Ida. Sax, mensonges et idéaux.

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Faut-il aller voir Ida ?

Avant de prendre la décision de passer sa vie sous une coiffe, pour y rêver de faire l’amour avec Jésus, il faut se poser les bonnes questions : est-ce qu’on est juive ? Si oui, est-ce que c’est pas grave ? Est-ce que les autres chrétiens sont gentils ? Est-ce que l’alcool rend heureux ? Et surtout, est-ce qu’on ne ferait pas mieux de quitter les ordres pour dégrafer notre corsage et nous envoyer ce joli saxophoniste ?

C’est l’histoire d’une nonne vierge et d’une juge alcoco (mélange d’alcoolisme et de communisme à la mode en Pologne dans les années 60). Elles se promènent dans la campagne, à la recherche d’elles savent pas trop quoi. Des tombes de leurs familles, mais aussi du sens de la vie, de la justice divine, d’un bon verre de vodka et de la valeur des sacrifices.

1h15 de religion à la polonaise dans un carré noir et blanc, il y avait de quoi saliver. On imaginait déjà les longs silences pesants, les monologues verbeux et les oppositions très fines entre faucille et chapelet, chapelle et parti, coiffe et faux-cils.

Youpi.

Dés le départ, la première chose qui frappe, c’est qu’au moins, ça sera joli. Le chef op a beau laisser beaucoup de rien au-dessus des visages pour se la raconter, il maîtrise diablement bien sa caméra. Sans déborder de créativité, les images donnent l’impression de regarder vivre une expo de Doisneau. A choisir, c’est toujours mieux que des Picasso qui bougent.

Quant au fond, il est beaucoup moins bavard et caricatural que l’on pouvait le craindre. Silencieuse, calme et réfléchie, Ida brille de présence et d’intelligence. Face à elle, sa tante tente de vivre en se cognant dans tous les coins de la vie. Les même coins qu’Ida évite, en fuyant le monde réel.

Et le réalisateur s’arrête là dans le discours. Pas de plaidoyer anticlérical, ni de prosélytisme à grelots. Seulement deux femmes, leurs passés, leurs choix et les limites de ces derniers. Lors de la plus belle scène du film, le joli saxophoniste drague timidement la pré-nonne, qui se contente de rougir avant de détacher ses cheveux devant une glace. C’est rien. Et pourtant c’est tout. En tout cas c’est sublime.

Tellement que l’on est un peu déçu, lorsque le réalisateur croit bon de terminer son film par un retournement de situation artificiel. Le message repasse, alors qu’on l’avait déjà bien compris :

“La vie : c’est compliqué”

En Bref : Il faut aller voir Ida. C’est un joli film, sobrement mis en scène et très joliment interprété, qui pose la question du sens de la vie, dans un monde où Manuel Valls n’est pas encore premier ministre.

Et dans ce mois de misère cinématographique, c’est une parenthèse enchantée qu’il serait criminel de rater. Après, vous pourrez toujours m’accuser de perdre mon objectivité, lorsqu’il s’agit de juger une petite polonaise aux reflets roux.

Au-delà des collines. Trop bonne, trop nonne.

Faut-il aller voir Au-delà des Collines ?

L’image crypto-lesbienne au-dessus et les mots-clefs en dessous sont ce que j’ai trouvé de mieux pour vous attirer. Mais soyons francs d’entrée, pour ne pas tromper le lecteur :

C’est l’histoire d’un couvent orthodoxe sur une montagne en Roumanie. Le film est en VO, il dure deux heures trente. Il a gagné le prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario à Cannes.

Voilà. Nous ne sommes probablement plus que trois (Bonjour maman ! Bonjour papa ! Tiens, bonjour Tonton, c’est sympa d’être resté auss… ah bah non paf il est parti. Vaut mieux en même temps, les religions vont encore se faire dézinguer par ici).

Donc oui. On s’emmerde un peu dans Au-delà des collines. Les évènements se répètent dans une boucle oppressante en accélérant jusqu’au troublant dénouement. Le message, lui-aussi, est asséné au marteau-pilon : “Il faut vraiment être con pour croire en Dieu”.

Ma famille étant partagée entre un troupeau de fidèles et une horde de hussards, je suis perplexe. Certes la bêtise profonde des bigots du film donne envie de taper le pope, mais on ne peut s’empêcher de trouver le tout furieusement réducteur, et aussi manichéen que la Bible ou le Coran.

Malgré tout, il y a de la vérité dans cette histoire inspirée d’un fait-divers glauque. Et bien souvent, le réalisateur réussit à nous faire enrager devant ces nonnes chez qui la foi se substitue directement à la raison et l’intelligence. Le “malin” qu’elles semblent voir partout, pourrait aussi s’appeler la liberté, et en l’occurence, celle d’aimer.

En ces temps de débat acharnés, où une partie de la France est décidée à se mobiliser pour empêcher une minorité d’avoir les mêmes droits qu’eux, le film apporte un point de vue explosif et rageur sur les dogmes et leurs brebis.

Mais deux heures trente pour apprendre que les intégristes sont des andouilles, c’était pas forcément nécessaire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au-delà des collines. Le message du film est percutant et salutaire, mais asséné trop lourdement pour toucher. Dommage, car les plans-séquences sont très bien construits, malgré l’austérité générale.

Aux athés intégristes qui me lisent, je n’ai pas perdu mon esprit critique, mais j’ai bien connu une nonne. Et elle était très loin d’être conne.