Only God Forgives. Pas de taille.

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Faut-il aller voir Only God Forgives ?

Attention, je vais peut-être légèrement spoiler dans cette critique. Si tant est que l’on puisse parler de spoil dans un scénario sans surprise. En revanche, je compte bien gâcher le film à ceux qui l’ont aimé.

Hihi.

J’ai menti dans le paragraphe précédent : j’ai dit “scénario”. Il fallait comprendre “mes couilles”. L’histoire d’Only God Forgives tient sur un petit post-it : “Toutes les femmes sont des putes, dans lesquelles les hommes cherchent une mère, la violence c’est délire, mets ton doigt dans ma bouche”.

Tout ça n’empêche pas un journal qui pense de voir une “distance documentaire” dans “un film labyrinthique terriblement intelligent” avant de conclure que Gosling est “le plus grand acteur de tous les temps de la galaxie du monde”, ce qui prouve qu’on peut bosser pour Libération en ayant un QI inférieur à son âge.

En fait, comme l’insupportable Drive, ce film divise les cinéphiles en deux catégories : ceux qui pensent que le cinéma est une association entre de la musique et des couleurs, et les autres. Les amateurs d’histoires, de propos ou d’émotions quelconques font partie des autres.

Film vide donc, mais joli film. Les lumières sont stylées, les plans sont symétriques et il arrive même que cet esthétisme confère une forme de poésie à l’ensemble. Si tant est que l’on puisse en trouver dans le meurtre et la prostitution des mineures.

De la poésie, nos amis les critiques en ont trouvé aussi dans la dialectique mollement freudienne du dernier tiers, où l’on voit Gosling découper le ventre de sa mère pour y plonger la main. Il est vrai qu’elle vient de décréter qu’il avait une “plus petite bite” que son frère.

Je crois que c’est à peu près à ce moment là que mon cerveau s’est éteint.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Only God Forgives. C’est très con, très vain, très rien. Ça fera bander les chef op, les hipsters et les nostalgiques des Khmers rouges.

Mais si vous pensez que c’est du cinéma, passez plutôt votre soirée devant les clips d’MTV. Il y a plus de propos dans les phases de La Fouine que dans les films de Refn.

En ce qui concerne l’intelligence, ça se vaut.

Viking of pop ?

Faut-il aller voir Le guerrier silencieux si on aime pas tuer les gens ?

Au milieu des landes nordiques, One-eye fracasse des crânes. C’est son métier. La nuit, il est prisonnier dans les geôles des tribus vikings, qui se l’échangent pour de l’argent. Le jour, il leur sert de cinéma en fracassant le crâne de ses ennemis dans des duels. Un jour, il décide de fracasser le crâne de ses geôliers. Puis il s’en va sur la route, accompagné d’un jeune garçon. Il rencontre des chrétiens sur la route de Jérusalem, et il leur fracasse le crâne.

Quasiment sans dialogue, Le guerrier silencieux est un road-movie sans route. Ou alors c’est un western sans cow-boys. A moins que ça ne soit une comédie sans humour. Toujours est-il qu’on n’avait jamais vraiment vu ça. A force de regarder un type muet qui regarde au loin d’un air mystérieux en fracassant des crânes de temps à autre, on se demande parfois même ce qu’on fait là.

Le réalisateur, Nicolas Winding Refn, est danois, ce qui n’est pas une excuse. Son dernier film Bronson, racontait la vie d’un prisonnier allumé qui passait son temps à mettre des coups de boule. Depuis, le style s’est épuré, et One-eye met aussi des coups de hache. Pourtant, on retrouve la même violence omniprésente et l’ambiance sombre au possible. Heureusement, on retrouve aussi les qualités d’un cinéma hors du commun.

Par une caméra souvent très juste, Winding Refn instaure une intensité du tonnerre à son film. Si certains plans consistent à filmer la tête d’un mec immobile pendant une minute, ils sont souvent accompagnés d’une musique hypnotique. A ce titre, une scène de folie accompagnée d’un larsen assourdissant vaut à elle-seule la vision du film. Certes, personne ne danse sur son siège, mais la vibration qui émane des images colle littéralement au siège. A un moment, j’ai du oublier de fermer la bouche pendant 3 minutes.

Le guerrier silencieux n’est pas le film idéal pour un premier rendez-vous. De même il sied moyen à une soirée pizza entre potes et je ne suis pas sûr qu’il faille y emmener ta mère. Si les scènes d’action sont extrêment bien réalisées, elles n’ont rien de fun. Les paysages sont beaux et sombres et la mise en scène majestueuse, bien qu’un peu rigide. Parfois, on pense à Terrence Mallick, en moins bavard.

L’intérêt du film réside dans la relation entre les deux personnages principaux, et la folie grandissante du monde qui les entoure. Je ne prétendrais pas donner une dimension métaphysique à l’ensemble, mais alors que le film avance, on arrête de s’ennuyer pour s’attacher au jeune garçon et à son copain barbare. Le dernier ne lâche pas un mot mais ses regards expriment beaucoup de choses. Brillante et sobre, la fin souligne, sans l’appuyer, la vraie tendresse paternelle qui se dégage de ce duo étrange.

En bref : Il faut aller voir Le guerrier silencieux. Attention tout de même, inutile d’y aller, si vous refusez la lenteur extrême et les films sans dialogues. A certains moments, inutile de dire qu’on s’emmerde.

Pourquoi y aller donc ? Parce que, pour le spectateur averti, Nicolas Winding Refn livre un spectacle primaire, une odyssée violente et poétique, de laquelle se dégage des émotions aussi brutales que le personnage principal.

Au cœur de ce conte sanglant, Mads Mikkelsen apporte son jeu intense et subtil. Il donne une véritable aura à son personnage, guerrier philosophe et ange exterminateur.