Polisse. Profession : démineurs.

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Faut-il aller voir Polisse ?

Dans le nord parisien, les flics de la Brigade de protection des mineurs (BPM) poursuivent les pédophiles, les fugueurs et les mères indignes, dans la dépression et la bonne humeur. Rageux, passionnés et profondément humains, ces hommes et femmes sont confrontés chaque jour à l’horreur. Leur moral est en berne, leurs familles sont en miettes, mais ils ne peuvent pas décrocher.

En cette morne année, la critique s’est enflammée pour quelques films qui ne valaient pas le coup. Alors j’étais méfiant, devant le nouveau long-métrage de Maïwenn : prix du jury à Cannes, succès critique, bande-annonce vendeuse et casting de stars… Ça sentait l’entourloupe pleine de pathos.

Pas de suspens : Polisse est une bombe atomique. Un film qui frappe à l’intérieur, qui fait rire et qui bouleverse. Un film dont on reparlera dans dix ans. Pour faire simple, c’est Polisse qui m’a redonné envie d’écrire des critiques.

En trente secondes, vous n’êtes plus au cinéma. Vous êtes dans les locaux de la BPM, au milieu de l’équipe. Réalistes et hilarants, les dialogues fusent dans tous les sens. Comme dans les meilleurs Tarantino, on passe de la violence la plus abjecte au fou rire communicatif. Dirigés de main de maître, les acteurs ne jouent pas, ils sont. Et malgré le florilège de stars qui traversent l’écran, on ne voit que des gens, des êtres humains, comme rarement au cinéma.

Joeystarr, Karin Viard, Marina Foïs. Tous les acteurs sont d’une puissance et d’une vérité terrassante. C’est la force de Maïewenn, montrer l’extraordinaire dans des personnages banals. Point fort, la scène où l’équipe va danser dans une boîte minable et à moitié vide. Classique, sans effets criards, mais d’une poésie troublante. Comme souvent dans Polisse on réfrène les larmes qui montent par des éclats de rire. Parce que même dans les bas-fonds de l’âme humaine, il reste toujours un peu de soleil.

Y’en a marre des lumières retravaillées, des décors en carton et de l’esbroufe. Y’en a marre des réalisateurs qui travaillent leurs plans comme des peintures et qui filment tout comme un clip. Maïwenn raconte la vraie vie comme un drame épique, comme si les frères Dardenne avaient acquis le sens de l’humour. Une bombe atomique, je vous dit.

En Bref : Il faut aller voir Polisse. Pour le jeu incroyable des acteurs, pour les dialogues ciselés, pour la danse de Joeystarr et pour savoir ce qui se passe dans notre pays, sans pathos ni angélisme.

Malgré ce panégyrique, le film a quelques défauts : trop long, il accumule un peu trop d’histoires, dont certaines peu utiles. Accessoire, le personnage de Maïwenn n’ajoute pas grand chose à la trame et l’histoire d’amour n’est pas très convaincante. Mais c’est pas grave : il y a tellement de cinéma dans Polisse, qu’on lui pardonne ses maladresses en un clin d’oeil.

Et sinon, ça me fait plaisir d’être de retour.

Sound of noise. Un métronome désir.

Faut-il aller voir Sound of noise ?

Si vous êtes branché et que vous avez moins de 30 ans, vous avez sûrement vu cette vidéo virale qui a fait le tour du net : six batteurs chelous rentrent dans une maison avec un métronome. Ils font de la musique dans chaque pièce, se servent des murs comme des balais à chiotte et foutent un bordel pas possible. Non content d’avoir créé le buzz avec leur concept, les six débilos ont décidé d’en faire un film d’1h42. Autant dire qu’ils sont suédois.

Depuis Royksopp et ses nappes groovy, en passant par la pop énergique de The whitest boy alive et la house nerveuse de Trentemoller, ça fait 10 ans que les meilleurs sons viennent d’outre-mer baltique. Cette fois, le concept casse-gueule est adapté au cinoche. Sans surprise, le script porte encore les marques du forceps : Amadeus Warnerbring est un flic musicophobe élevé dans une famille de mélomanes. Lorsqu’une bande de batteurs givrés utilise la ville comme un instrument géant, il dégaine ses boules quiès et se lance à leur poursuite.

A la surprise générale, le film n’est pas un énorme ratage. Techniquement impressionantes, les scènes de musique sont plutôt bien intégrées à l’histoire et on se surprend parfois à taper du pied. Malheureusement, la qualité musicale tend à baisser au fur et à mesure que Sound of noise gagne en cohérence scénaristique. C’est dommage, car le premier morceau (dans un hôpital) est démentiel, quand les autres sont beaucoup plus anecdotiques.

La réussite principale du film, c’est d’assumer son étrangeté sans jouer les pensum arty. Comme dans l’excellent Rubber, le spectacle proposé est fondamentalement différent sans pour autant être casse-burne. S’il y a un message, à la rigueur, c’est qu’il faut préférer la basse funk à la musique classique, ce que je ne saurais contredire. Au fond, Sound of noise est surtout une énorme blague, et elle fait souvent rire.

Malheureusement, après un beau départ, le concept s’essoufle assez rapidement. Bien écrit, le scénario tire un peu sur la corde pour boucler son histoire et la musique devient de plus en plus anecdotique. Grandiloquent, mais peu surprenant, le final fait un peu plouf en parodiant Fight Club avec maladresse. Merde, Suédois ou pas, on s’assoit pas sur la bible.

En bref : Il faut aller voir Sound of noise. Parce qu’on y rigole bien, parce que l’acteur principal ressemble à Jean Dujardin avec une calvitie et parce que c’est la seule enquête policière rythmique que vous verrez de votre vie. Il faudra un peu ouvrir vos chakras, pardonner quelques longueurs et une fin maladroite. Au moins, on ne pourra pas reprocher au film d’avoir joué la carte de la facilité : Fallait oser, et putain, fallait le faire !

En sortant, ceux qui ont fait un groupe miteux dans leurs années lycées se rapelleront de bons souvenirs en répétant cette vieille blague pourrave : “Comment appelle-t-on un mec qui traîne tout le temps avec des musiciens ?”

Réponse : “Un batteur !”