Le Nouveau. La guerre des moutons.

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Faut-il aller voir Le Nouveau ?

Je m’en rappelle comme si c’était hier.

Des petits malins prétentieux, des petites bourgeoises méprisantes, des mecs un peu sales habillés comme leur sac, quelques Juliettes, avec des grands yeux myopes qui t’ignorent et tout un tas de connards. Ils le regardent, comme une armée de vélociraptors devant un bébé loutre. Le nouveau.

Tous vivent dans la crainte, mais aujourd’hui ils sourient. L’exclusion, leur plus grande peur, vient de trouver son remède universel : le mec debout devant toute la classe, avec une tête de victime. L’exutoire rassembleur. Le premier qui lui enverra une vanne aura la certitude d’en être. Tout le monde trouvera ça un peu cruel, mais tout le monde rira. Dés le collège, on comprend que l’amour des autres, c’est d’abord une histoire de haine commune.

Moi ça va. Et vous ?

Ma psychanalyste est parti à la Barbade avec sa secrétaire et une partie de mes séances pré-payées. En attendant qu’elles reviennent, je me permets de vous livrer mes souvenirs d’adolescence. Le Nouveau en a fait remonter pas mal.

Wait a minute.

Le Règne de l’Arbitraire ? Le hater le plus acharné contre la comédie française ? Le fossoyeur des scénarios mous ? Le mec qui parle de lui à la troisième personne ? DEVANT UN FILM POUR ADO AVEC MAX BOUBLIL ?

Certes. Emporté par l’esprit de la Noël, j’ai cru bon d’aller m’infliger une bonne vieille teen-comédie franchouillarde. Et vous savez quoi ? J’ai kiffé.

Au départ, on voit pourtant venir les clichés comme des chevals au galop. Petit blondinet arrive dans classe, moqueries des garçons méchants, jolie petite brune… Allez… Mais pas du tout. Sans être aussi déprimant que l’introduction de cet article, Le Nouveau traite la post-adolescence sans compromis, ni complaisance et avec une certaine justesse.

Soyons francs, on ne s’étouffe pas de rire avec sa langue, mais on sourit pas mal. Les dialogues sont cons, lourds, politiquement incorrects et souvent osés. Discret, moins bête que d’habitude, Boublil porte très bien le costume de l’oncle trop cool pour être vieux.

Et derrière les ressorts de cette comédie sympathique, il y a aussi un décalage. Quelque chose d’assez pur sur l’instinct grégaire adolescent et l’acceptation de l’exclusion. Ou pour faire simple : on est toujours mieux avec des amis moches qu’avec des potes cools.

C’est pas grand-chose, je sais. Mais à 14 ans, c’était mon code d’honneur.

En Bref : Il faut aller voir Le Nouveau. Parce que c’est drôle, bien vu et plutôt subtil dans sa bêtise assumée. Parce que ça vous renverra à l’époque des sacs Eastpak, des pulls Bullrot et des Globe délassées, tout en vous rassurant, sur le fait que c’est fini.

Et aussi, pour le casting incroyable de petits cons rassemblés par le réalisateur, mention spéciale à Guillaume Cloud Roussel, superbe loser appareillé et Eytan Chiche, tellement crédible en petit con que je plains ses parents.

Tant pis s’il a aussi engagé une fille de 21 ans censée en avoir 14 et le chanteur de J’aime les moches. Au moins, il s’est bien intégré.

The Bling Ring. Dior j’abhorre.

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Faut-il aller voir The Bling Ring ?

J’ai toujours défendu Sofia Coppola, depuis qu’elle a renoncé à être actrice. Lost in translation, son évident chef d’oeuvre, mais aussi la moyenne Marie-Antoinette et le déroutant Somewhere. Si ses sujets manquent parfois d’originalité et presque toujours d’intensité, ils sont régulièrement sauvés par une image racée et par la musique qui la porte.

Les premières secondes du Bling Ring nous font comprendre très vite que cette fois la bande originale ne sauvera pas le film. Insupportable, stridente, moche, la musique du film est aussi affreuse qu’un mardi soir à Lorient. A l’image, des colliers scintillent, la caméra panote sans grâce sur des piles de chaussures et des palmiers défilent dans le ciel pour la 1 884ème fois depuis l’histoire du ciné de merde.

Et l’histoire ? Des clous. Une bande de tocards vides comme des canettes cambriolent des villas de stars débiles pour s’habiller comme dans des clips de RnB. Ils coulent, tranquille. Et ils touchent le fond, arc-boutés sur des Louboutins.

Fric, drogue, vol et club VIP. On dirait un peu le pitch d’un doc de Nanard. Sauf que ça dure plusieurs fois 26 minutes. Mais il n’y a toujours pas d’angle.

Que veut nous dire Sofia ? Que les jeunes américains sont remplis d’arrogance, de fantasmes du fric, de vide intersidéral ? Si on peut apprécier qu’elle refuse de juger les personnages de cette histoire vraie, cela la dispense-t-elle d’avoir un point de vue ? A huit euros la place, on est en droit de réclamer une forme de propos, une volonté artistique, un signe quelconque.

Mais bof.

La réalisatrice n’aime pas ses personnages, elle se fout de leur gueule et nous on se demande quel intérêt on pourrait bien trouver dans les pérégrination de cette bande d’imbéciles vénaux. Il y a des cons ? C’est ça le message ? Ou un truc bateau sur la société de consommation qui pourri la jeunesse ? Sur l’argent roi au pays du dollar ?

On le savait déjà Sofia. Et si c’est pour étaler de la musique bruyante sur des lieux communs traités à la va-vite, autant regarder la télé.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Bling Ring. C’est un film antipathique, désagréable et peuplé de jeunes gens misérables présentés sans chaleur, ni ironie. Il y a quelques jolis plans bien construits, une belle idée de mise en scène à un moment et un acteur un peu sympa.

Par contre, il faut qu’Hermione arrête de jouer les bad girls biatch qui tirent la langue en félinant sur du rap. Non seulement c’est gênant, mais c’est surtout crédible comme Flipper dans une pièce de Shakespeare.