La crème de la crème. Polos et prolos.

Crème

Faut-il aller voir La crème de la crème ?

Dans les couloirs d’HEC, des hommes en slip glissent sur du savon.

J’ai essayé cinquante fois d’écrire autre chose, mais rien ne vient. Pourtant il y a un pitch, mais il est tellement con qu’il me glisse des mains. Parce qu’il est mauvais, certes, mais surtout parce qu’il n’est jamais crédible. En gros, c’est l’histoire de trois étudiants qui montent un réseau de prostitution à HEC.

Et ça cloche dés le départ, quand l’héroïne va tenter de convaincre une vendeuse de se taper son pote pour 40 euros. C’est pourtant la théorie qui sert de ciment au film : il suffit d’agiter un billet devant n’importe quelle vendeuse de Séphora pour la convaincre de se foutre à poil. Ou pour le dire plus simplement : chaque fille pauvre est une pute potentielle.

Bigre.

Pour muscler le discours, les scénaristes appuient leur démonstration sur des théories vaguement économiques. “Le marché est asymétrique”, “les investisseurs sont rationnels” et “toute chose égale par ailleurs”, nous récitent les personnages. Au loin, la bêtise du propos galope à fière allure. “EN FAIT c’est parce qu’ils sont le reflet d’un enseignement ultra-libéral où tout se vend” nous suggèrent discrètement les scénaristes, avec la finesse d’un troupeau de kangourous jouant au basket sur une cymbale.

En somme, le film condense toute l’intelligence de Kourtrajmé, le collectif le plus surestimé du cinéma français, dont le réalisateur, Kim Chapiron est l’icône (son camarade Romain Gavras dirige la deuxième équipe, malgré l’absence de cocktail molotov dans le film). Après avoir fait exploser des roux pour dénoncer la violence, voilà qu’ils tentent de dénoncer les riches en prenant les pauvres pour des cons.

“Les pauvres” justement. Lorsque le film se rend chez eux, le papa amorphe regarde la télé en marcel dans une cuisine en formica, pendant que les enfants boivent du jus d’orange dans des verres à moutarde. Image d’Epinal. Mais comment en serait-il autrement ? Malgré leurs faux-airs de punks rebelles, les réalisateurs de Kourtrajmé resteront toujours les “fils de” du cinéma français.

Alors quoi ? Le pire film de l’année ?

Non. Parce qu’il y a de la réalité, dans la description de la bêtise étudiante, parce qu’il y a de la puissance au fond des yeux de l’actrice principale, et parce que, malgré des dialogues dignes d’un soap de la TNT, il y a quand même du coeur, dans les histoires d’amours foireuses de ces mômes, qui jouent les cyniques par peur de tomber amoureux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La crème de la crème. C’est bête, réac, misogyne et radical comme un clip de Beyoncé. Lors d’un slow dansé sur Carla Bruni, le film cesse d’être chiant, pour devenir ridicule.

Mais au-delà de son pitch, La crème de la crème réussit tout de même à raconter une jolie histoire d’amour, qui n’aurait pas fait pâle figure eu milieu d’une saison de Plus belle la vie.

Metro Manila. Le con voyeur.

Metro Manila

Faut-il aller voir Metro Manila ?

Si Sean Ellis lit ce blog, je tiens à lui dire que j’ai beaucoup de respect pour lui. Son premier film était trop long, un peu vain et pas tout à fait réussi, mais il y avait tellement d’idées de cinoche à l’intérieur que je m’en rappelle encore aujourd’hui. A ce moment là, beaucoup de jeunes réalisateurs auraient pu se reposer sur leurs lauriers en réalisant des pubs et des bluettes de merde sur la crise des trentenaires.

Mais Sean ne mange pas de ce pain là. Le réalisateur anglais a pris son 5D sur l’épaule, une équipe de 15 personnes, répartie dans deux vans, et il est parti aux Philippines tourner à l’arrache une histoire de braquage avec un casting local. Bravo Sean Ellis. Juste pour ton courage, chapeau.

Malheureusement, dans la précipitation, Sean n’a pas pris le temps d’écrire un scénario. Il a juste vaguement recopié la trame de base d’une cinquantaine de thrillers :

Oscar fuit la campagne avec sa famille pour aller chercher bonheur dans la grande ville. Après s’être fait arnaquer de partout, il se retrouve dans un bidonville avec sa fille malade qui pleure, pendant que sa femme danse en pleurant dans des bars à hôtesses. “Mais qu’allons nous devenir Oscar, mi amor ?” pleure-t-elle. Oscar ne sait pas, parce qu’il pleure en buvant de l’alcool, pendant que sa femme gigote sur les genoux d’un vilain touriste américain. “On pourrait aussi vendre ta fille de 10 ans” ricane la méchante mère maquerelle, pendant qu’Oscar vomit contre un mur.

Soudain, on lui offre une proposition sensiblement illégale mais potentiellement enrichissante qui pourrait tous les sortir de là. Mais que va-t-il faire ? Que va-t-il choisir ? L’honnêteté ou la survie des siens ? By jove, le suspense est insoutenable !

Évidemment, tout cela peine vraiment à nous réveiller, d’autant que ce thriller hyper-convenu surfe sur une stylisation de la misère un peu dégoulinante où le pathos sert de fil directeur. C’est dommage, car on ne sait pas trop où c’est, les Philippines, et encore moins ce qu’il s’y passe. Vraiment dommage : pour une fois qu’un réalisateur sort de son petit milieu pour aller tourner dans un endroit radicalement différent, il faut qu’il y importe les recettes ultra-réchauffées du cinéma américain.

Alors respect Sean. T’es un bon, tout ça, t’as du cran. Mais je crois que t’as encore raté ton film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Metro Manila. C’est pas mal joué, plutôt bien filmé et tourné avec courage dans un contexte original. Malheureusement, toutes ces jolies qualités ne permettent pas de faire oublier le regard complaisant qui accompagne la descente aux enfers des héros.

Surtout, ces belles intentions ne suffisent pas pour donner de la pêche à une histoire cousue de fils blancs, qui s’oublie au fur et à mesure qu’on la regarde.

Only God Forgives. Pas de taille.

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Faut-il aller voir Only God Forgives ?

Attention, je vais peut-être légèrement spoiler dans cette critique. Si tant est que l’on puisse parler de spoil dans un scénario sans surprise. En revanche, je compte bien gâcher le film à ceux qui l’ont aimé.

Hihi.

J’ai menti dans le paragraphe précédent : j’ai dit “scénario”. Il fallait comprendre “mes couilles”. L’histoire d’Only God Forgives tient sur un petit post-it : “Toutes les femmes sont des putes, dans lesquelles les hommes cherchent une mère, la violence c’est délire, mets ton doigt dans ma bouche”.

Tout ça n’empêche pas un journal qui pense de voir une “distance documentaire” dans “un film labyrinthique terriblement intelligent” avant de conclure que Gosling est “le plus grand acteur de tous les temps de la galaxie du monde”, ce qui prouve qu’on peut bosser pour Libération en ayant un QI inférieur à son âge.

En fait, comme l’insupportable Drive, ce film divise les cinéphiles en deux catégories : ceux qui pensent que le cinéma est une association entre de la musique et des couleurs, et les autres. Les amateurs d’histoires, de propos ou d’émotions quelconques font partie des autres.

Film vide donc, mais joli film. Les lumières sont stylées, les plans sont symétriques et il arrive même que cet esthétisme confère une forme de poésie à l’ensemble. Si tant est que l’on puisse en trouver dans le meurtre et la prostitution des mineures.

De la poésie, nos amis les critiques en ont trouvé aussi dans la dialectique mollement freudienne du dernier tiers, où l’on voit Gosling découper le ventre de sa mère pour y plonger la main. Il est vrai qu’elle vient de décréter qu’il avait une “plus petite bite” que son frère.

Je crois que c’est à peu près à ce moment là que mon cerveau s’est éteint.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Only God Forgives. C’est très con, très vain, très rien. Ça fera bander les chef op, les hipsters et les nostalgiques des Khmers rouges.

Mais si vous pensez que c’est du cinéma, passez plutôt votre soirée devant les clips d’MTV. Il y a plus de propos dans les phases de La Fouine que dans les films de Refn.

En ce qui concerne l’intelligence, ça se vaut.