Les poings contre les murs. Papa est en voyage de fer.

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Faut-il aller voir Les poings contre les murs ?

Eric est un meurtrier socioopathe, ultra-violent et complètement barge. A tel point qu’il quitte rapidement la deuxième division de la prison pour mineurs et se retrouve chez les vrais cramés, dans un quartier de haute-sécurité. Heureusement, il peut enfin y retrouver son père, un meurtrier sociopathe, ultra-violent et complètement barge.

Si Sigmund Freud avait été scénariste, il n’aurait sans doute pas écrit ce film. Mais il l’aurait probablement trouvé “Sehr sehr interessant !” Sans déborder de finesse dans son analyse, le film tente de réfléchir sur l’héritage de la violence, les relations père-fils et le coup de la savonnette. C’est pas idiot. Certainement moins que la deuxième saison de Prison Break en tout cas.

Mais ce n’est pas le coeur du film. Et d’ailleurs, on se demande s’il en a un. Car l’histoire est glaciale comme une nuit avec Michèle Alliot-Marie. On avait quitté David MacKenzie en pleine love-story apocalyptique, c’était joli, croquinou, un poil trop cheesy même. Entre temps, David a dû se faire larguer.

Dés les premières minutes, Les poings contre les murs est bestial. Complètement siphonné, le héros est tellement violent qu’on sursaute quand il cligne de l’oeil, terrorisés à l’idée qu’il puisse sortir de l’écran pour nous déglinguer. C’est peut-être ça, le coeur du film : la violence.

Hypnotisant, le jeune acteur déploie une énergie tellement folle que tout le casting en résonne. En sa présence, chaque discussion vire au carnage, chaque manche cache un couteau et chaque sourire peut mordre à tout moment. Cette tension de tout instant, d’une noirceur effrayante, justifie à elle-seule d’aller voir le film.

Mais au-delà de cet uppercut abdominal, il semblerait que le scénariste n’ait pas grand chose d’autre à nous dire. Ça tombe bien, on n’entend plus rien.

En bref : Il faut aller voir Les poings contre les murs, malgré la traduction minable de son titre. Il ne faut pas y aller pour la justesse de ses dialogues, l’inventivité de sa mise en scène ou la profondeur de son scénario, il faut y aller pour en prendre plein la gueule.

Comme une version hardcore carcérale de La Zizanie, où les romains auraient des tatouages, le crâne rasé et une forte envie de mordre Astérix dans les sesterces.

Suzanne. Usée.

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Faut-il aller voir Suzanne ?

Suzanne fait des conneries. Elle saute des repas, puis des inconnus, et puis des barrières de police. Et à chaque fois, elle retombe sur les épaules de sa petite soeur et sous le regard désespéré de son père.

C’était au cinéma l’année dernière, alors je vais pas jouer le suspens. Comme l’a dit la critique et à peu près tout le monde, Suzanne est un film qui a tout pour plaire. L’actrice principale et ses partenaires sont justes d’un bout à l’autre, la réalisation est racée, la musique est belle et la lumière est douce.

Jeune espoir de la réal française, Katell Quillévéré n’est pas seulement bretonne, mais également très talentueuse et pleine de finesse. Son film parvient à survoler chaque lourdeur, chaque leçon de morale et chaque crise de larme sans trébucher. Tout est dans l’ellipse, dans l’immédiat et le non-dit.

Au milieu de son épopée, la réalisatrice atteint même quelques moments de grâce : un baiser sous un pont, d’autres, en plan très large et puis une mère un peu paumée qui marche à côté de son fils.

Chef d’oeuvre alors ? Lampions ?

Non. Parce que dans cet océan de légèreté, on manque peut-être d’un peu de terre pour s’accrocher, un peu d’humain, d’émotion même. Parce que la petite Suzanne commence par nous émouvoir, mais finit franchement par nous saouler. On ne sait pas bien où elle va et finalement, si le film fait l’éloge de sa liberté ou la dénonciation de son égoïsme.

“Les deux”, nous répondra sans doute Katell. Oui mais voilà, il faut trancher Katell. Parce qu’on ne fait pas de chefs d’oeuvre sans prendre parti. “M’en fous, rétorque Katell, j’ai fait Ciné Sup à Nantes et toi t’as pas été pris”.

T’es dure Katell.

En Bref :

Il faut aller voir Suzanne. Parce que c’est beau, intelligent et libre. Mais il manque une étincelle pour que l’histoire de cette jeune fille nous bouleverse. Sans doute parce que le personnage manque un peu trop d’humanité pour qu’on s’y attache.

Mais à coup sûr, il faut garder Katell Quillévéré à l’oeil. Comme tout le reste du casting d’ailleurs.