Le garçon et la bête. Le bon, la brute et pas de maman.

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Faut-il aller voir Le Garçon et le Bête ?

C’est l’histoire d’un monstre patibulaire avec un gros katana et un cerveau à trou. Il décide de recruter un petit con pour en faire son apprenti. Mais en terme de mauvais caractère, le môme n’a rien à apprendre.

Peut-on s’aimer en se criant dessus ? Faut-il hurler sur son père pour devenir un homme ? Et en l’absence de père, faut-il confier les enfants à un monstre velu armé d’un sabre ?

Pas sûr que ce film réponde à ses questions. Pas sûr qu’il les pose d’ailleurs. Mais, comme tout bon film d’animation japonaise, Le Garçon et la Bête ne se contente pas de raconter une histoire pour faire rigoler les petits et leur vendre des figurines, comme ces enculés d’américains.

Sans dec’, la prochaine Reine des neiges que je croise, je la lance par la fenêtre (sauf si c’est ma demi-belle-petite-soeur, qui est un ange).

Le sujet du film, ce ne sont pas les combats de katanas, les mondes parallèles ou la symbolique des baleines chez les hommes perdus (attention quand même, le film se permet de spoiler Moby Dick). Le sujet du film, c’est le père, le fils, et leur impossibilité chronique à se dire “je t’aime”, sans le camoufler derrière une tape virile ou une crise d’adolescence.

Vous en faites pas, j’ai fini la mienne. C’est un blog, pas un journal intime.

Mais c’est ce que le film raconte, à peine caché derrière une histoire classique -et très bien écrite- de maître et d’élève au royaume des animaux ninjas. C’est drôle, rythmé et formidablement bien animé. Visuellement visionnaire, le film n’atteint peut-être pas la poésie du maître absolu, mais le mélange de dessins, de numérique et d’images filmées fixe un nouveau standard et surpasse de loin le précédent film d’Hosoda.

Malheureusement, on en retrouve aussi les défauts, assez récurrents de l’animation japonaise : passages larmoyants, hurlements interminables et l’habitude désagréable de décrire ce qui est évident (“Il a disparu !” Ben oui on a vu…), au risque de casser la magie.

Pas grave. A l’échelle de Disney, c’est déjà le Space Mountain.

En Bref : Il faut aller voir Le garçon et la bête. C’est ce qu’on a vu de mieux en provenance du Japon, depuis que Miyazaki a posé son crayon. Comme souvent dans l’animation nippone, le réalisateur ne se cache pas derrière les aventures et les blagues pour s’abstenir de penser. Et il le fait bien

Dommage qu’il n’ait pas coupé son joli film d’un dernier quart d’heure un peu chargé en huile de baleine. Et en même temps, même Moby Dick, c’est parfois un peu indigeste.

Parfois il faut faire beaucoup de bruit pour dire des choses très simples.

Le Nouveau. La guerre des moutons.

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Faut-il aller voir Le Nouveau ?

Je m’en rappelle comme si c’était hier.

Des petits malins prétentieux, des petites bourgeoises méprisantes, des mecs un peu sales habillés comme leur sac, quelques Juliettes, avec des grands yeux myopes qui t’ignorent et tout un tas de connards. Ils le regardent, comme une armée de vélociraptors devant un bébé loutre. Le nouveau.

Tous vivent dans la crainte, mais aujourd’hui ils sourient. L’exclusion, leur plus grande peur, vient de trouver son remède universel : le mec debout devant toute la classe, avec une tête de victime. L’exutoire rassembleur. Le premier qui lui enverra une vanne aura la certitude d’en être. Tout le monde trouvera ça un peu cruel, mais tout le monde rira. Dés le collège, on comprend que l’amour des autres, c’est d’abord une histoire de haine commune.

Moi ça va. Et vous ?

Ma psychanalyste est parti à la Barbade avec sa secrétaire et une partie de mes séances pré-payées. En attendant qu’elles reviennent, je me permets de vous livrer mes souvenirs d’adolescence. Le Nouveau en a fait remonter pas mal.

Wait a minute.

Le Règne de l’Arbitraire ? Le hater le plus acharné contre la comédie française ? Le fossoyeur des scénarios mous ? Le mec qui parle de lui à la troisième personne ? DEVANT UN FILM POUR ADO AVEC MAX BOUBLIL ?

Certes. Emporté par l’esprit de la Noël, j’ai cru bon d’aller m’infliger une bonne vieille teen-comédie franchouillarde. Et vous savez quoi ? J’ai kiffé.

Au départ, on voit pourtant venir les clichés comme des chevals au galop. Petit blondinet arrive dans classe, moqueries des garçons méchants, jolie petite brune… Allez… Mais pas du tout. Sans être aussi déprimant que l’introduction de cet article, Le Nouveau traite la post-adolescence sans compromis, ni complaisance et avec une certaine justesse.

Soyons francs, on ne s’étouffe pas de rire avec sa langue, mais on sourit pas mal. Les dialogues sont cons, lourds, politiquement incorrects et souvent osés. Discret, moins bête que d’habitude, Boublil porte très bien le costume de l’oncle trop cool pour être vieux.

Et derrière les ressorts de cette comédie sympathique, il y a aussi un décalage. Quelque chose d’assez pur sur l’instinct grégaire adolescent et l’acceptation de l’exclusion. Ou pour faire simple : on est toujours mieux avec des amis moches qu’avec des potes cools.

C’est pas grand-chose, je sais. Mais à 14 ans, c’était mon code d’honneur.

En Bref : Il faut aller voir Le Nouveau. Parce que c’est drôle, bien vu et plutôt subtil dans sa bêtise assumée. Parce que ça vous renverra à l’époque des sacs Eastpak, des pulls Bullrot et des Globe délassées, tout en vous rassurant, sur le fait que c’est fini.

Et aussi, pour le casting incroyable de petits cons rassemblés par le réalisateur, mention spéciale à Guillaume Cloud Roussel, superbe loser appareillé et Eytan Chiche, tellement crédible en petit con que je plains ses parents.

Tant pis s’il a aussi engagé une fille de 21 ans censée en avoir 14 et le chanteur de J’aime les moches. Au moins, il s’est bien intégré.

It Follows. Suis moi je te tue.

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Faut-il aller voir It Follows ?

Je déteste avoir peur. Et je ne comprends jamais les affiches qui vantent un film “terrifiant”, “terriblement angoissant” ou “traumatisant”. J’ai l’impression de voir un restaurant dont la devanture promet une expérience “dégueulasse”, “infâme” et “franchement insalubre”. Méfiance.

Avoir peur, ça me fait peur.

Et la peur c’est vraiment désagréable. Rien qu’en écrivant cela, j’entends des pas dans mes escaliers, des tic-tacs sur ma vitre et des craquement sous mon lit. Le vent murmure des trucs en grec. La vieille dame du deuxième tousse dans les tuyaux. Fait froid. J’ai faim. La peur c’est nul.

D’ailleurs, les films d’horreurs sont souvent mauvais, et faute de moyen, ils passent la plupart de leur temps à nous faire sursauter sur des sons de portes qui claquent et autres chats qui grincent. Jusqu’à l’arrivée de la violence. Alors, on se rend compte que le méchant, c’est juste un acteur has-been, maquillé à la pelle, avec une voix de chèvre malade et une grosse langue en 3D.

It Follows a compris tout ça. Ici, justement, la violence n’arrive pas. Ou plutôt, elle arrive… mais terriblement lentement, et jamais par surprise. Elle est lente. Elle est lourde. Mais quoi qu’il arrive, tu sais qu’elle est là. Et qu’elle s’approche.

C’est horrible.

Je ne suis pas de ceux qui gâchent les mauvaises surprises, alors je ne définirai pas ce It qui vous suit. Ce que je peux dire, c’est qu’il m’a suivi jusqu’à chez moi, puis en tournage et dans mes rêves.  Et pourtant, il ne se passe presque rien. Comme dans un film porno ou le garçon et la fille resteraient là, en petite tenue, à se regarder pendant deux heures en mordillant leurs doigts.

Et puis la violence arrive. Elle tambourine à ta porte, elle traverse ton jardin où elle casse ta vitre. Personne ne la voit, et pourtant elle est moche. Parfois, elle ramène le film à la frontière du cliché, mais bien souvent elle est terrorisante.

Et ta maman n’est plus là.

En Bref : Il ne faut pas aller voir It Follows. C’est beaucoup trop bien écrit, beaucoup trop bien mis en scène, beaucoup trop bien joué. C’est une histoire bien trop maline, bien trop efficace et filmée avec beaucoup trop de talent.

Non, vraiment. Ce film est trop flippant pour que je vous le conseille sans avertissement. Malgré la beauté un peu naïve des relations adolescentes qu’il dépeint, malgré l’optimisme bancal de la très jolie fin et malgré le fait qu’il sera peut-être dans mon top 10 de l’année. C’est l’angoisse.

Mais si t’aimes ça, tu vas pleurer de joie.

Espèce de malade.

Souvenirs de Marnie. Pas de printemps.

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Faut-il aller voir Souvenirs de Marnie ?

De toute façon ça va être compliqué, même à Paris, le dernier film animé des studios Ghibli n’est plus visible qu’à 17h dans une poignée de salles. Considérons que c’est une critique pour l’honneur, et pour Ghibli.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais du père de ce studio japonais dans un article surchargé de kawaï. Pour résumer, disons qu’il faut un talent incroyable pour qu’aujourd’hui, n’importe quel français un peu cinéphile soit en mesure de prononcer “Hayao Miyazaki” sans s’étouffer avec sa langue.

Ici nous ne parlons pas d’Hayao, mais de son fils spirituel. Et dés les premières minutes, l’ombre du maître nippon plane sur chaque image. La nature est partout, sublime, et cette petite fille aux cheveux courts n’est pas l’héroïne habituelle d’un film pour enfants : Ann a peur, elle est toute seule, elle se déteste et elle regarde le monde qui l’entoure comme un monstre prêt à l’engloutir.

Bienvenue chez Ghibli, le monde merveilleux et pacifique, où la menace n’est jamais loin sous les tournesols. Ann part à la campagne pour respirer de l’air sans kérosène. Elle regarde la mer, elle trempe ses pieds dans l’eau et elle dessine le monde.

Et c’est absolument merveilleux. Le dessin évoque les sommets atteints par le maître, la musique nous soulève et le soleil passe son temps à se coucher dans le lointain pour mieux nous envelopper de sa lumière chaude et éphémère. “Damned”, se dit-on, “on a trouvé l’héritier”.

Mais non.

Après une demi-heure brillante, le film se fourvoie dans une relation bancale entre deux petites filles plus ou moins imaginaires, qui chantent des contines en pagayant dans une barque. C’est plat, inutilement long et tellement gnangnan, que même les enfants dans la salle étaient gênés. Marnie, petite blonde diaphane, glousse en prenant Ann dans ses bras, tandis que le réalisateur peine à cacher ses fantasmes crypto-lesbiens, un peu limites, au regard de l’âge des héroïnes.

A partir de là, le film claudique, jusqu’à une fin cousue de fils blancs, que l’on voit venir avec pas mal d’avance. A un moment, la petite fille se scandalise : “j’ai ouvert une lettre du trésor public, mes parents adoptifs touchent des allocations pour s’occuper de moi, ça veut dire qu’ils ne m’aiment pas”.

Et là on comprend que tout est perdu.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Souvenirs de Marnie. Parce que malgré un trait magnifique, une jolie musique et un début merveilleux, le film noie ses qualités évidentes dans une mélasse indigne du talent de ses prédécesseurs. Dommage, un moment, on avait cru voir un revenant.

Assurément, on entendra parler de Hiromasa Yonebayashi. Pas sûr qu’un jour on arrive à prononcer son nom du premier coup.

Ugly. Ordures et ménagères.

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Faut-il aller voir Ugly ?

Salut c’est le Règne de l’Arbitraire ! Tu sais, le blog qui publiait une fois par semaine dans les années 90 ? Et ben je reviens, pour un dernier tour de piste avant d’aller vivre en banlieue avec Hélène et les garçons et le créateur des sweats Waïkiki et les mini-keums, oh-oh !

Respire.

Le film n’étant plus à l’affiche, rien ne sert de courir. Mais puisque vous ne l’avez sûrement pas vu, il est tout de même important de savoir ce que vous avez raté.

C’est l’histoire des enculés. On y apprend qu’ils sont nombreux, protéiformes, omniprésents et vraiment dégueulasses. Noir jusqu’aux racines de la moustache, Ugly nous plonge dans un monde où les mamans biberonnent, les amis trahissent et les amantes michetonnent sur des pavés qui glissent. Guère mieux que les autres, les pères se perdent, les flics filoutent et les pédophiles filent. C’est très compliqué.

Moins que Gangs of Wasseypur quand même. Le précédent film du réalisateur avait beau raconter les gangs indiens avec élégance, il était quand même dominé par l’ennui et la confusion. Ugly n’échappe pas à l’intrigue un peu complexe, et on finit par en avoir un peu marre de trouver des tiroirs dans les tiroirs.

Mais on s’en fout un peu. Le premier but du film, c’est de frapper fort, avec la pointe du pied, en visant les couilles. Et ça fait super mal. Parce qu’il y a un truc fondamentalement affreux dans le fond de cette histoire, mais surtout parce que la mise en scène nous pète les genoux d’entrée de jeu : une femme blafarde, un verre vide… BAM du Death Metal.

Saturé d’idées, de style et d’audace, le film prouve ce qu’on commençait à voir venir de l’Est : lorsque Bollywood arrête de danser, il ne reste pas que de la poussière en suspension, mais le potentiel pour faire un putain de cinéma.

Sur cette métaphore graisseuse, je vous salue bien bas et je vais m’enfoncer la tête dans le mur.

En Bref : Il faut aller voir Ugly. Enfin, il aurait fallu le voir il y a trois semaines, avant qu’il quitte les salles pour toujours. Parce que c’est puissant, barré et signé par un réalisateur debout sur son tabouret.

Bien-sûr, vous ne sortirez pas du film en dansant la carmagnole. Mais peut-on vraiment être heureux, dans un monde ou l’Allemagne gagne au Brésil ?

Le vent se lève. Le dernier coucou.

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Faut-il aller voir Le vent se lève ?

Coucou, parce que c’est le dernier film d’Hayao Miyazaki. Un copain. Ou plutôt, le grand-père japonais que nous n’avons jamais eu. Ce qui ne l’a pas empêché de nous prendre dans ses bras quand même. Et nous lui devons tout.

Il nous a appris l’amour. Que ça faisait voler. Et même qu’on pouvait aimer les princesses quand on était mécanicien. Il nous as appris qu’on pouvait aimer les louves aussi. Qu’il ne fallait pas avoir peur des filles sauvages qui crachent du sang. Et la forêt aussi. Il nous a demandé d’aimer la forêt, et on l’a fait. Ils nous a appris qu’un jour nos parents nous laisseraient tout seuls dedans, et qu’on rencontrerait des araignées à moustaches.

C’était une métaphore. Il nous a préparé.

De l’autre côté du Pacifique, l’oncle Walt mettait du GHB dans nos grenadines pour nous traîner dans ses parcs et nous faire acheter des figurines. Parce que nous étions des enfants, il pensait que nous étions idiots, mièvres et attirés par les chansons débiles. Mais c’était pas vrai.

Hayao, lui, ne nous a pas bercé d’illusions. Il nous a prévenu que la vie n’allait pas être facile si on était une petite sorcière ou un cochon, mais il nous a aussi dit que ça n’allait pas empêcher les autres de nous aimer. Ils nous a donné l’espoir, la force et la tendresse. Et pour cela, je l’aimerais toute ma vie.

C’est plein d’un immense respect quasi-filial que je suis allé voir Le vent se lève. Parce qu’avec David Fincher et les frères Wachowski, Miyazaki fait partie des auteurs qui m’ont donné envie de passer ma vie assis sur un siège rouge pliant qui fait mal au cou.

Et je n’ai pas été déçu : si l’univers n’est plus onirique, la poésie est toujours omniprésente, les dessins sont sublimes et la musique de Joe Hisaichi au niveau (même si je me demande si le bougre ne pompe pas un peu ses thèmes précédents à force…) Pourtant, le réalisateur japonais semble s’écarter de sa fausse naïveté habituelle : derrière les avions en papier, la guerre se profile, et la noirceur surgit parfois au cours d’une cigarette ou dans l’intonation d’un accent allemand.

Même les coeurs, battent de travers. La jolie fille tousse sous la couette, le héros semble perdu derrière ses double-foyers et le Japon a des faux-airs de dictature. Sombre. Au point de ne plus autoriser l’émotion à décoller comme avant. Et si certaines scènes frôlent la charge émotive des films précédents, Miyazaki ne les laisse jamais durer. Il veut beaucoup dire, beaucoup raconter, et chaque moment de poésie est rattrapé par la pesanteur de l’histoire vraie. A certains moments, on se détache presque. Les personnages pleurent à l’écran, sans nous emmener avec eux.

Alors ok, j’ai menti tout à l’heure : j’ai été un peu déçu, mais pas beaucoup. Miyazaki reste un formidable raconteur d’histoires et même si la dernière nous emporte moins que les autres, elle est toujours aussi profonde, chargée de finesse et de sens. A des années-lumières des dernières productions à l’eau de rose de l’oncle Walt et ses VRP.

En Bref : Il faut aller voir Le vent se lève. Sans être aussi bouleversant que le reste de la carrière du maître japonais, son dernier opus est un beau portrait du Japon d’avant-guerre. Le ton est plus grave que d’habitude et la profondeur, peut-être encore plus grande.

Allez salut Grand-Père ! Tu peux partir à la retraite en paix. Maintenant, on est prêt pour devenir des adultes.

Et puis si jamais tu décides d’arrêter de finir ta carrière, aucun de nous ne te jettera la première pierre. Surtout pas Luc Besson.

Tel père, tel fils. Le divise enfant.

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Faut-il aller voir Tel père, tel fils ?

Comme son nom l’indique, Ryoata est architecte. Sa première oeuvre, c’est son fils. D’ailleurs, il lui dit souvent de se tenir droit et d’être dur. Quand Ryoata apprend que son enfant a été échangé contre un autre bébé à la maternité, tout s’explique. Il comprend mieux pourquoi celui qu’il croyait être son fils est gentil, alors que lui est un sale type.

Je n’ai pas trop souvenir de La vie est un long fleuve tranquille, mais autant que je me rappelle, c’est une grosse farce un peu lourde avec un pitch intéressant. Partant de la même idée, Hirokazu Koreeda a décidé de prendre le chemin inverse. Lent, profond et sans cliché, Tel père, tel fils se pose la question pour de vrai : si lorsqu’il a six ans, on vous apprend que votre fils n’est pas votre fils, vous faites quoi ?

Qu’est-ce qui prime dans le fait d’être parent : le sang ? L’éducation ? La relation qu’on a, ou celle qu’on créé ? Et quand bien même : a-t-on vraiment envie d’avoir une réplique de nous même en guise de fils ?

Quand Ryoata rencontre sa véritable progéniture, il trouve un petit con, en guerre contre son nouveau père, malpoli et fugueur. Sa réplique exacte. Un garçon qui, comme lui, aurait été plus heureux en grandissant dans une autre famille. Alors faut-il vraiment le rapatrier, pour reproduire un nouveau gros con d’architecte ?

Vous comprenez rien ? C’est pas grave, c’est deep. Le réalisateur va gratter le fond de nos âmes, sans s’embourber dans un discours moral casse-burne ou une analyse sociologique à deux balles. Le tout dans un cadre élégant, parfaitement mis en scène et joliment écrit.

Alors pourquoi je ne vais pas dire que c’est un chef d’oeuvre ?

Probablement parce que c’est un tout petit peu chiant, mais surtout assez froid. Le personnage principal est fondamentalement antipathique, le jeu de sa femme sonne un peu faux et, au final, c’est ce manque d’humanité sépare un beau film d’un film bouleversant.

Dommage, à quelques jours de mon top 10 de l’année, il est pas passé loin.

En Bref : Il faut aller voir Tel père, tel fils. Parce que c’est beau, intelligent, élégant. Un peu à l’image du personnage principal, parfait sous toutes les coutures, au risque d’être un peu terne à la surface. Et c’est aussi pour ses aspérités que l’on aime un film.

Malgré tout, ça fait plaisir de voir le film que Chatillez aurait fait, s’il avait été bon et japonais. J’aimerais bien voir ce que Koreeda fera avec Tati Danielle.

Casse-tête chinois. L’amour Duris.

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Faut-il aller voir Casse-tête chinois ?

Dix ans ans après L’Auberge Espagnole, cette nouvelle génération du cinéma français n’a pas tenu ses promesses.

Jamais aussi bon en dehors de cette trilogie, Klapisch n’est pas sorti de son rôle sympathique mais mineur, Audrey Tautou joue le même personnage depuis son premier film et Cécile de France alterne entre le moyen et le mauvais. Quand à Romain Duris, il est toujours infoutu d’articuler correctement.

Et pourtant, on les aime.

Parce que, malgré tout, on a grandi ensemble : nos dossiers Erasmus étaient aussi incomplets que celui de Xavier, nos relations à distance étaient aussi boiteuses que la sienne et nous irons tous bientôt vomir par-dessus un bastingage, lors des premiers mariages de nos potes.

Comme Xavier vieillit plus vite que nous, nous ne savons pas encore si nous finirons exilés à New-York pour tenter de faire tenir nos familles recomposées en équilibre. Face à l’avenir, la seule certitude qui nous reste, c’est que ça risque d’être le bordel.

Xavier c’est nous, pour le meilleur et pour le pire : incertains, un peu lâches, terrorisés, mais batailleurs. Pessimistes, forcément, parce que nous sommes les enfants des idéalistes qui ont célébré l’individualisme. Optimistes, malgré tout, car même si nous avons vécu notre croissance en pleine dépression, nous avons aussi compris qu’on pouvait y survivre.

Parmi les nombreux monologues de Xavier, le plus beau d’entre eux parle de son père, parti vivre la libération sexuelle en lui donnant une tape sur la tête. “Ne t’emmerde pas avec ça”, répète le vieux con à son fils. Comme lui, Xavier est foireux, bancal et divorcé, mais il fait partie de cette génération de pères qui “s’emmerdent avec ça” et qui se battent pour voir leurs enfants.

Et ça aussi c’est notre héritage. Les soixante-huitards ne voulaient pas ressembler aux patriarches misogynes, alors ils ont fait exploser la famille, les jeunes pères ne veulent pas être des égoïstes absents, alors ils recollent les morceaux comme ils peuvent. Mais comme eux sont déjà nés dans le bordel, ils savent mieux y nager.

Et finalement, cet optimisme bravache du marin qui sourit en pleine tempête, c’est un peu l’âme de la trilogie. Et peut-être même l’âme de notre génération. Celle de la précarité, sur tous les tableaux, tellement habituée au déséquilibre qu’elle arrive à tenir sur la corde, et à y être heureuse.

En Bref : Il faut aller voir Casse-tête chinois. Parce que c’est un joli film, pas toujours bien joué, ou bien écrit, mais chargé de tendresse, de mélancolie et d’espoir. Parce qu’il y a longtemps qu’un français n’avait pas aussi bien filmé New-York, loin de Times Square et la statue de la Liberté. Parce que sous ses airs de comédie gentillette, la trilogie de Xavier reflète mieux que personne notre génération.

Et n’espérez pas me voir utiliser le terme creux de “génération Y”. Il faut faire partie de la précédente pour l’employer.

Prisoners. New kidnapping on the block.

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Faut-il aller voir Prisonners ?

Je ne veux pas prêcher contre ma paroisse, mais dans un monde idéal, on n’écrirait rien sur le cinéma. En tout cas, on ne lirait jamais rien avant d’y aller et on fuirait les bandes-annonces comme le choléra.

Parce que dans le vrai monde, il est impossible d’aller voir Prisoners sans entendre les affiches et nos proches nous hurler que c’est génial, qu’on a rien vu d’aussi flippant depuis l’Entrée du train en gare de la Ciotat et que la performance d’Hugh Jackman est à se taper la tête contre un arbre.

Du coup, on passe le film à constater que c’est pas vrai. Au risque d’oublier que c’est pas si mal.

L’histoire d’abord, est plutôt bien lancée : c’est celle d’un gros con, qui tient sa famille comme on dirige un cheval et qui porte le bouc au nez du bon goût, de ses voisins et de la police. Quand sa fille disparaît, il va confronter son héroïsme aux limites de sa connerie, et notamment au fait qu’il est une grosse brute réac.

C’est intense, bien filmé, sobre et efficace. Le réalisateur du puissant Incendies a besoin de trois plans pour nous coller au siège. Une petite fille, à travers la vitre d’un camping-car. Un tronc d’arbre. Une capuche.

Au deuxième acte, le film monte d’un cran avec l’arrivée du prince du cool. Feu sous la glace, fragile et charismatique, Jake Gyllenhaal rempli tous les cadres où il apparaît. Excellent, comme dans chaque film. Au risque de contraster sévèrement avec Hugh Jackman : au top du cabotinage, Wolverine s’excite dans tous les sens, tape dans les lavabos et hurle les deux tiers de son texte, sans dégager autre chose que des postillons.

Perdue d’avance, la confrontation des deux acteurs devrait être montrée dans les cours d’art dramatique : elle permet, de manière quasi-scientifique, de distinguer un bon comédien d’une pelle à tarte. Et c’est dommage, car la crédibilité de l’histoire repose en grande partie sur la volonté de fer du personnage principal. De manière plus générale, le scénario part avec une belle foulée avant de se péter la cheville.

Je ne spoilerai pas. Mais au mitan, les rebondissements commencent un peu à partir en couille. Un personnage entre et sort de l’histoire de manière totalement artificielle, des fausses pistes complètement énormes sont suivies, appuyées par des coïncidences abracadabrantesques et lorsque le grand final tombe, il est expliqué par dessus la jambe, absolument pas crédible et aux limites du ridicule, voir derrière.

Dommage. Le réalisateur semblait avoir assez de talent pour nous impressionner, sans avoir à nous prendre pour des cons.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Prisoners. Contrairement à l’éloge unanime que la presse en fait : c’est un film inégal dans son interprétation, fouilli dans son déroulement et essouflé bien avant la ligne d’arrivée.

Pourtant, la mise en scène est exemplaire, et le premier quart d’heure, proche de la perfection. Après, vous pouvez aussi y aller juste pour regarder Jake Gyllenhaal boire des cafés avec l’intensité d’un t-rex figé dans un iceberg…