher et les frères Wachowski, Miyazaki fait partie des auteurs qui m’ont donné envie de passer ma vie assis sur un siège rouge pliant qui fait mal au cou.

Et je n’ai pas été déçu : si l’univers n’est plus onirique, la poésie est toujours omniprésente, les dessins sont sublimes et la musique de Joe Hisaichi au niveau (même si je me demande si le bougre ne pompe pas un peu ses thèmes précédents à force…) Pourtant, le réalisateur japonais semble s’écarter de sa fausse naïveté habituelle : derrière les avions en papier, la guerre se profile, et la noirceur surgit parfois au cours d’une cigarette ou dans l’intonation d’un accent allemand.

Même les coeurs, battent de travers. La jolie fille tousse sous la couette, le héros semble perdu derrière ses double-foyers et le Japon a des faux-airs de dictature. Sombre. Au point de ne plus autoriser l’émotion à décoller comme avant. Et si certaines scènes frôlent la charge émotive des films précédents, Miyazaki ne les laisse jamais durer. Il veut beaucoup dire, beaucoup raconter, et chaque moment de poésie est rattrapé par la pesanteur de l’histoire vraie. A certains moments, on se détache presque. Les personnages pleurent à l’écran, sans nous emmener avec eux.

Alors ok, j’ai menti tout à l’heure : j’ai été un peu déçu, mais pas beaucoup. Miyazaki reste un formidable raconteur d’histoires et même si la dernière nous emporte moins que les autres, elle est toujours aussi profonde, chargée de finesse et de sens. A des années-lumières des dernières productions à l’eau de rose de l’oncle Walt et ses VRP.

En Bref : Il faut aller voir Le vent se lève. Sans être aussi bouleversant que le reste de la carrière du maître japonais, son dernier opus est un beau portrait du Japon d’avant-guerre. Le ton est plus grave que d’habitude et la profondeur, peut-être encore plus grande.

Allez salut Grand-Père ! Tu peux partir à la retraite en paix. Maintenant, on est prêt pour devenir des adultes.

Et puis si jamais tu décides d’arrêter de finir ta carrière, aucun de nous ne te jettera la première pierre. Surtout pas Luc Besson.