Nymphomaniac Volume 1. Nympho en continu.

chapter_2_photo_by_Christian_Geisnaes

Faut-il aller voir Nymphomaniac Volume 1 ?

C’est l’histoire d’une fille qui baise tout ce qui bouge en attendant de faire l’amour.

J’aime pas beaucoup Lars Von Trier. La provoc’, parfois nauséabonde, les relents de misogynie, le dogme… Surtout que tout ce décorum ne donne pas que des chefs d’oeuvres : Dogville et son concept prétentieux, Dancer in the dark et sa tirade tire-larme ou Le Direktor et ses bonnes idées creuses.

C’est pas mauvais, parfois intelligent, mais loin d’être aussi brillant que, par exemple, un lustre. C’est brouillon, pas toujours bien filmé et souvent trop long.

J’étais pas hyper enthousiaste à l’idée de voir ce mec filmer de la fesse en y rajoutant de la métaphysique pour les nuls. Et de fait, il y a quelques moments un peu cons, dans la première partie de Nymphomaniac, au premier rang desquelles se trouve une explication boiteuse de la différence entre antisionisme et antismétisme, (hyper bienvenue de la part d’un mec qui fait des vannes douteuses sur Hitler).

Plus douloureuse, une scène en noir et blanc aligne les métaphores sur les feuilles, la paternité, le sexe et le caca. C’est assez laid, guère intéressant et écrasé sous une symbolique assez lourde.

Alors quoi ? Nanard ?

Pas du tout ! A l’exception des moments sus-cités, Nymphomaniac est une perle de coco. Chaque plan cache une idée, chaque idée cache une vanne et quelques unes d’entre elles ne sont pas dépourvues d’intelligence.

Loin du pensum auteuriste, Von Trier donne l’image d’un cinéaste qui fait des films pour se marrer. Le sexe se mélange à la pêche à la mouche, aux calculs quantiques et aux suites de Bach dans une multiplication de procédés délirants.

C’est pas toujours brillant, mais c’est cool, souvent drôle, ludique, et loin d’être idiot.

Fable morale, sans être donneuse de leçons, l’histoire raconte simplement les peines d’une fille qui cherche l’amour. Plus compatissant qu’agressif, Lars Von Trier jette son personnage dans la boue, pour mieux le sauver ensuite. En attendant, le volume deux, le jugement est suspendu, mais pour l’instant, j’ai presque l’impression que le mec est humain.

Comme quoi…

En Bref : Il faut aller voir Nymphomaniac Volume 1. C’est malin, c’est puissant et moral, sans être moraliste. En gros c’est le film que voulait faire François Ozon en ratant Jeune et jolie.

Et par ailleurs, il y a une fin puissante et l’un des meilleurs démarrages de film que j’ai vu depuis un an, une musique radicale et une scène de couple avec Uma Thurman qui sera peut-être assez culte dans dix ans.

J’aimerais dire “vivement la suite”, mais en vérité, je flippe…

Au-delà des collines. Trop bonne, trop nonne.

Faut-il aller voir Au-delà des Collines ?

L’image crypto-lesbienne au-dessus et les mots-clefs en dessous sont ce que j’ai trouvé de mieux pour vous attirer. Mais soyons francs d’entrée, pour ne pas tromper le lecteur :

C’est l’histoire d’un couvent orthodoxe sur une montagne en Roumanie. Le film est en VO, il dure deux heures trente. Il a gagné le prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario à Cannes.

Voilà. Nous ne sommes probablement plus que trois (Bonjour maman ! Bonjour papa ! Tiens, bonjour Tonton, c’est sympa d’être resté auss… ah bah non paf il est parti. Vaut mieux en même temps, les religions vont encore se faire dézinguer par ici).

Donc oui. On s’emmerde un peu dans Au-delà des collines. Les évènements se répètent dans une boucle oppressante en accélérant jusqu’au troublant dénouement. Le message, lui-aussi, est asséné au marteau-pilon : “Il faut vraiment être con pour croire en Dieu”.

Ma famille étant partagée entre un troupeau de fidèles et une horde de hussards, je suis perplexe. Certes la bêtise profonde des bigots du film donne envie de taper le pope, mais on ne peut s’empêcher de trouver le tout furieusement réducteur, et aussi manichéen que la Bible ou le Coran.

Malgré tout, il y a de la vérité dans cette histoire inspirée d’un fait-divers glauque. Et bien souvent, le réalisateur réussit à nous faire enrager devant ces nonnes chez qui la foi se substitue directement à la raison et l’intelligence. Le “malin” qu’elles semblent voir partout, pourrait aussi s’appeler la liberté, et en l’occurence, celle d’aimer.

En ces temps de débat acharnés, où une partie de la France est décidée à se mobiliser pour empêcher une minorité d’avoir les mêmes droits qu’eux, le film apporte un point de vue explosif et rageur sur les dogmes et leurs brebis.

Mais deux heures trente pour apprendre que les intégristes sont des andouilles, c’était pas forcément nécessaire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au-delà des collines. Le message du film est percutant et salutaire, mais asséné trop lourdement pour toucher. Dommage, car les plans-séquences sont très bien construits, malgré l’austérité générale.

Aux athés intégristes qui me lisent, je n’ai pas perdu mon esprit critique, mais j’ai bien connu une nonne. Et elle était très loin d’être conne.