A la merveille. Ben afflige.

A la merveille

Faut-il aller voir A la merveille ?

Je n’y fais pas exception, mais les critiques cinéma, quand même, c’est un peu des hypocrites. Après Tree of life, ils sautaient sur place devant le génie de l’avant dernière Palme d’Or. Un an plus tard, une grande partie de ceux qui le portaient aux nues crachent sur le nouveau Malick comme des crevards, Télérama, Libé, les Inrocks et les Cahiers en tête.

“Et alors ?” Me direz-vous. “On peut réussir un film, et rater le suivant.”

“Mes couilles”, vous répondrai-je. A la merveille recense tout ce qu’on a vu dans le cinéma de Malick depuis le début : des jolis plans qui flottent, des oiseaux dans le ciel, des tortues sous l’eau, une absence de dialogue et des voix off relou. A croire que tout le monde vient de s’en rendre compte.

Mais pour une fois, ils ont une excuse : Malick est mystérieux. Il réalise tous les 6 ans et il est invisible partout. Forcément, face à des films un peu éthérés et planants, mais aussi un peu beaux et chiants, (mettons à part la fabuleuse Ligne Rouge, qui est sur mon étagère dvd des meilleurs films du monde) tout le monde se posait la question classique : soit ce mec est un génie absolu, soit il est complètement con.

Et alors ?

Au fur et à mesure que sa carrière avance, on se rend compte que Malick utilise un peu la technique de mon pote Antoine pour serrer des meufs : parler peu et bizarrement pour jouer le mec chelou, alors qu’au fond, il n’a pas grand chose de révolutionnaire à dire.

Et c’est le cas. Les personnages d’A la merveille marchent en rond dans des cadres superbes comme les danseurs d’une oeuvre d’art contemporaine, le chef op semble avoir pour mission d’interrompre les plans dés qu’un oiseau traverse le ciel et tous les dialogues sont couverts par du vent et des voix off.

Ces dernières, toujours omniprésentes, sont particulièrement teubés. Les héros se demandent “où on est quand on n’est pas là” et remercient “l’amour de nous aimer. Toujours.” sur des interminables séries de beauty shots où le soleil semble être perpétuellement en train de se coucher.

C’est vrai, parfois, on flirte avec la poésie, et les images sont superbes. Mais au fond, on s’emmerde et on se rend cruellement compte que l’homme que l’on prenait pour un génie n’a pas grand chose à dire, et une vision un peu niaise des femmes sautillantes et des hommes silencieux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir A la merveille. C’est très joli, mais vain, long, vide et à la limite du ridicule, voir même derrière.

Comme si Terrence Malick avait décidé de caricaturer son propre style. On dirait presque les blagues des inconnus sur le cinéma français. Mais ça au moins c’était plié en deux minutes.

Passion. Where is Brian ?

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Faut-il aller voir Passion ?

Mais qu’est-ce qu’ils ont en ce moment ? Je veux bien que ça soit la crise, tout ça, mais normalement, c’est quand on a la dalle qu’on devient créatif non ? Depuis un an, c’est le festival des titres au premier degré : AmourHitchcockLincoln et maintenant Passion. Avec un peu de chance, on aura bientôt Désir, Jalousie, Cuisine, Fourchette, Jardinage et Polochon.

C’est nul ! Imaginez la gueule d’American Beauty, si ça c’était appelé Crise conjugale. Merde quoi, faut se creuser un peu les mecs. D’autant qu’après avoir réalisé Pulsions, Obsession, Outrages et Furie, Brian de Palma n’a plus d’excuses. Bon.

C’est l’histoire d’une agence de com’ assez moche à Berlin, où il y a de la jalousie, du désir et de l’ambition. Un peu comme partout, sauf que d’habitude on les filme pas.

Que dire…

D’un bout à l’autre, Passion manque autant de finesse que son titre 15 tonnes. Comme dans un mauvais film érotique de quand on était petits sur M6, les personnages se croisent en papillonnant des paupières, respirent fort en touchant des matières et appuient leurs regards en faisant la moue pour nous signifier subtilement LE DÉSIRRRRR.

Et le désir, mes moineaux, il y en a partout. Quand Noomi Rapace regarde par la fenêtre, elle caresse son bureau face à la sensualité des nuages, quand Rachel téléphone, elle se tortille de luxure dans un porte-jartelle monop’ et la palme du stupre revient à Paul Anderson, qui ne prononce pas une phrase dans le film sans que des farandoles de bites ne se trémoussent dans son regard.

C’est débile.

Au milieu de ça, un scénario pas hyper malin tente de nous démontrer que les trahisons sont traîtres, que le désir est désirable et que la drogue drogue, dans une suite de rebondissement mous du genoux, qui servent uniquement de prétexte au jeu de regards orchestré par le réalisateur. Au final, le thriller est pas mal ficelé, mais il n’intéresse personne, puisque les spectateurs sont trop occupés à regarder les acteurs s’enterrer sous les jolis couleurs du directeur de la photo.

On commence à flipper, quand Brian passe la seconde. Après le sexe, il décide de montrer la défonce. De pataud, il devient lourd. Le chef op filme de travers en éclairant avec des rayures bleues pour bien qu’on a compris que c’est le malaise. Le réal use et abuse des sursaut, des réveils, des rêves et des variation sur l’ensemble de son oeuvre.

On est vénère. Vanné. On sort lessivé, avec l’impression d’être resté une heure et demie dans un cagibi avec un mec qui se paluche devant un portrait de lui-même.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Passion. C’est moche, kitsch, classique et vain. C’est mal joué, mal filmé, pas très bien écrit, et peuplé de réflexions affligeantes sur le désir, la vie de bureau et la guerre Apple/Samsung (oui oui).

Bien-sûr, tout cela n’empêche pas la critique de se pâmer. Mais si vous trouvez ce blog trop beauf, vous pouvez toujours faire comme l’Huma et chanter les louanges de ce “filmage ondoyant mettant en valeur les appas de ces héroïnes complexes et attirantes qui se sadisent mutuellement”.

Moi j’vais lire une bd.

Morning Glory. McAdams Cow-Boy.

Ou mais dis donc elles sont moches ces couleurs !

Faut-il aller voir Morning Glory ?

Becky Fuller est une connasse en tailleur. Mariée à son travail et à son Blackberry, elle ne vit que pour le rendement, l’audimat et les billets verts. Fatalement, elle a pas de potes, pas de talent et pas de mec. Lorsqu’elle perd son travail, elle se rend à New-York pour devenir rédactrice en chef d’une émission matinale de merde. Pas de chance, le présentateur est un dinosaure, qui a décidé de faire du journalisme.

“A la télé, il y a les news et le divertissement. Il y a longtemps que la deuxième catégorie a gagné”, affirme Rachel McAdams dans une scène. Tout est là. Un peu avant, la héroïne tente de recruter Harrison Ford pour présenter la matinale, mais son producteur l’en dissuade : “Avec lui tu n’auras que des informations sur les cyclones, les guerriers pachtounes d’Afghanistan et la crise du micro-crédit“. Oh non alors.

Working-girl horripilante, Rachel McAdams passe son film à combattre ce journaliste dinosaure qui a gagné le prix Pulitzer et parcouru le monde dans tous les sens. Pour remonter la chaîne, elle envoie ses reporters faire du train fantôme, des tatouages sur les fesses et des fêtes de la choucroute en live. Concrètement, elle transforme Le Monde en The Sun, ça marche, et on est censés trouver ça génial.

Seule opposition à l’enthousiasme ambiant, Harrison Ford campe un vieux con caricatural qui préfère dénoncer la corruption du gouverneur local quand on lui demande d’interviewer un rabbin transexuel déguisé en tortue. Heureusement, A LA FIN, c’est McAdams qui l’emporte et Indiana Jones se résout enfin à ranger sa tenue de grand reporter pour préparer une émission culinaire. YOU-FUCKING-PI !

Et puis merde, les cadrages sont dégueulasses, les couleurs sont affreuses et les acteurs jouent mal. Tout est laid, jusque dans les sentiments de la héroïne, qui tombe amoureuse d’un mec parce qu’il a fait Yale et qu’il était dans l’équipe de rameurs. Et les voilà partis pour des scènes d’amour soft à l’américaine sur des violons sirupeux dégoulinants. BORDEL Qui se dévoue pour dire à Hollywood qu’ils nous pondent les mêmes bouses depuis 20 ans ? Qu’on en a marre du rêve américain auquel plus personne ne croit ? 

Moi ce genre de films, ça me donne envie de devenir Taliban.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Morning Glory. Même si le film m’a arraché quelques demi-sourires. Le fond est trop pourri, la forme est trop convenue. Voir ça après Pina, c‘est sortir de chez Bocuse pour manger des cailloux.

Désolé d’avoir dit la fin.