It Follows. Suis moi je te tue.

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Faut-il aller voir It Follows ?

Je déteste avoir peur. Et je ne comprends jamais les affiches qui vantent un film “terrifiant”, “terriblement angoissant” ou “traumatisant”. J’ai l’impression de voir un restaurant dont la devanture promet une expérience “dégueulasse”, “infâme” et “franchement insalubre”. Méfiance.

Avoir peur, ça me fait peur.

Et la peur c’est vraiment désagréable. Rien qu’en écrivant cela, j’entends des pas dans mes escaliers, des tic-tacs sur ma vitre et des craquement sous mon lit. Le vent murmure des trucs en grec. La vieille dame du deuxième tousse dans les tuyaux. Fait froid. J’ai faim. La peur c’est nul.

D’ailleurs, les films d’horreurs sont souvent mauvais, et faute de moyen, ils passent la plupart de leur temps à nous faire sursauter sur des sons de portes qui claquent et autres chats qui grincent. Jusqu’à l’arrivée de la violence. Alors, on se rend compte que le méchant, c’est juste un acteur has-been, maquillé à la pelle, avec une voix de chèvre malade et une grosse langue en 3D.

It Follows a compris tout ça. Ici, justement, la violence n’arrive pas. Ou plutôt, elle arrive… mais terriblement lentement, et jamais par surprise. Elle est lente. Elle est lourde. Mais quoi qu’il arrive, tu sais qu’elle est là. Et qu’elle s’approche.

C’est horrible.

Je ne suis pas de ceux qui gâchent les mauvaises surprises, alors je ne définirai pas ce It qui vous suit. Ce que je peux dire, c’est qu’il m’a suivi jusqu’à chez moi, puis en tournage et dans mes rêves.  Et pourtant, il ne se passe presque rien. Comme dans un film porno ou le garçon et la fille resteraient là, en petite tenue, à se regarder pendant deux heures en mordillant leurs doigts.

Et puis la violence arrive. Elle tambourine à ta porte, elle traverse ton jardin où elle casse ta vitre. Personne ne la voit, et pourtant elle est moche. Parfois, elle ramène le film à la frontière du cliché, mais bien souvent elle est terrorisante.

Et ta maman n’est plus là.

En Bref : Il ne faut pas aller voir It Follows. C’est beaucoup trop bien écrit, beaucoup trop bien mis en scène, beaucoup trop bien joué. C’est une histoire bien trop maline, bien trop efficace et filmée avec beaucoup trop de talent.

Non, vraiment. Ce film est trop flippant pour que je vous le conseille sans avertissement. Malgré la beauté un peu naïve des relations adolescentes qu’il dépeint, malgré l’optimisme bancal de la très jolie fin et malgré le fait qu’il sera peut-être dans mon top 10 de l’année. C’est l’angoisse.

Mais si t’aimes ça, tu vas pleurer de joie.

Espèce de malade.

The Conjuring. Le diable est dans le portail.

 

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Faut-il aller voir The Conjuring. Les dossiers Warren ?

C’est l’histoire d’un père absent et d’une famille fragile, qui s’installent à l’étage dans une maison qui craque. Tu veux jouer avec moi ?

J‘aime pas trop les films d’horreur. Je les trouve pas nuls, bien au contraire : ils me font peur. Et je n’ai toujours pas compris à quel moment quelqu’un a décidé que c’était un sentiment agréable. Quand l’électricité de ma cage d’escalier a sauté alors que je revenais de voir Rec, par exemple, c’était pas agréable. Passons, je frissonne.

The Conjuring réchauffe pour la soixante millième fois l’histoire du diable et de la maison hantée. Tout y passe : l’exorcisme en famille, l’allumette dans la cave, les enfants somnambules, la poupée bien flippante, les oiseau agressifs et une bonne vingtaine de portes qui claquent.

Ça marche : on se cache les yeux toutes les dix minutes, la méchante est dégueu et les violons appuient chaque effet. On sursaute à heure fixe, mais on n’est guère surpris. D’un bout à l’autre, le film exploite des poncifs tellement éculés qu’on hésite souvent entre le rire et la peur. Quand la mère tire la langue, ébouriffée comme une chèvre de Mururoa, on fronce un peu les sourcils. Les chaises montent au plafond, l’acteur principal hurle des passages de la bible en latin et Chucky revient pour la 40ème fois, mais ça fait longtemps qu’on se fend la poire.

Au fond, je ne sais pas trop si l’on doit juger les films d’horreurs comme des exercices de cinéma. Dans cette optique, ils sont rares à ne pas être profondément ridicules : la mise en scène est aussi artificielle que chez Marc Dorcel, des acteurs de seconde zone achèvent leurs carrières à coups de mimiques et tout le monde se fait tirer par les cheveux, à commencer par le scénario.

Finalement, c’est un peu comme une forme psychologique de Space Mountain. On y va entre potes pour pousser des cris et jouer les marmules, on dort de travers et on oublie le lendemain. De là à considérer ça comme un art…

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Conjuring. A moins de vouloir faire partir un hoquet récurrent, ou de vouer un culte à l’exorciste et ses 70 000 remakes. A l’exception d’un joli plan-séquence qui passe sous un canapé, il n’y a pas grand chose dans ce vaudeville de l’horreur où les portes et les armoires occupent le rôle principal.

A l’heure où des films comme Mon âme par toi guérie galèrent pour tenir en deuxième semaine, le choix n’est pas permis. Maintenant, si c’est votre truc…

The Secret. Biel murène.

Biel de Clown

Faut-il aller voir The Secret ?

Je suis en retard sur les critiques c’est terrible. Le film n’est même plus en salle. Je vais finir par faire de la recommendation de dvds. Ou peut-être même garçon de café. Dis-donc. LE FILM !

Dans une ville de merde peuplée par des cons, des enfants disparaissent.

Je ne peux pas en dire plus, car l’intérêt principal du film réside dans les rebonds multiples du scénario. Mais comme vous êtes bien gentils de venir me lire, je vous gâcherai pas la fin.

Mais du coup, on ne peut pas dire grand-chose : le film est  beau, admirablement filmé, décoré ou mis en lumière, il allie ce soin formel à une véritable intelligence dans la réalisation. Jusqu’au bout, le cinéaste belge nous manipule et joue avec tous les éléments à sa disposition pour faire exploser le carcan figé du thriller à l’américaine.

Mieux, le film se clôt sur une véritable question morale à laquelle il ne répond pas complètement. Certes, l’interrogation n’est ni d’une grande originalité ni d’une profondeur abyssale, mais à l’échelle du cinéma dont il s’inspire, The Secret fait office de conte philosophique.

Finalement, ma seule déception est d’avoir deviné la fin un peu tôt, mais à priori, c’est un coup de chance, car tout mes voisins avaient l’air surpris.

En Bref : Il faut aller voir The Secret. Derrière ses airs mille fois vus de thriller pop-corn, le film se paie le luxe d’être beau, intelligent, complexe, surprenant et à peine manichéen.

Comme si on mettait le cerveau de Cronenberg, dans la tête de Matt Damon : de l’art.

PS : Depuis hier, je cherche du boulot, alors si votre cousin cherche un journaliste, un caméraman ou un critique cinéma, dites-lui que je fais les trois pour le prix d’un.

Animal Kingdom. La peur des hommes.

Talkin' to me ?
Faut-il aller voir Animal Kingdom ?

Quand sa mère meurt d’une overdose, Joshua n’éteint pas la télé. Le jeune australien a le regard fixe et la tête vide. Sans toit, sans avenir, il se retrouve dans la famille de sa grand-mère où la vie est difficile, mais pas la gâchette. Braqueurs, dealers, meurtriers… ses quatre oncles sont en guerre contre la police. Quand les balles commencent à voler, la famille se rétrécit au fur et à mesure que la peur augmente.

Film indépendant australien, réalisé avec des inconnus et trois bouts de ficelles, Animal Kingdom se digère dans la douleur. Sourde et oppressante, la tension habite chaque plan. Loin du thriller à paillettes à l’américaine, le film est un anti-Scarface : dans la vraie vie les gangsters ne sont pas des mecs cools. Derrière les caïds à tatouages qui jouent du calibre dans des décapotables, il y a des hommes qui ont peur. Et au fond de lui, chaque truand sait qu’il finira en tôle, au mieux.

Intense et soignée, la mise en scène évite le glamour, sans pour autant devenir glauque. Sur une musique entêtante, la caméra sonde les angoisses des personnages sans jamais jouer la surenchère. Dans Animal Kingdom, les fusillades sont courtes et radicales, l’action surgit aussi brutalement qu’elle s’arrête, et pourtant, le film cloue au siège.

Première réalisation d’un jeune réalisateur issu du cinéma indépendant australien, le film est formellement parfait, mais il manque encore d’aspérités. Le fond de l’histoire est un peu classique et le héros est bien trop plat pour porter l’histoire. Heureusement, il est entouré par des seconds rôles excellents, du flic humaniste à la mère tentaculaire, en passant par le frère le plus cinglé, qui glace le sang à chacune de ses apparitions.

A coup sûr, on entendra parler d’eux.

En Bref : Il faut aller voir Animal Kingdom. Maîtrisé, intense et réaliste, ce portrait de famille ne réinvente pas le genre, mais il prend tranquillement sa place auprès des grands. Il manque un peu d’émotion dans cet univers froid et précis pour atteindre les sommets, mais il a suffit d’un film à David Michôd pour replacer l’Australie sur la carte du septième art.

Et quand on y pense, ça faisait un moment qu’on savait plus où c’était.