Alabama Monroe. Tumeur vagabonde.

Alabama Monroe

Faut-il aller voir Alabama Monroe ?

C’est une bande cow-boys belges qui vivent dans des fermes avec leurs barbes. Le soir, ils font de la guitare dans des bars. Et en rentrant, ils font parfois l’amour. Puis deux d’entre eux font une petite fille. Et cette petite fille tombe très malade. Et tout le monde arrête de rigoler.

C’est vrai qu’il faut être motivé pour rentrer dans la salle : de la musique country, des Flamands sous la pluie et une gamine mourante. On a connu plus disco-funk. Mais la dernière fois qu’on a vu un film flamand, c’était aussi la première, il y avait des vaches et de la testostérone, et c’était l’un des meilleurs films de l’année dernière. Alors voyons voir.

Alabama Monroe ne vacille pas sous l’originalité de son histoire. On pourrait même lui reprocher de sauter à pieds joints sur nos glandes lacrymales, tant les malheurs des héros sont injustes. Trop facile ?

Non.

Contrairement aux apparences, le réalisateur n’est pas là pour faire pleurer. Les héros sont tendres, maladroits, beaux ou ridicules. Et ils passent plus de temps à nous faire marrer qu’à renifler sous l’orage.

Surtout, le réalisateur a eu la bonne idée de remonter son film dans le désordre. Parce qu’il précède la tristesse, le bonheur a d’autant plus de saveur. Et finalement, lorsque les larmes viennent aux yeux, ce n’est pas dans l’hôpital, mais devant cette petite fille riant aux éclats devant ces oncles un peu dingues qui lui chantent une chanson.

D’un bout à l’autre du film, la musique bluegrass est omniprésente, sans jamais être de trop. Elle souligne avec grâce l’émotion du film, parfaitement adaptée à ce mélange doux-amer de nostalgie et d’amour véritable.

Simple donc. Sans folie. Sans trompettes. Et tellement juste. Les Inrocks ont trouvé ça “d’une banalité à faire peur“. Mais c’est la vie. Et moi je la trouve d’une beauté à faire chialer les murs.

En Bref : Il faut aller voir Albama Monroe. Parce que c’est l’un des meilleurs films de l’année, porté par un casting excellent et une actrice principale fascinante. Parce que c’est simple, mais fort, touchant, pur, drôle et triste. Et parce que franchement, si on ne va pas au cinéma pour voir ça, je ne sais pas ce qu’on y cherche.

Dommage que le réalisateur ne sache pas couper la fin et abuse un peu de certains jeux de montages. A quelques minutes près, j’aurais dit un mot que je ne sors pas souvent.

J’aurais dit “chef d’oeuvre”.

Sugar Man. Rendez-vous en star inconnue.

Faut-il aller voir Sugar Man ?

Rodriguez est un chanteur américain inconnu qui n’a jamais réussi. Après deux albums dans les sixties, il s’est tiré une balle ou immolé sur scène, personne ne sait, mais tout le monde s’en fout, parce que, justement, tout le monde s’en fout.

Sauf les Sud-Africains, chez qui Rodriguez est une star plus célèbre qu’Elvis, mais il ne l’a jamais su… Et il est mort dans l’ignorance totale. Pour le reste, je vous donne rendez-vous après le “En Bref” en bas de l’article, car la suite risque de vous gâcher le film.

ATTENTION, SPOILER

Donc, comme vous le savez probablement, grâce à notre amie la presse critique, qui n’a pas pris les mêmes précautions. Le film documentaire raconte l’histoire vraie de deux gros fans de Rodriguez qui ont enquêté pour découvrir comment le chanteur américain est mort.

Au milieu de leurs recherches, les deux fans sont finalement tombés sur leur idole en personne, ni mort, ni brûlé, mais un peu fatigué et ignorant tout de son succès en Afrique. Persuadé d’être un gros loser, Rodriguez a vite abandonné la musique pour continuer à ratisser les pelouses des riches et bosser dans le bâtiment.

Incroyable et belle, l’histoire apparaît aujourd’hui comme l’un des derniers sursauts d’un monde où l’inconnu existait encore. Ce monde où lorsque trois amis discutaient au bistro, ils pouvaient encore s’apprendre des trucs ou débattre sans relâche sur le nom d’un acteur. Ce monde que les mômes d’aujourd’hui ne connaîtront pas.

Aujourd’hui, on ne sait rien, mais on a presque tous la vérité dans la poche, et chaque mystère est résolu d’un coup de smartphone. Alors qu’à une époque, tu pouvais être adulé par 40 millions d’auditeurs et avoir la possibilité de remplir des stades entiers, sans même le savoir.

Ach. C’était le bon temps.

En Bref : Il faut aller voir Sugar Man. Parce que l’histoire est trop formidable, trop difficile à croire et à la fois trop vraie pour ne pas être racontée. Parce que le réalisateur et sa chef opératrice le font bien et avec une certaine élégance.

Il faut aller voir ce film pour la musique, plus sombre et belle que celle de Dylan, et pourtant jamais reconnue par l’Amérique.