Chef. Cuisine et descendance.

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Faut-il aller voir Chef ?

Parfois je me demande à quoi ça rime tout ça. A quoi bon faire des critiques qui ne servent à rien ? Si les mecs me disent que Mommy est un chef d’oeuvre, on va quand même pas en venir aux mains, si ? Les gens aiment des films, détestent des films et c’est la vie. Ils ont tous raison. Qui suis-je pour les contredire en vociférant sur internet ?

Qu’est-ce que j’en tire ? Et surtout, pourquoi je m’embête à faire des critiques pleines de blagues boiteuses et de fautes de conjugaison, quand je pourrais me contenter d’écrire :

Youhou !

C’est probablement la réflexion qui a dû hanter John Favreau lorsqu’il pondait le scénario de Chef. Il devait être là, avec son crayon, son ventre et son bouc, à réfléchir sur les relations humaines, la gastronomie et la filiation. Et soudain il s’est dit : “Youhou !” C’était la clef.

C’est l’histoire d’un grand chef qui fait des ganaches dans un resto pédant. Il est génial mais il se fait virer. Alors il fait des sandwichs dans un food-truck. Youhou. Il traite son fils avec les mêmes égards qu’une fourchette à poisson. Et puis il regarde une vidéo sur internet et il se rend compte qu’il l’aime peut-être. Youhou. Et son ex-femme ? SPOILER Et ben son ex-femme, il la re-épouse. Youhou. La musique cubaine ? Youhou ! Scarlett Johansson ? Youhou ! Et mes couilles ? A ton avis…

John Favreau a réalisé les deux premiers Iron-Man. Ça a marché, c’était pas mal et il a fait du fric. Autant dire que pour son nouveau film, il avait le droit de faire à peu près n’importe quoi. Et ça tombe bien, car ce garçon a écrit des scénari comme d’autres se mettent le doigt dans le nez : avec dilettantisme.

En pleine traversée du désert, son héros (lui-même) décide de traverser le désert. Il se promène dans le sud des Etats-Unis en faisant des sandwichs. Et de temps en temps, il se met de la farine dans le caleçon (sic) et ça lui fait drôlement du bien. John Leguizamo joue le cubain. Ay Papi ! Le fils du héros est content. Son père le fait travailler, mais au moins il lui parle, et c’est important quand on a douze ans. Youhou.

Je ne sais vraiment pas quoi dire sur ce film. A part qu’il me donne envie d’arrêter d’aller au cinéma. Il n’y a pas de style, pas d’humour, pas de tendresse, pas d’émotion, pas de jeu, pas de mise en scène, pas d’action, pas de rythme. C’est…

C’est…

C’est nul qu’est-ce que tu veux que je te dise John ? Y’a pas de mot. Ton film est nul. J’aurais mieux faire de passer deux heures à me rouler en boule en attendant le retour du printemps. Parce que j’aime trop le cinéma pour regarder ce que tu lui fais subir.

Et puis tu joues mal. Et puis t’es gros.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Chef. C’est un film sur un sujet passionnant et cinématographique (la bouffe) mais à des années lumières du joli Ratatouille de Pixar. Et à des années lumières du cinéma en général. C’est plat, sans âme, et finalement à l’image de cette année cinématographique qui commence à être désespérante.

Et constater que le seul espoir à l’horizon s’appelle Christopher Nolan, c’est se rendre compte qu’on est vraiment dans la merde. Youhou.

La Planète des singes : l’affrontement. Singing in the rain.

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Faut-il aller voir La planète des singes ?

C’est des singes, ils sont dans la forêt. Hop hop, ils se balancent aux arbres, c’est les kings. Quand soudain, ils rencontrent des humains qui ont survécu à la grande catastrophe du premier film. Et les singes ils ont pas kiffé ce truc d’être enfermés dans des cages pendant plus de 20 siècles.

Normalement dans les films américains c’est plutôt simple : il y a les humains, ils sont cools, ils sont beaux, ils sont américains et ils mâchent du chouimgome. Le héros, dents blanches, cheveu sage, est un père de famille dans la tourmente qui va se révéler très héroïque en sauvant sa femme, cette greluche et ses deux petits enfants mignons, dont les dialogues se limitent souvent à hurler “Daddy !”.

Face à cette gentille famille, qui pourrait être la tienne, si ton oncle n’était pas schizophrène, il y a les méchants. Les méchants sont faciles à reconnaître parce qu’ils sont toujours moches : dans un film américain, la personnalité d’un personnage va rarement plus loin que son apparence physique. Et donc les méchants, c’est les russes, les chinois, les extra-terrestres, les zombies etc. Quand c’est les extra-terrestres c’est quand même plus simple parce que ça permet aux scénaristes de finir le film sur une extermination de la totalité des méchants, sans trop avoir l’air de faire la promotion du génocide.

La Planète des singes numéro 15 respecte une grande partie de ces préceptes : mieux, elle met en scène deux pères de famille dans la tourmente, avec deux femmes fragiles (c’est tout le temps malade les femmes, et dés que les balles commencent à siffler, ça crie) et une palanquée de petits mômes mignons. Mais là où le scénario innove quasi-radicalement, c’est que les deux familles sont réparties dans les deux camps.

Exit donc, la solution consistant à décréter que “les velus c’est des enculés, la preuve y sont moches”. Bien plus proche de la réalité, le film s’efforce d’éviter tout manichéisme racial, montrant au contraire que les peuples aspirent à vivre en paix, mais qu’il suffit d’une poignée de va-t-en guerre pour les jeter les uns contre les autres. L’analyse est pertinente, si ce n’est d’actualité (…).

Malgré tout, il n’y a pas de quoi envahir la Pologne : tous les autres clichés sont encore là. Même au sein des deux peuples, les méchants sont clairement reconnaissables, parfaitement mauvais, sans beaucoup de nuances et avec la gueule pleine de cicatrices. Le final, classique, n’apporte pas beaucoup de surprise : on finit quand même par des belles gerbes de violence, tandis que le discours général frise les bons sentiments neuneus. Grandiloquent, le scénario semble émerveillé par sa propre intelligence.

Mais ce n’est pas parce qu’on est moins con que les autres qu’on est brillant, sinon Hugo Lloris serait astrophysicien.

En Bref : Il faut aller voir La Planète des singes. Il faut y aller tranquillement, à son rythme, pour voir un blockbuster sans folie, mais plutôt bien troussé et nettement moins stupide que la moyenne.

On peut aussi y aller pour les scènes muettes entre les singes, qui ne manquent pas de poésie : pour la première fois depuis Golum, des personnages créent par ordinateur ont de l’intensité dans le regard (peut-être parce que le même acteur se cache derrière).

Quant à l’intensité du scénario, elle ne devrait pas déraciner votre siège : le mois dernier The edge of tomorrow était moins intelligent sur le fond, mais le blockbuster avec Tom Cruise était beaucoup plus malin. On s’en rappellera plus longtemps.

Fruitvale Station. Oscar-teaser.

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Faut-il aller voir Fruitvale Station ?

“- Bob j’ai envie de gagner un Oscar !

– Reste tranquille Ryan, t’as fait cinq courts-métrages et t’as un oeil, mais les Oscars c’est pour les grands.

–  Les Oscars c’est pour les mecs malins. Regarde The Artist, tout le monde savait que c’était un peu naze, mais le frenchy a bien vendu son truc. C’est juste une question de timing, c’est du marketing artistique. Après Harvey Weinstein rachète les droits de ton film, refait les piscines de la moitié des électeurs, et bim, t’as l’Oscar !

– Bon, après tout, Shakespeare in love a gagné. C’est quoi ton pitch ?

– Fruitvale ! L’histoire du mec qui s’est fait tuer par les flics.

– Y’a rien, le mec était membre d’un gang, il a provoqué le gang d’en face, les flics ont tiré une balle de trop, so what ? C’est l’Amérique mec. De toute façon ça dure trois minutes. T’as pas de film.

– Justement ! On commence par montrer le mec qui meurt, et après on raconte sa journée. Comme ça c’est hyper intense, plein d’émotion. Genre le mec va acheter des crevettes et toi TU SAIS qu’il va crever. Après il… chais pas il va prendre de l’essence, mais toi tu sais que c’est la dernière fois qu’il en prend. Hyper intense.

– Mais c’était un dealer, un ex-taulard, il avait un gang…

- Mais on lisse Bobby ! On à qu’a inventer qu’il décide d’arrêter de dealer pile ce jour-là. Et son gang c’est des déconneurs en fait, ils écoutent du son, ils font des vannes et ils sont pas homophobes.

– On va s’emmerder non ?

– Mais non parce qu’on va faire des références au futur. Le mec joue avec sa fille, qui veut lui faire un dernier câlin, et elle lui dit qu’elle a un mauvais pressentiment. Et puis sa mère le convainc de prendre le métro au dernier moment. Et on en fait un type bien, qui sauve les chiens, qu’est gentil avec sa mère, qui traite sa meuf comme une princesse… Plus le type est gentil, plus les gens vont chialer.

– C’est de la prostitution Ryan. Mais je dois reconnaître que ça sent l’or. Il s’appelle comment ton mec ?

– Oscar.”

Fruitvale Station a gagné deux prix à Sundance, un à Cannes et deux autres à Deauville. Harvey Weinstein vient de racheter les droits de distribution. Mais les Oscras n’en ont pas voulu.

Continue Ryan, il reste pas mal de faits divers à exploiter.

En Bref :

Il ne faut pas aller voir Fruitvale Station. Pour l’instant, c’est le pire film que j’ai vu en 2014. Sous forme d’hommage vibrant, le premier long-métrage de Ryan Coogler utilise la mort d’un mec pour baver du pathos, racoler nos émotions et voler des récompenses.

Dégueulasse.

Tel père, tel fils. Le divise enfant.

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Faut-il aller voir Tel père, tel fils ?

Comme son nom l’indique, Ryoata est architecte. Sa première oeuvre, c’est son fils. D’ailleurs, il lui dit souvent de se tenir droit et d’être dur. Quand Ryoata apprend que son enfant a été échangé contre un autre bébé à la maternité, tout s’explique. Il comprend mieux pourquoi celui qu’il croyait être son fils est gentil, alors que lui est un sale type.

Je n’ai pas trop souvenir de La vie est un long fleuve tranquille, mais autant que je me rappelle, c’est une grosse farce un peu lourde avec un pitch intéressant. Partant de la même idée, Hirokazu Koreeda a décidé de prendre le chemin inverse. Lent, profond et sans cliché, Tel père, tel fils se pose la question pour de vrai : si lorsqu’il a six ans, on vous apprend que votre fils n’est pas votre fils, vous faites quoi ?

Qu’est-ce qui prime dans le fait d’être parent : le sang ? L’éducation ? La relation qu’on a, ou celle qu’on créé ? Et quand bien même : a-t-on vraiment envie d’avoir une réplique de nous même en guise de fils ?

Quand Ryoata rencontre sa véritable progéniture, il trouve un petit con, en guerre contre son nouveau père, malpoli et fugueur. Sa réplique exacte. Un garçon qui, comme lui, aurait été plus heureux en grandissant dans une autre famille. Alors faut-il vraiment le rapatrier, pour reproduire un nouveau gros con d’architecte ?

Vous comprenez rien ? C’est pas grave, c’est deep. Le réalisateur va gratter le fond de nos âmes, sans s’embourber dans un discours moral casse-burne ou une analyse sociologique à deux balles. Le tout dans un cadre élégant, parfaitement mis en scène et joliment écrit.

Alors pourquoi je ne vais pas dire que c’est un chef d’oeuvre ?

Probablement parce que c’est un tout petit peu chiant, mais surtout assez froid. Le personnage principal est fondamentalement antipathique, le jeu de sa femme sonne un peu faux et, au final, c’est ce manque d’humanité sépare un beau film d’un film bouleversant.

Dommage, à quelques jours de mon top 10 de l’année, il est pas passé loin.

En Bref : Il faut aller voir Tel père, tel fils. Parce que c’est beau, intelligent, élégant. Un peu à l’image du personnage principal, parfait sous toutes les coutures, au risque d’être un peu terne à la surface. Et c’est aussi pour ses aspérités que l’on aime un film.

Malgré tout, ça fait plaisir de voir le film que Chatillez aurait fait, s’il avait été bon et japonais. J’aimerais bien voir ce que Koreeda fera avec Tati Danielle.

Prisoners. New kidnapping on the block.

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Faut-il aller voir Prisonners ?

Je ne veux pas prêcher contre ma paroisse, mais dans un monde idéal, on n’écrirait rien sur le cinéma. En tout cas, on ne lirait jamais rien avant d’y aller et on fuirait les bandes-annonces comme le choléra.

Parce que dans le vrai monde, il est impossible d’aller voir Prisoners sans entendre les affiches et nos proches nous hurler que c’est génial, qu’on a rien vu d’aussi flippant depuis l’Entrée du train en gare de la Ciotat et que la performance d’Hugh Jackman est à se taper la tête contre un arbre.

Du coup, on passe le film à constater que c’est pas vrai. Au risque d’oublier que c’est pas si mal.

L’histoire d’abord, est plutôt bien lancée : c’est celle d’un gros con, qui tient sa famille comme on dirige un cheval et qui porte le bouc au nez du bon goût, de ses voisins et de la police. Quand sa fille disparaît, il va confronter son héroïsme aux limites de sa connerie, et notamment au fait qu’il est une grosse brute réac.

C’est intense, bien filmé, sobre et efficace. Le réalisateur du puissant Incendies a besoin de trois plans pour nous coller au siège. Une petite fille, à travers la vitre d’un camping-car. Un tronc d’arbre. Une capuche.

Au deuxième acte, le film monte d’un cran avec l’arrivée du prince du cool. Feu sous la glace, fragile et charismatique, Jake Gyllenhaal rempli tous les cadres où il apparaît. Excellent, comme dans chaque film. Au risque de contraster sévèrement avec Hugh Jackman : au top du cabotinage, Wolverine s’excite dans tous les sens, tape dans les lavabos et hurle les deux tiers de son texte, sans dégager autre chose que des postillons.

Perdue d’avance, la confrontation des deux acteurs devrait être montrée dans les cours d’art dramatique : elle permet, de manière quasi-scientifique, de distinguer un bon comédien d’une pelle à tarte. Et c’est dommage, car la crédibilité de l’histoire repose en grande partie sur la volonté de fer du personnage principal. De manière plus générale, le scénario part avec une belle foulée avant de se péter la cheville.

Je ne spoilerai pas. Mais au mitan, les rebondissements commencent un peu à partir en couille. Un personnage entre et sort de l’histoire de manière totalement artificielle, des fausses pistes complètement énormes sont suivies, appuyées par des coïncidences abracadabrantesques et lorsque le grand final tombe, il est expliqué par dessus la jambe, absolument pas crédible et aux limites du ridicule, voir derrière.

Dommage. Le réalisateur semblait avoir assez de talent pour nous impressionner, sans avoir à nous prendre pour des cons.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Prisoners. Contrairement à l’éloge unanime que la presse en fait : c’est un film inégal dans son interprétation, fouilli dans son déroulement et essouflé bien avant la ligne d’arrivée.

Pourtant, la mise en scène est exemplaire, et le premier quart d’heure, proche de la perfection. Après, vous pouvez aussi y aller juste pour regarder Jake Gyllenhaal boire des cafés avec l’intensité d’un t-rex figé dans un iceberg…

The Conjuring. Le diable est dans le portail.

 

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Faut-il aller voir The Conjuring. Les dossiers Warren ?

C’est l’histoire d’un père absent et d’une famille fragile, qui s’installent à l’étage dans une maison qui craque. Tu veux jouer avec moi ?

J‘aime pas trop les films d’horreur. Je les trouve pas nuls, bien au contraire : ils me font peur. Et je n’ai toujours pas compris à quel moment quelqu’un a décidé que c’était un sentiment agréable. Quand l’électricité de ma cage d’escalier a sauté alors que je revenais de voir Rec, par exemple, c’était pas agréable. Passons, je frissonne.

The Conjuring réchauffe pour la soixante millième fois l’histoire du diable et de la maison hantée. Tout y passe : l’exorcisme en famille, l’allumette dans la cave, les enfants somnambules, la poupée bien flippante, les oiseau agressifs et une bonne vingtaine de portes qui claquent.

Ça marche : on se cache les yeux toutes les dix minutes, la méchante est dégueu et les violons appuient chaque effet. On sursaute à heure fixe, mais on n’est guère surpris. D’un bout à l’autre, le film exploite des poncifs tellement éculés qu’on hésite souvent entre le rire et la peur. Quand la mère tire la langue, ébouriffée comme une chèvre de Mururoa, on fronce un peu les sourcils. Les chaises montent au plafond, l’acteur principal hurle des passages de la bible en latin et Chucky revient pour la 40ème fois, mais ça fait longtemps qu’on se fend la poire.

Au fond, je ne sais pas trop si l’on doit juger les films d’horreurs comme des exercices de cinéma. Dans cette optique, ils sont rares à ne pas être profondément ridicules : la mise en scène est aussi artificielle que chez Marc Dorcel, des acteurs de seconde zone achèvent leurs carrières à coups de mimiques et tout le monde se fait tirer par les cheveux, à commencer par le scénario.

Finalement, c’est un peu comme une forme psychologique de Space Mountain. On y va entre potes pour pousser des cris et jouer les marmules, on dort de travers et on oublie le lendemain. De là à considérer ça comme un art…

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Conjuring. A moins de vouloir faire partir un hoquet récurrent, ou de vouer un culte à l’exorciste et ses 70 000 remakes. A l’exception d’un joli plan-séquence qui passe sous un canapé, il n’y a pas grand chose dans ce vaudeville de l’horreur où les portes et les armoires occupent le rôle principal.

A l’heure où des films comme Mon âme par toi guérie galèrent pour tenir en deuxième semaine, le choix n’est pas permis. Maintenant, si c’est votre truc…

World War Z. Guerre Vénère.

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Faut-il aller voir World War Z ?

Brad Pitt va au travail tranquilou, entouré par sa femme, ses filles et ses cheveux longs, quand soudain les zombies envahissent la planète en mangeant tout le monde. Mais pour la première fois dans un film catastrophe, ils ne font pas tomber la Tour Eiffel. Y’a plus de valeurs à Hollywood.

Je déteste les films catastrophes. A chaque fois le monde est confiné à l’Amérique, plus deux chinois, qui vivent forcément dans une yourte, et un flic héroïque qui sauve la terre et son chien, dans l’ordre inverse. C’est nul.

Cette fois c’est mieux quand même : l’apocalypse est déclenchée par des zombies sauteurs particulièrement dégourdis. Loin des morceaux de chair dégueulasses habituels, les morts-vivants sont presque jolis, mais bien plus flippants. Comme les enragés de 28 jours plus tard, ils foncent dans tous les sens comme des dingues, n’hésitant pas à se grimper les uns sur les autres pour passer les murs et déséquilibrer les hélicoptères. C’est rigolo.

L’autre innovation, c’est que le héros n’est pas seul au milieu du Texas avec sa bite et une grenade. Certes, c’est un père de famille dans la tourmente comme tout le monde, mais il est surtout agent spécial pour l’ONU.  Au lieu des sempiternels héros perdus qui font coucou aux avions, le film raconte l’histoire du côté de la résistance : James Bond de la galère, Brad Pitt fait lui aussi le tour du monde, en se crashant régulièrement au lieu d’atterrir, sans oublier de mener l’enquête sur le phénomène zombiphère.

Evidemment, le mélange se trouve vite confronté aux limites des genres mélangés : Brad trouve des laboratoires sans problème, passe des coups de fil sans recharger son téléphone et pratique aussi bien l’injection virale que le pilotage aérien et la chirurgie de guerre.

Hé quoi ! C’est ce qu’on attend d’un héros après tout. Si on avait raconté les aventures d’un gros loser comme toi à la place, il serait mort en cinq minutes en pissant sur ses sneakers.

Mais n’empêche, même en période d’anarchie post-apocalyptique, y’a pas d’excuse pour les cheveux mi-longs et gras.

En Bref : Il faut aller voir World War Z. Même si la fin est niquée par une grosse ellipse, même si une effroyable pub Pepsi gâche une scène qui aurait pu être forte et même si Brad Pitt manque globalement d’expressivité. Ce blockbuster estival remplit modestement son rôle : suspens, sursauts et zombies.

En revanche, je ne sais pas trop comment prendre la scène en Israël où les militaires accueillent tous les arabes du coin en chantant “Shalom” sur l’air des lampions. Je viens de m’en rappeler en lisant le commentaire de Pav. Mon inconscient avait dû la censurer…

Par ailleurs, message perso au type qui a volé le vélo de Doudi pendant la projection :

Bien joué !

Le Passé. Famille décomposée.

Le passé

Faut-il aller voir Le Passé ?

La vie de Marie, c’est vraiment chiant. Sa fille fait la gueule tout le temps, son beau-fils est très énervant, son mec s’endort en pleurant parce que que sa femme a bu du détergent. Pour rendre tout plus palpitant, Marie rappelle son ancien amant, qui se ramène en avion d’Iran et se demande ce que c’est que ce bordel.

J’avais décidé de tenir jusqu’en bas, mais en fait ça prend trop de temps. La seule rime qui vaille en terme de cinéphilie, c’est celle-ci :

Asghar Farhadi = Génie.

On le pressentait après le formidable Une séparation, et la suite le confirme : ce type écrit des scénars comme Adjani gagne des Césars et comme César gagne des bagarres. Avec une déconcertante facilité.

Le français n’est pas sa langue, la culture n’est pas la sienne et le pays est foutrement plus froid que la Perse, mais le réalisateur iranien est une machine. Les histoires qu’il déroule sont calibrées comme des thrillers, la violence physique en moins : on reste hypnotisés, le ventre noué et le pouls qui tressaute, devant ses synopsis à tiroirs.

Simple et élégante, la mise en scène se charge surtout d’être efficace et au service du drame. Comme d’habitude, tout le monde à sa raison, personne n’est vraiment méchant et la mécanique s’accélère jusqu’au final, en suspend, qui laisse le spectateur seul juge face au générique.

Au fond du film le réalisateur développe un propos un peu bancal sur la difficulté de faire le bien sans jamais choisir son camp. C’est pas con, mais malheureusement, cette fois, Farhadi en fait trop. Il peine à terminer son film, fait tomber des cascades de rebondissements et finit par fatiguer le spectateur.

Malgré tout, si Hollywood écrivait des scénarios aussi efficaces que les siens, ils pourraient pas mal économiser en hélicoptères, pour un gros surplus de suspens.

En Bref : Il faut aller voir Le Passé. Parce que le terme galvaudé d’intelligence ne s’applique jamais aussi bien qu’aux films d’Asghar Farhadi, parce que la direction des acteurs enfants est soufflante et parce qu’il faut lui faire gagner de l’argent pour financer son prochain thriller, en espérant qu’il soit un peu mieux terminé.

Après, je comprends que Libé ait décidé de lui mettre un gros tarif : quand on se prend pour des dingos de la langue française c’est déstabilisant de voir qu’un Iranien la maîtrise mieux que nous.

Des gens qui s’embrassent. Famille je vous haime.

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Faut-il aller voir Des gens qui s’embrassent ?

C’est deux familles. Les premiers sont des juifs qui mangent du porc, font du yacht sur la côte, claquent plein d’argent et en gagnent encore plus. Les deuxièmes sont des juifs qui mangent du pastrami, vivent modestement et jouent du violoncelle dans des orchestres plus ou moins philarmoniques.

Le premier point commun de ces deux familles, c’est qu’elles détestent la famille d’en face. Le deuxième, c’est qu’elles partagent le même grand-père. La surprise en revanche, c’est que les cons ne sont pas forcément du côté où on les imagine.

Difficile de classer le film de Danièle Thompson dans une catégorie : film choral et ambitieux, Des gens qui s’embrassent parle d’amour, de frères, de judaïsme et de deuil, mais d’abord de famille, et à travers elles, des oppositions radicales entre les gens qui s’embrassent mais qui ne pourront jamais s’entendre.

La grande force du scénario, c’est de jouer avec des clichés, sans tomber dans la caricature. Lorsque les deux frères, si opposés, s’engueulent, on est bien incapable de choisir son camp. L’orthodoxe hardcore est aussi un oncle affectueux et intelligent, mais le nouveau riche flambeur est bien plus généreux et drôle.

On peut trouver le tout un peu naïf, pour peu qu’on déteste sa propre famille, mais au final, on ne peut qu’aimer un film qui aime autant ses personnages. Ces derniers sont inégaux : Merad et Elmosnino sont impeccables, de Lâage est magnétique mais Boublil est fade quand Bellucci galère pour ne pas être aussi caricaturale que son rôle.

On s’en fout, on sourit beaucoup, on rigole à plusieurs reprises et on s’émeut devant la grande capacité du film à passer du vaudeville marrant à quelque chose de plus profond et grave.

Et puis il y a la très belle histoire d’amour, qui m’a fait des gouzis. Mais j’ose pas en parler, je vais encore passer pour un mec fleur bleue.

Alors que j’suis un bonhomme.

En Bref : Il faut aller voir Des gens qui s’embrassent. Parce que je tape trop sur les films français pour ne pas défendre ceux qui sont bons. Fine, mordante, ryhtmée et bien écrite, cette comédie dépasse les limites de son genre pour dire des trucs intelligents, sans jamais juger ses personnages.

Maintenant, si vous êtes pas d’accord, c’est peut-être parce que la production ne vous a pas offert une bouteille d’eau lors d’une avant-première so VIP. Dans ce cas-là, vous pourrez toujours dit que j’ai rejoint la liste interminable des blogueurs corrompus.

The Impossible. Tronc commun.

Faut-il aller voir The Impossible ?

C’est les vacances. Et soudain. C’est le tsunami. Il y a des enfants dans les arbres, des arbres dans les enfants et de l’eau partout. Sur les joues de maman, beaucoup. Parce qu’elle a perdu papa et deux de ses fils.

Les trois premiers quarts d’heure vous collent des baffes sans interruption jusqu’à ce que les eaux s’évaporent. À l’écran, des énormes vagues charrient des morceaux de bois, de métal et de terre dans les narines des héros. C’est brutal, choquant, ultra-violent et probablement la façon la plus percutante de raconter un tsunami au cinéma.

Malgré la prolifération de films-catastrophes qui ont envahit nos écrans à cause Roland Emmerich, The Impossible parvient à rendre le chaos beaucoup plus intense que d’habitude. Cette fois, on ne suit pas l’humanité qui court à sa perte mais une mère et son fils qui grimpent dans un arbre. A l’inverse du globalisme gerbant de 2012 et compagnie, on suit les héros de très près, sans en savoir plus qu’eux sur l’endroit où ils se trouvent, ce qu’il se passe et où sont les secours. Forcément, on s’identifie, et on tremble.

Et puis y’a la deuxième partie…

Sans en dire trop, on peut quand même raconter que certains membres de la famille ne sont pas complètement morts. Le scénario aligne alors jusqu’à épuisement (ou écœurement) les scènes de retrouvailles bouleversantes sur un tapis de violons mélodramatiques.

Au départ, on pardonne, estomaqué par la puissance de la scène d’ouverture. Et puis l’histoire continue de larmoyer, de célébrer l’entraide, de pleurer sur le sort des pauvres occidentaux blessés sans prendre en compte les milliers de morts locaux. Et on frise le ridicule.

Au-delà de ça, le film perd toute son intensité dramatique, puisqu’il informe le spectateur du nombre de survivants des le départ réduisant l’unique enjeu à “quand vont-ils enfin se retrouver et se pleurer dans les bras en jouant mal”. Ce qui arrive plusieurs fois. Et c’est douloureux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Impossible. Malgré la puissance dévastatrice de la scène de catastrophe, malgré l’interprétation géniale de Naomi Watts et du jeune acteur qui l’accompagne et malgré le talent du réalisateur.

Parce que le film est bien réalisé, pas trop mal écrit et plutôt intense, mais il n’a strictement rien a dire. Et au bout d’une heure, ça commence vraiment à se sentir.

Et comme j’arrivais pas à trouver de