Star Wars VII. Laser mi.

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Faut-il aller voir Star Wars VII : Le Réveil de la Force ?

Qu’est-ce vous voulez que je vous dise ?

Que le cinéma c’est du marketing ? Que les budgets sont inversement proportionnels au talent, et que les budgets augmentent ? Que de toute façon, le talent, George Lucas n’a jamais croulé dessous ? Que Disney est une secte qui nous lobotomise en musique depuis 50 ans ?

Vraiment ?

Vous voulez que je vous fredonne une attaque gratuite contre Hollywood pour la cinquantième fois ? Vous attendez que je vous répète tout le mal que je pense de JJ Abrams ? Que je vous serine encore une fois que les fans sont des veaux et que les geeks sont des tâches ?

A quoi bon ?

J’ai six ans. Depuis dix jours. Et je me sens vieux. Depuis décembre 2009, je combats le cinéma industriel, les comédies franchouillardes et les auteurs prétentieux. Toujours les mêmes. Et tel un sanglier hermaphrodite dans un monte-charge, je suis à court de métaphores. Je me sens comme Sisyphe, redescendant sa montagne, pour pousser des critiques dans le désert. Mais dans le désert, personne ne vous entend critiquer.

OKAY ?

Reprenons. Bonne année, lapin. Pour ouvrir 2016, je te propose d’accueillir un invité exceptionnel.

“Salut les wookies !”

Bonjour JJ. Assied-toi et prends ton crayon. Range moi ce doigt, tu ne trouveras aucune réponse à l’intérieur de ton nez. Alors, explique-moi, lapin, comment fait-on un bon film ?

“En faisant de jolies images ?”

Certainement, JJ, d’ailleurs il y a quelques beaux plans larges dans ton Star Wars 7 : des carcasses de vaisseaux, une colline enneigée et… Et c’est déjà pas mal. Les plans sur le soleil couchant, tu les as pompés sur la première trilogie, mais après tout, un artiste est un bon copieur, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre. Quoi d’autre ?

“En… choisissant des bons acteurs ?”

Bravo JJ ! Ton actrice principale est merveilleuse. C’est Keira Knightley après une greffe de charisme. Mieux, c’est le premier personnage féminin intéressant, sans tresse et pas trop niais de toute la saga Star Wars. Bravo JJ ! Si on était 1954, je dirais que tu es un progressiste !

“Merci ! Ça veut dire j’ai bon ?”

Pas complètement mon pote, John Boyega a le charme d’un plat de nouilles, Carrie Fisher n’arrive pas à croire qu’on vient de lui filer un rôle et Harrison Ford joue avec la conviction d’un mec qui fait la queue chez Pôle Emploi (mais c’est un peu le cas, au fond). Même Adam Driver tu l’as raté ! Hypnotisant dans Girls, il ressemble à un adolescent ébahi à l’aube de sa première érection. Comme méchant flippant, tu pouvais trouver mieux.

“Mais il y a quand même des supers personnages animés !”

Oui lapin, tu féliciteras tes informaticiens, ils ont bien travaillé : BB8 est un joli petit robot mignon et il y a quelques éléphants rigolos, mais pour ton gros méchant pompé sur Voldemort, tu aurais pu faire un effort. Tu n’as pas fini, qu’est-ce qu’il te manque ?

“DES ZEFFETS SPECIAUX !!!”

D’accord JJ, rassied-toi je t’en prie. C’est bien les zeffets spéciaux, on n’est pas là pour voir du Haneke, mais ça ne te dispense pas d’avoir des idées. Les pieuvres à dent de scie, les combats mous du gland et les courses spatiales de Playstation, ça sent un peu le renfermé par exemple.

“Mais dans le premier y’avait…”

Je sais. T’as tout fait comme dans le premier. C’est très gentil de lui rendre hommage, mais tu sais, c’est loin d’être le meilleur. Je ne te demande pas d’inventer, mais tu aurais pu copier des choses plus récentes, non ? On a quand même eu quelques idées de mise en scène, depuis 1977 !

“De mise en… ?”

Scène. Mise en scène. Ton métier. Allez, il te manque encore un élément essentiel pour faire un bon film. Concentre-toi.

“Heu… La 3D ?”

Non JJ, ça c’est pour permettre à ton producteur de doubler ses marges en explosant la rétine du Règne. Il manque un autre ingrédient. Quelque chose de très simple, qui te manquait aussi dans Lost ?

“Les… Références au premier…”

J’ai dit non JJ ! Tu emmerdes tout le monde avec le premier ! Tu croyais vraiment que les spectateurs voulaient revoir Chewbacca miauler dans le Faucon Millenium ? Qu’il fallait faire revenir ce putain de C3PO ? Le masque noir qui respire fort et étrangle ses potes à distance ? Les X-Wing ? Les Ti-Fighter ? Même l’Etoile Noire, bordel, c’est la même JJ ! C’est pas une suite ton film, c’est un remake !

“Mais… Les fans…”

On leur pisse à la raie aux fans ! C’est des malades qui traitent leurs troubles obsessionnels compulsifs en collectionnant les brosses à dent R2D2 ! Les fans ne font pas vivre les oeuvres, JJ, ils les noient sous leur bave pavlovienne. Si tu veux t’en faire, des fans, fait juste un BON FILM ! Et je le répète une dernière fois, JJ, QU’EST-CE QU’IL TE PUTAIN DE MANQUE ?

“Des… Des effets plus…”

ARRÊTE AVEC LES EFFETS !

“Jabba the Hut ? Bobba Fet ?”

… JJ…

“…” 

Non ?

“Un caméo de George Lucas ?”

“Du sexe ?”

Un scénario JJ. Un film c’est un scénario. Pas une suite de gimmicks piqués un peu partout et des clins d’oeils à s’en fracturer les paupières. Et dans un scénario, lapin, y’a des dialogues. En regardant Han Solo et Leïa bégayer leurs répliques pétées, j’ai frôlé l’AVC à deux reprises.

“Si t’avais raison, y’aurait plus de visiteurs sur ton blog que de monde devant mes films.”

Va chier, JJ.

En Bref : Il faut aller voir Star Wars : Le Réveil de la force. De toute façon, vous ne m’avez pas attendu pour y aller. On vieillit, mais il ne faut pas cracher sur notre enfance, l’actrice principale est excellente et puis, compte tenu de ce que JJ Abrams a fait subir à Star Trek ou Mission : Impossible, son dernier film est clairement le moins raté.

Mais Dieu, qu’il est mauvais. Horriblement mal dialogué, jamais fun, excitant ou simplement mis en scène et gavé jusqu’à la glotte de références à lui-même… Si les fans sont des veaux, Star Wars 7 est une gigantesque mamelle.

La seule bonne nouvelle, c’est que la prochaine fois, on têtera celle de Rian Johnson, le génie derrière Looper.

Meuh.

A most violent year. Fuel for love.

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Faut-il aller voir A most violent year ?

Abel vend du pétrole à New-York. Le soir il retrouve sa femme. Abel est câlin.

Le pitch fait saliver non ? Et encore, les deux précédents films du réalisateur J.C. Chandor avaient pour thème les banques d’investissements et Robert Redford sur un voilier… Le mec n’aime pas la facilité. Il aime les bureaux et le polystyrène, les héros sourcilleux avec des gros sourcils et les grands questionnements moraux.

Est-ce qu’il est possible d’être le héros d’un polar new-yorkais sans être armé ? D’être camionneur sans être moustachu ? De réussir sans tricher ? Est-il malin de s’enrichir sans faire de l’évasion fiscale ? Et si oui, est-il vraiment nécessaire de porter ce manteau jaune horrible ?

Dans un classicisme absolu, avec un minimum possible d’effets dramatiques et sans aucune poursuite à vélo, le film nous raconte l’histoire d’un mec qui a décidé d’être honnête. Comme un auto-portrait du réalisateur, qui refuse toutes les compromissions et autres effets de manche pour aller jusqu’au fond de son sujet.

Et au fond, il y a le héros américain. Le self-made man sur la route du pouvoir. D’habitude, ce dernier ne se pose pas de questions : il sort son flingue et tire sur les méchants. Pour l’arranger, il y en a un qui tombe dans le vide, mais le raisonnement reste le même : pour gagner, il faut utiliser la méthode des enculés d’en face. Aux antipodes, A most violent year pose la question que tous les autres évitent : peut-on combattre le mal par le bien ?

C’est honnête, intelligent, profond et assez courageux. Un peu suicidaire même : visuellement, le film est parfois repoussant. Bureaux eighties, pénombre omniprésente, costumes foireux et image poussiéreuse. Heureusement que les cadres sont soignés et que la lumière d’hiver ensoleille New-York, parce qu’on était à deux doigts de la grande dépression.

Mais on tient bon. Parce que, pour la première fois de sa carrière, Oscar Isaac tient parfaitement son rôle (peut-être parce que son personnage est très antipathique), parce que même sous-employée, Jessica Chastain est brillante, et parce que, malgré l’aridité de l’intrigue, le scénario réussit à nous tenir en haleine et même à prendre de la hauteur.

Quand il retombe, l’histoire nous livre sa conclusion sur l’air du cynisme et de la fatalité. Et on nous abandonne là, déboussolés, un peu tristounes, à nous sentir coupables, sur notre siège qui grince.

En Bref : Il faut aller voir A most violent year. Et pas pour se fendre la gueule. Le film est dur, réaliste et joliment pessimiste, mais c’est du cinéma intense, profond et intelligent.

Loin des farces complaisantes de Scorsese ou Ridley Scott, J.C. Chandor est en train de s’imposer comme le nouveau grand cinéaste moral américain. Quelque part sur les traces de Clint Eastwood, à l’époque où il ne parlait pas encore aux chaises.

Mais avant de s’assoir à la droite du père, il lui faudra laisser un peu de place à l’émotion.

The two faces of january. Chapeau rond, tête de con.

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Faut-il aller voir The two faces of january ?

“Par le scénariste de Drive”, vantent les affiches. A croire que c’est une qualité.

Je ne vois pas bien quel crédit je devrais donner à l’auteur de cette histoire de vengeance qui sent l’essence, les clichés et la violence gratuite. Bien-sûr, je sais qu’une cohorte de jeunes cinéphiles branchés défendent Drive comme si c’était Citizen Kane. Mais lorsque le débat s’ouvre, ils ne mettent pas 15 secondes à parler de la BO. C’est dire si le reste est à l’avenant.

Mais puisque les inconditionnels du “scénariste de Drive” persistent toujours dans les commentaires, je tiens à leur rappeler qu’il a aussi écrit les synopsis de Blanche-Neige et le chasseur47 Ronins et, au hasard, Killshot. De belles soirées dvd en perspective.

L’autre tête d’affiche, c’est Oscar Isaac. Lui aussi, encensé à loisir par nos copains les critiques, parce qu’il a réussi à faire la gueule pendant toute la durée d’Inside Leewyn Davis. Que ses fans se réjouissent, The two faces of january lui permet à nouveau de faire éclater son talent à base de sourcils froncés, de dos vouté et d’absence de charisme.

Quoi d’autre ? Aragorn sous un panama, une odeur de polar des années 60 et Kirsten Dunst. Voyons voir…

Kirsten est sympathique. Mais elle n’aurait pas dû jouer dans ce film : son rôle est celui d’une femme fatale en robe Chanel, directement calqué sur une Ingrid Bergman dont elle n’a certainement pas l’ampleur. Seul Mortensen s’en sort, entre père protecteur et fauve inquiétant. Dommage que son rôle se limite à maugréer des conneries en mordillant un cigare.

Malgré tout, le film ne rate pas tout à fait son entrée en matière : ambiance film noir joliment rétro, musique coolos et personnages à double-fond. On lève un sourcil (mais pas Oscar Isaac). Et puis tout le monde part en Crète, le scénario s’enlise et on s’emmerde. Aragorn sue comme une bête en enchaînant les bourbons, Kirsten glousse et Oscar joue “le doute” avec l’intensité d’un élève de quatrième devant une asymptote oblique.

Parakalo ? Un scénario s’il vous plaît.

Ça dure. Il fait chaud et on y croit pas. Kirsten glisse sur une peau de banane. Et alors que l’on avait perdu tout espoir, le réal orchestre deux très grandes scènes, à base de musique, de valise en cuir et de chapeau de feutre. A croire que tout le reste y menait.

Pas de quoi sauver le film malheureusement, mais de quoi garder espoir : même quand tout est perdu, il y a toujours une lueur dans la nuit. Sauf, peut-être, si on est espagnol.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The two faces of january. C’est mou, ça donne chaud et c’est fade comme un concert de Christophe Maé.

Dommage, parce qu’il y avait de quoi faire un bel hommage à cette époque élégante, où même les truands ne sortaient jamais sans une chemise repassée.

Dommage surtout, parce qu’après cet article, c’est probablement la dernière fois que je suis invité à une avant-première.

Inside Llewyn Davis. Folk you.

o-INSIDE-LLEWYN-DAVIS-TRAILER-facebookFaut-il aller voir Inside Llewyn Davis ?

Le monde est séparé en deux types de personnes : ceux qui pensent que Bob Dylan est un génie, et ceux qui préfèrent la pizza quatre fromage.

A l’exception d’Elliott Smith (Dieu ait son âme) et Syd Matters (qu’ils vivent longtemps !), le folk c’est de la merde. Un barbu antipathique avec un pull de grand-mère et du foin dans les cheveux qui raconte sa pendaison sur trois accords.

Qui peut bien vouloir passer deux heures avec ce mec ?

Les frères Coen, et l’écrasante majorité des critiques cinéma, faut croire. Pourtant Llewyn Davis est le mec le plus foncièrement antipathique de tout New-York. Loser narcissique, égoïste patenté et musicien médiocre, il erre dans sa vie en tirant la gueule. Llewyn est un sale mec, mais Llewyn a le droit, parce qu’il est malheureux.

Au début, c’est plutôt marrant. Parce que les frères Coen maitrisent l’absurde comme personne. Et c’est la moindre des choses : ça fait 20 ans qu’ils font le même film.

Comme d’habitude, on suit le parcours sans enjeux d’un héros qui ne fait aucun choix. L’histoire est molle, sans chute et inutilement tarabiscotée. A se demander ce qu’a vu la presse et le jury du festival de Cannes.

Une lumière magnifique, oui, une interprétation sans faille, c’est vrai. Mais de là à écrire que le film est “merveilleusement sympathique” il faut vraiment aimer se faire mal.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Inside Llewyn Davis. C’est chiant, amorphe et à l’exception d’un petit chat roux, tous les personnages sont moches. On rigole à trois reprises, une poignée de chansons valent le coup, mais le reste du temps on soupire en espérant que le héros meure.

Et si vous êtes fans de folk, sachez que j’ai tout de même de l’affection pour vous. De la compassion même. Surtout si vous allez voir Dylan en concert.