Rabbit Hole. No kid man.

 Vous avez un massage

Faut-il aller voir Rabbit Hole ?

Dans une grande maison trop vide, Becca fait des gâteaux que personne ne mange. Le soir, son mari Howie regarde des vidéos de balançoire en pleurant. Depuis huit mois ils ont perdu leur fils de 4 ans. Progressivement, le couple s’isole et se referme sur l’absence. Car même entre eux, il n’y a plus grand chose. Et s’il fallait tout arrêter là ?

Dans un bouquin formidable Dennis Lehane parle des parents qui perdent leurs enfants. Il y rappelle qu’il y a un mot pour dire “veuf”, un autre pour “orphelin” mais rien pour évoquer le manque des parents. Peut-être parce que le mal est contre nature, parce qu’il est trop dur. D’où la question du futur, celle de deux adultes qui ne savent pas trop bien pourquoi ils continueraient à vivre.

Bonne nouvelle, le film ne sombre pas dans le pathos qui lui tend les bras. Pudique, le réalisateur évite les crises de larmes, les violons sirupeux et les dialogues explicites. A la place, la vraie vie : des engueulades violentes, des crises de fou rire et un désespoir discret. Démissionnaires, Howie et Becca tanguent en permanence sur la corde raide qui les sépare du monde. Dans leur groupe de partage, certains couples s’arrêtent complètement de vivre au présent.

Le scénario n’épargne pas ceux qui se complaisent dans le malheur. Lors d’une scène réjouissante et acerbe, Nicole Kidman se déchaîne contre une mère qui clame que “Dieu avait besoin d’un autre ange”. “Il n’avait qu’à le créer !” fulmine-t-elle. A chaque enterrement religieux, on a tous déjà eu la question au bord des lèvres : “Il foutait quoi Dieu ?” Le film n’apporte pas de réponse, mais il pousse un cri qui libère.

Au final, l’histoire conserve l’équilibre jusqu’au bout. En évitant les complaintes et la minimisation, elle porte un message d’espoir qui touche juste. Mais le film est un peu trop gentil pour plaquer au siège.

En Bref : Il faut aller voir Rabbit Hole. Si le film n’a rien d’original, il raconte une histoire forte, en évitant les écueils habituels du mélodrame. Une délicatesse qui doit beaucoup aux deux acteurs principaux, dont la composition est toujours juste et parfois émouvante.

Dommage que le réalisateur soit si timide : filmé, mis en scène et en musique sans beaucoup d’originalité, Rabbit Hole est joli, mais un peu lisse. Dommage, l’histoire touche, mais jamais elle ne bouleverse.