Youth. Les vieux dans les vieux.

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Faut-il aller voir Youth ?

J’aime tellement Sorrentino. Les premières minutes d’Il Divo et la note finale de La Grande Belleza sont imprimées au fond de ma rétine pour toujours. J’en oublie le reste, les lourdeurs, la longueur et l’énormité d’un cinéma dont la devise pourrait être “More is more”, si ce n’était pas déjà le nom d’une chanson affreuse.

Avant même d’aller voir ce dernier acte, j’avais prévu de l’aimer. Pour tout vous dire, j’avais déjà ma chute : “Les Cahiers et les Inrocks vomiront tout ce qu’ils peuvent, la vérité est simple comme une devise : tous ceux qui n’aiment Paolo Sorrentino sont des enculés”.

J’allais pas forcément la garder.

Mais en réalité, la réalité n’est jamais simple. Si c’était le cas, je serai en train de manger un tiramisu sur la Piazza Navona au coucher du soleil. Mais j’ai le dos coincé sur mon canapé et je commémore la fin du weekend avec vous.

Pour une fois, je ne vais pas jouer le suspens : Youth c’est nul à chier.

Parce que… Parce que tout. Parce qu’on a beau avoir tout le talent du monde pour accumuler les jolis cadres, les montages en musique et les travellings ambitieux, tout cela est vain sans scénario.

Et des bourgeois qui s’emmerdent en Suisse, c’est pas une histoire, Paolo, c’est le tennis français. Et c’est probablement le sujet le plus chiant de l’univers.

Et pourtant c’est ce qu’on nous raconte. Pipo et Bimbo font des blagues et des prouts au bord d’une piscine pendant cinq heures, en regardant passer les jolies filles, et en dissertant sur toutes celles qu’ils auraient aimés s’envoyer. C’est petit, plat, et saturé de clichés sur la peur de l’âge. Julia Leigh avait déjà tout dit sur le sujet dans Sleeping Beauty en plus simple, plus sombre et avec mille fois plus de force et d’originalité.

“Grand naïf, me dites-vous, que fallait-il espérer d’un film au titre aussi con ?” Du style ! Certainement, Sorrentino n’en manque pas, même s’il tourne complètement à vide. Dans son dernier tiers, Harvey Keitel -réalisateur sans inspiration, tiens donc !- pleure comme un veau devant les réincarnations des actrices de tous ses films qui se dandinent au milieu d’une prairie. De son côté, Michael Caine -compositeur acariâtre- fait beugler de la musique classique à un troupeau de vaches en agitant les doigts en l’air. Et Rachel Weisz ? Elle grimpe sur le dos d’un barbu, dans une salle d’escalade. Quelque part dans la montagne, un bonze s’élève au-dessus de son tapis.

Putain. Paolo…

Pour être sympa, je vais faire comme si j’avais oublié la scène où -en mal de provocation gratuite et d’images fortes- tu déguises Paul Dano en Hitler, juste pour le plaisir de… Je sais même pas en fait. Tu voulais dire quoi dans ton film ?

Que la vieillesse est un naufrage ? Merde. Si même toi tu déterres Charles…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Youth. C’est un gros cheese-cake fourré au melon, une suite d’images même pas vraiment belles où on ne croise pas la queue d’un propos, ni d’une histoire. “Tu l’as baisée Gilda Black ?”, demande Pippo à Bimbo. Et il s’en rappelle plus, parce qu’on s’en fout.

Au-delà de ça, il y a quand même quelques bons dialogues, une jolie fille à poil, deux ou trois bonnes vannes et un monologue génial de Rachel Weisz.

10 minutes. Sur 2 heures. C’est pas rentable.

Fidelio. Infidelio.

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Faut-il aller voir Fidelio, l’odyssée d’Alice ?

Alice aime la mer et son amoureux. Elle aime aussi les marins, même mariés, même moches, ou presque mineurs. Alice aime faire l’amour, amarrée ou en mer. Au point de se faire du mal et de se retrouver dans la merde.

Faut-il être fidèle dans son couple, où s’envoyer des marins ? Ou des pompiers ? Ou des inconnus qui nous ont souri ? La question a l’air bête, mais je parie que tu te l’es déjà posée. Surtout le jour où cette pom-pom girl t’a fait coucou, un jour que t’avais réussi un panier à trois points, dans ton rêve.

Parenthèse :

Selon Google Analytics, le blog est lu par une part quasi-égale d’hommes et de femmes (54-45, plus 1% d’animaux très agiles). Selon tes préférences, tu peux donc remplacer les marins par des pom-pom girls, des pilotes de chasse, des chasseurs alpins ou des loutres à deux têtes, si c’est ton truc. On est en 2015. Libérez-vous !

“Libérez-vous !” nous dit Alice. Et la réalisatrice approuve, parce qu’elle ne veut pas transformer son film en gigantesque leçon de morale. C’est léger, c’est frais, plutôt joli, un peu chiant. Mais Alice est belle, qu’elle en profite ! On la regarde faire du bateau, réparer des machines et se taper des machins. C’est cool.

“Comment peut-on faire pour n’avoir qu’un seul homme ?” se demande-t-elle dans les bras du capitaine.

“Coucou”, répond le capitaine, qui n’écoutait pas du tout, “On baise ?”

Alors ils recommencent. Parfois il faut réparer des trucs sur le bateau, il y a des Philippins qui font du karaoké, des mecs un peu chelous, le journal d’un mort et un marseillais avec les dents du bonheur. “Coucou” disent les mouettes. Mais le capitaine intervient : “On baise ?” Ah oui bon alors on re-baise. C’est bien quand même, ça fait du bien.

Et voilà.

Je sais bien que je n’ai pas répondu à la question du départ. Le film non plus. Parce qu’il fait tout pour éviter la pesante réponse morale, il choisit de ne pas donner de réponse du tout. Ou alors, le minimum : “On peut être en couple, et s’envoyer des marins. Mais il faut faire attention à ne pas se faire griller”.

J’ai des copains qui pensent pareil. Mais ils ne prennent pas 1h37 pour le dire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Fidelio, l’odyssée d’Alice. Et pourtant c’est sympa, plutôt frais, pas mal filmé et bien joué. On l’aime bien, cette Alice légère et forte, qui mange la vie par les deux bouts. On n’a même pas envie de lui dire de rentrer dans le rang. Ils sont jolis les marins, c’est pas grave tout ça… Mais ça ne fait pas un film.

Et à force de flotter, l’histoire finit quand même par faire du sur-place. On se demande un peu si le capitaine sait où il nous emmène, à part dans la cabine d’Alice, en slip kangourou. Et comme disait Jacques Attali dans Les Anges de la Télé-réalité :

“Pour qui ignore vers quel port il navigue, nul vent n’est jamais favorable.

On baise ?”

Party Girl. Strip-Tease.

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Faut-il aller voir Party Girl ?

Normalement le contexte du film on s’en fout. Mais là non. Parce qu’à une exception près, tous les personnages jouent leurs propres rôles, celui d’une famille de Forbach rassemblée autour d’Angélique. Leur mère, fumeuse compulsive de clopes et accessoirement danseuse de cabaret. L’un des trois réalisateurs du film est aussi le fils d’Angélique.

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu’on serait vite tenté d’accuser le réalisateur de misérabilisme ou de tomber dans l’ethnographie malsaine du bobo qui filme des pauvres pour se donner bonne conscience et faire du “cinéma social” pour pas cher. Non. Le mec filme sa mère, sa famille et sa ville. Sans enlaidir, sans magnifier.

Et que filme-t-il ? Angélique donc. Pas vraiment marquise, pas très angélique non plus. Angélique est une chieuse. Un peu égoïste, un peu taciturne, pas très aimable, agressive quand elle est bourrée et un petit peu perdue. Elle s’apprête à se marier avec un ancien client et elle tremble à l’idée de s’essayer au sexe non-tarifé. L’ex-danseuse réunit ses enfants et ils fument des clopes.

Et puis voilà.

Même si certains personnages sont émouvants, d’autres un peu drôles et la plus jeune très touchante, on se demande parfois ce qu’on fait là. Chacun jouant son vrai rôle, on a un peu l’impression de regarder une vidéo de mariage très bien cadrée, ou un épisode de Strip-Tease un peu gênant.

Et on a pas vraiment envie d’être là. Parce qu’aucun personnage n’est vraiment attachant, parce que l’histoire crapahute un peu sans jamais prendre de hauteur et parce qu’à l’exception d’une formidable scène de ballons dirigeables, tout cela est quand même assez moche.

Et mine de rien, mon top 10 de l’année a beaucoup de mal à se remplir et ça commence à m’inquiéter. Je vais quand même pas mettre deux fois Dolan dedans ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Party Girl. Parce que les réalisateurs ont beau être sincères dans leur propos, leur film manque de chaleur, de souffle et de beaucoup d’espoir. On est dans le dur, dans le glacial, dans le triste. Et ils nous envoient ça en septembre, aux deux tiers d’une année d’hécatombe cinématographique, et à côté d’une palme d’or grisonnante.

Fais chier les mecs ! Moi je veux des licornes qui galopent au ralenti, des oiseaux qui font de la playstation et des couleurs saturées ! Pas le mariage raté d’une vieille call-girl.

Et en disant ça, je suis pas fier tu sais.

Ida. Sax, mensonges et idéaux.

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Faut-il aller voir Ida ?

Avant de prendre la décision de passer sa vie sous une coiffe, pour y rêver de faire l’amour avec Jésus, il faut se poser les bonnes questions : est-ce qu’on est juive ? Si oui, est-ce que c’est pas grave ? Est-ce que les autres chrétiens sont gentils ? Est-ce que l’alcool rend heureux ? Et surtout, est-ce qu’on ne ferait pas mieux de quitter les ordres pour dégrafer notre corsage et nous envoyer ce joli saxophoniste ?

C’est l’histoire d’une nonne vierge et d’une juge alcoco (mélange d’alcoolisme et de communisme à la mode en Pologne dans les années 60). Elles se promènent dans la campagne, à la recherche d’elles savent pas trop quoi. Des tombes de leurs familles, mais aussi du sens de la vie, de la justice divine, d’un bon verre de vodka et de la valeur des sacrifices.

1h15 de religion à la polonaise dans un carré noir et blanc, il y avait de quoi saliver. On imaginait déjà les longs silences pesants, les monologues verbeux et les oppositions très fines entre faucille et chapelet, chapelle et parti, coiffe et faux-cils.

Youpi.

Dés le départ, la première chose qui frappe, c’est qu’au moins, ça sera joli. Le chef op a beau laisser beaucoup de rien au-dessus des visages pour se la raconter, il maîtrise diablement bien sa caméra. Sans déborder de créativité, les images donnent l’impression de regarder vivre une expo de Doisneau. A choisir, c’est toujours mieux que des Picasso qui bougent.

Quant au fond, il est beaucoup moins bavard et caricatural que l’on pouvait le craindre. Silencieuse, calme et réfléchie, Ida brille de présence et d’intelligence. Face à elle, sa tante tente de vivre en se cognant dans tous les coins de la vie. Les même coins qu’Ida évite, en fuyant le monde réel.

Et le réalisateur s’arrête là dans le discours. Pas de plaidoyer anticlérical, ni de prosélytisme à grelots. Seulement deux femmes, leurs passés, leurs choix et les limites de ces derniers. Lors de la plus belle scène du film, le joli saxophoniste drague timidement la pré-nonne, qui se contente de rougir avant de détacher ses cheveux devant une glace. C’est rien. Et pourtant c’est tout. En tout cas c’est sublime.

Tellement que l’on est un peu déçu, lorsque le réalisateur croit bon de terminer son film par un retournement de situation artificiel. Le message repasse, alors qu’on l’avait déjà bien compris :

“La vie : c’est compliqué”

En Bref : Il faut aller voir Ida. C’est un joli film, sobrement mis en scène et très joliment interprété, qui pose la question du sens de la vie, dans un monde où Manuel Valls n’est pas encore premier ministre.

Et dans ce mois de misère cinématographique, c’est une parenthèse enchantée qu’il serait criminel de rater. Après, vous pourrez toujours m’accuser de perdre mon objectivité, lorsqu’il s’agit de juger une petite polonaise aux reflets roux.

Nymphomaniac : volume 2. Sado-miso.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac : volume 2 ?

Joe est de retour. Elle se tapait des mecs dans le train, elle pompait des pères de famille, elle brisait des couples. C’était cool. Mais Joe a pris vingt ans dans la gueule, pas mal de baffes et quelques coups de ceintures. Son mari s’appelle Jérôme, son fils s’appelle Marcel. Le traquenard.

A la fin du premier épisode, j’étais content. Mais au fond de moi, je savais bien que je m’étais envoyé le pain blanc comme un glouton. Il reste le rassis, le fond de tiroir, celui qu’est dur, sec et moisi, que tu gardes pour les dimanches de grande fringale.

Comme tout violeur qui se respecte, Lars Von Trier a commencé par nous faire croire qu’il était sympa. Mais on aurait du se méfier des lunettes bizarres. Loin de la gaudriole ludique et lubrique du premier, Nymphomaniac 2 nous inflige tout : les coups de fouets, les fesses qui saignent, l’orgasme de la petite fille et puis, allez, si personne ne se pisse dessus, c’est pas un vrai film d’auteur non ?

Mais c’est pas ça le pire. Le pire c’est le reste.

Dans le premier épisode, un personnage de vieux philosophe manquait souvent ses répliques en nous ramonant sur les techniques de pêche, la philosophie moléculaire et la biblitude de la bible. C’était bizarre, un peu chiant, mais décalé et malin. Là c’est relou, automatique et au bout de quatre heures, le gimmick est à peine supportable.

Mais c’est pas encore ça le pire.

Le pire c’est lorsque l’on prend conscience que ce vieux philosophe est là pour nous représenter, avec sa naïveté bonhomme de spectateur inculte. Face à nous, Charlotte Gainsbourg représente Lars Von Trier, venu pour nous ouvrir les yeux. Persuadé d’être un penseur brillant, le réal réac aligne des sophismes de plus en plus fumeux et idiots sur la démocratie hypocrite, la solitude des pédophiles et le pouvoir du sexe.

C’est lourd comme une dissertation de quatrième, parfois très con et souvent abject. Quand le réalisateur danois nous explique qu’il préfère dire “négro” au lieu de “noir”, parce que ce n’est pas démocratique d’interdire les mots, on a plus vraiment envie de l’écouter déblatérer.

Certaines de ses réflexions tiennent debout, mais elles n’ont plus rien à voir avec le film, qui s’égare dans des obscures péripéties d’extorsion de fond bisexuelles. Et Lars parle, parle, parle… et on a l’impression d’être bloqué en bout de table avec Michel, le vieil oncle frontiste, qui vomit des théories nauséabondes sur le canard à l’orange de grand-mère.

Mais casse-toi Michel ! Qu’est-ce que j’en ai à branler de tes théories politiques ?

Moi j’étais venu pour voir du cinoche.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Nymphomaniac : volume 2. C’est hideux, vain et d’une prétention sans borne. Oubliant son scénario et son propos initial, Lars Von Trier met ses couilles sur le nez du spectateur en tentant de le convaincre qu’il lui file des lunettes.

Mais non Lars, t’es pas assez génial pour nous balancer tes point de vue de punk à chien pendant cinq heures sans nous emmerder. Et c’est con, parce que lorsque tu te rappelles que tu réalises un film, tu mets en scène comme personne.

D’ailleurs, ce découpage en volume me donne une idée : si on découpait tous les films de génies auto-proclamés en deux, le premier épisode serait peut-être hyper cool non ? En tout cas, ça marche pour Sorrentino, PTA et peut-être même Scorsese. A méditer…

Nymphomaniac Volume 1. Nympho en continu.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac Volume 1 ?

C’est l’histoire d’une fille qui baise tout ce qui bouge en attendant de faire l’amour.

J’aime pas beaucoup Lars Von Trier. La provoc’, parfois nauséabonde, les relents de misogynie, le dogme… Surtout que tout ce décorum ne donne pas que des chefs d’oeuvres : Dogville et son concept prétentieux, Dancer in the dark et sa tirade tire-larme ou Le Direktor et ses bonnes idées creuses.

C’est pas mauvais, parfois intelligent, mais loin d’être aussi brillant que, par exemple, un lustre. C’est brouillon, pas toujours bien filmé et souvent trop long.

J’étais pas hyper enthousiaste à l’idée de voir ce mec filmer de la fesse en y rajoutant de la métaphysique pour les nuls. Et de fait, il y a quelques moments un peu cons, dans la première partie de Nymphomaniac, au premier rang desquelles se trouve une explication boiteuse de la différence entre antisionisme et antismétisme, (hyper bienvenue de la part d’un mec qui fait des vannes douteuses sur Hitler).

Plus douloureuse, une scène en noir et blanc aligne les métaphores sur les feuilles, la paternité, le sexe et le caca. C’est assez laid, guère intéressant et écrasé sous une symbolique assez lourde.

Alors quoi ? Nanard ?

Pas du tout ! A l’exception des moments sus-cités, Nymphomaniac est une perle de coco. Chaque plan cache une idée, chaque idée cache une vanne et quelques unes d’entre elles ne sont pas dépourvues d’intelligence.

Loin du pensum auteuriste, Von Trier donne l’image d’un cinéaste qui fait des films pour se marrer. Le sexe se mélange à la pêche à la mouche, aux calculs quantiques et aux suites de Bach dans une multiplication de procédés délirants.

C’est pas toujours brillant, mais c’est cool, souvent drôle, ludique, et loin d’être idiot.

Fable morale, sans être donneuse de leçons, l’histoire raconte simplement les peines d’une fille qui cherche l’amour. Plus compatissant qu’agressif, Lars Von Trier jette son personnage dans la boue, pour mieux le sauver ensuite. En attendant, le volume deux, le jugement est suspendu, mais pour l’instant, j’ai presque l’impression que le mec est humain.

Comme quoi…

En Bref : Il faut aller voir Nymphomaniac Volume 1. C’est malin, c’est puissant et moral, sans être moraliste. En gros c’est le film que voulait faire François Ozon en ratant Jeune et jolie.

Et par ailleurs, il y a une fin puissante et l’un des meilleurs démarrages de film que j’ai vu depuis un an, une musique radicale et une scène de couple avec Uma Thurman qui sera peut-être assez culte dans dix ans.

J’aimerais dire “vivement la suite”, mais en vérité, je flippe…

Le loup de Wall-Street. Re-Loup.

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Faut-il aller voir Le loup de Wall Street ?

C’est l’histoire de l’Amérique. Au milieu, il y a un tas d’argent. Assis dessus, il y a Jordan Belfort. Escroc égoïste, junkie allumé et pervers narcissique, Jordan Belfort est surtout milliardaire, charismatique et malin. Est-ce que c’est bien ?

Non c’est pas bien, répond Martin Scorsese. Jordan Belfort est un personnage hideux, qui caricature les pires travers de l’Amérique et de l’homme en général : une obsession pour le fric comme un but en soi, une volonté farouche de baiser les autres, et accessoirement, les femmes de ses potes. Bref, derrière son costume à 3000 dollars, Jordan Belfort est un voyou comme les autres.

D’ailleurs ce n’est pas un hasard, si après 50 films sur les gangsters, Scorsese se met à filmer les financiers. A se demander s’il y voit une différence d’ailleurs, tant il semble faire le même film à chaque fois. Et comme d’habitude, il stylise, il ralenti, il musicalise et il romantise des minables. A se demander, justement s’il n’est pas un peu trop fasciné par leur vie pour y apporter un regard critique.

Très bien. Le dernier truc qu’on avait envie de voir, c’est un film moraliste sur les vilains traders. A la place Scorsese tente de raconter, non sans l’envier, la vie d’un homme qui accède à tous ses désirs. La question pourrait être intéressante : peut-on être heureux en faisant tout ce qu’on a envie de faire ? Le bonheur est-il la somme des plaisirs ?

Faute d’y répondre, l’autre New-Yorkais à lunette orchestre un véritable déluge visuel et sonore, ponctué de scènes cultes (Matthew MacConaughey, au somment de son art), de dialogues fantastiques (le cours de marketing de Jordan, associé à un mime explicite) et de scènes franchement insupportables (le reste). Plus rare, Martin va même jusqu’à sortir les violons lors d’un énième discours de Léo, qui fait plus que friser le ridicule (volontairement ? j’espère).

Et puis voilà.

Dans ce grand bordel, le propos se perd en route. Il ne reste que du brouhaha. Et au bout de trois heures de coke et de putes qui tournent en boucle, on finit par se demander si le projectionniste endormi, n’a pas laissé la bobine refaire un tour.

Dommage, avec une heure de moins, c’était le meilleur film de Scorsese.

En Bref : Il faut aller voir Le loup de Wall Street. C’est un rouleau compresseur de cinoche, qui avance à vue, dans le bruit et la fureur. Complaisant, sans doute, un peu vain sûrement, mais à 71 ans, Martin Scorsese parvient tout de même à faire entrer deux ou trois scènes dans l’histoire du cinéma.

Un jour, ça serait quand même bien qu’il réussisse un film en entier.

 

Jeune et jolie. Tapin perdu.

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Faut-il aller voir Jeune et Jolie ?

Contrairement à son prénom, Isabelle a 17 ans. Comme tous les ados de son âge, elle flotte quelque part entre le Beaucoup et le Rien. Entre le Jeune et le Jolie. Entre le Sexe et le Pognon aussi. Mais surtout au milieu.

En 2011, une jeune fille se tapait déjà des vieux dans des chambres d’hôtels. C’était sombre, érotique, dégueulasse, dérangeant. Il faut croire que le fantasme est récurrent. D’ailleurs, dans les films d’Ozon, il y a souvent trente ans d’écart entre les gens qui baisent, en vrai ou en rêve. Très bien.

Avant le cul, l’amour ou son absence, Jeune et Jolie parle de l’adolescence. Mais comme les ados, Jeune et Jolie ne parle pas beaucoup et n’explique rien. Ça tombe bien. C’est l’écueil de tous les films sur la jeunesse : tomber dans l’analyse, évoquer la cause des conséquences, la psychologie à deux balles et les mythes grecs à la con.

Si on oublie (on essaie, mais c’est dur) sa sortie cannoise un peu bête sur les fantasmes féminins, François Ozon évite presque entièrement le piège de l’analyse. Allez, c’est un film français, alors on se tape un petit psy lénifiant, des discussions parentales mais globalement le scénario évite de donner des réponses.

L’autre écueil, c’est de faire l’inverse : ne rien dire en prenant des poses. Ozon se noie dedans les pieds devant. Soucieux de ne pas imposer sa vision, il en oublie complètement d’avoir un point de vue. Isabelle prend le métro, Isabelle regarde un porno, Isabelle fait du baby-sitting et on finit franchement par se demander quand est-ce que la jeune fille va se rendre au zoo, à la ferme et au cirque, pour voir si elle va enfin perdre son air blasé.

Faute de mieux, le réalisateur fait du symbolisme lourdingue : quand Isabelle fait l’amour pour la première fois, son double la regarde, pour bien que l’on comprenne qu’elle est hors d’elle même. Sur le Pont des arts, elle refuse de le faire le premier soir. Et Françoise Hardy revient à trois reprises nous chanter les sous-titres.

Après une suite d’évènements assez insignifiants, on pige que le cinéaste a monté cette grande pantalonnade racoleuse pour nous dire un seul truc : les ados sont mal dans leur peau.

Ouais Fanch. Et les pommes c’est sucré. Tu devrais peut-être faire un film pour nous l’expliquer.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Jeune et Jolie. Le film ne sait pas choisir entre dire et se taire, entre la comédie et la noirceur, entre le fromage ou le dessert. Et en définitive, on s’emmerde un peu devant cette histoire sans âme et son héroïne qui tire la gueule.

Quant aux amateurs d’adjectifs ronflants qui ont osé écrire que le film était “sulfureux”, ça doit faire longtemps qu’ils ont pas respiré de souffre.

Jeune et Jolie, c’est bandant comme un 15 août à Palavas-les-Flots.

Les salauds. Le vieil homme et la mort.

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Faut-il aller voir Les Salauds ?

Marco est tranquilou, au soleil sur son bateau quand sa sœur l’appelle. “Mon mari s’est suicidé, on a retrouvé ma fille à poil dans la rue avec les cuisses ensanglantées, l’entreprise familiale est en faillite, et tout ça c’est la faute d’un vieux riche intouchable. Il faut que tu rentres pour tout régler !”

La morale, c’est qu’il ne faut pas toujours décrocher son téléphone.

Parce que sinon, je ne vois pas bien ce que veut nous dire Claire Denis. Un film n’a pas forcément besoin de message pour être bon, mais jusque dans son titre, celui-ci semble vouloir nous hurler quelque chose. Mais quoi ? Que y’en a, dans la vie, c’est vraiment des gros dégueulasse ? Ben oui Clarinette, mais calme-toi voyons ! On ne comprend rien à ce que tu racontes.

Au départ c’est pas grave. On est paumés, bercés dans un ambiance malsaine et mystérieuse, où les indices s’amoncellent pour former une histoire. Si on est attentif, on finit par comprendre et on s’accroche. La caméra louvoie entre les portes, la musique s’enroule autour de nos gorges et tous les acteurs, même les rôles les plus anecdotiques, sont dirigés à la perfection.

C’est joli, sombre, malsain, mais pas bavard et très bien mis en scène. On retrouve le talent de la réalisatrice de White Material, qui n’a pas son pareil pour dire beaucoup de choses en quatre plans muets.

Et puis le troisième tiers commence. Le scénario stagne, on nous raconte des histoires de bateaux, de RER et d’assurance-vie. Miossec collectionne les vieilles voitures. Coucou Miossec !  On s’ennuie. Et en attendant, Claire Denis se complait dans l’abjection de ses personnages.

Et puis la fin tombe. Et après nous avoir enveloppés de mystère pendant toute la première partie, la réalisatrice prend le soin de souligner sa conclusion au fluo. Après une scène de meurtre à peine digne d’un court-métrage étudiant, elle conclut sur des images dégueulasses et inutiles ou l’utilisation de la poupée de maïs sort tout à fait de son contexte.

Dans notre oreille, la réalisatrice s’époumone “Ah les salauds !”, pendant qu’on regarde son film se faire hara-kiri.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les Salauds. Même si c’est joliment filmé, parfaitement interprété et pas mal écrit au début. Antipathique et complaisant le film se perd dans un moralisme un peu malhonnête.

Bah oui Claire, c’est trop facile de prendre un air outragé pour dénoncer l’horreur d’une histoire que tu as écrite toi-même…

L’inconnu du lac. Le lac des pines.

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Faut-il aller voir L’inconnu du lac ?

C’est l’histoire d’une bande de mecs qui baisent dans les bois. Entre deux roulades dans les épines, ils glandent sous les pins, et dorment sur la plage, les couilles à l’air. Dans ces plans-culs planqués, on trouve aussi des hommes assez naïf pour tomber amoureux. Mais la plupart du temps, ils finissent par crever.

J’ai tellement débattu de ce film que je ne sais plus trop ce que j’en pense. Au départ, j’allais juste le voir pour faire la nique aux curés et leurs manifs. Il y avait aussi ce prix de la mise en scène au festival Un certain regard, la belle réputation du réalisateur et la mi-molle de la presse intello. Voyons-voir.

Calibré pour être intimiste et vu par personne, le film se retrouve donc au centre des débats, aidé par une réputation sulfureuse, quelques pipes en gros plan et une éjac face-cam dont on débat plus que du reste.

Tellement de ramdam en fait, qu’on oublierait presque le film. Un huis-clos théâtral, qui joue sur la répétition et le minimalisme pour aborder la grande question de l’amour fou. C’est le propos du réalisateur : “L’amour c’est très fort, même quand c’est pas vraiment de l’amour”.

Un peu court, mais moins con que ça en a l’air : le héros, gentil naïf qui veut juste dîner et dormir avec ceux qu’il aime, reflète probablement quelque chose sur la solitude de l’homme moderne. Il y a pas mal de bonnes petites vannes et aux deux tiers, un personnage de flic montre aussi que le réalisateur a du recul sur son sujet.

A part ça, on s’emmerde quand même pas mal. L’ultra-réalisme des scènes de sexe est affadi par des couchers de soleil ringards, la mise en scène regorge d’artifices convenus et le final achève de souligner l’absence d’effort dans la réalisation.

“Michel ? Michel ? Michel ?”

C’est la dernière phrase du film, et on ne peut pas dire que son propos aille beaucoup plus loin.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’inconnu du lac. C’est assez vain, plutôt moche et jamais vraiment crédible.

Dommage, parce qu’il y a quand même quelques jolis plans et une plongée dans un univers assez inédit au cinoche. On peut aussi saluer une forme de courage, dans la volonté de mettre tous les acteurs à poil, sans pour autant réaliser un porno-gay.

De là à y voir “un palimpseste tour à tour comique et grandiose, la trace d’une épopée flibustière”, faut vraiment bosser pour Libé.