Gaz de France. Dandy manchot.

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Faut-il aller voir Gaz de France ?

C’est l’histoire du président, qui est un con. Il dit n’importe quoi. Et après tout pourquoi pas ? Chauffe-eau. Singe. Philatélie. Politique.

L’absurde se sépare en trois catégories :

1. L’absurde non maîtrisé, qui ambitionne de faire rire, mais n’en a pas les moyens (e.g. “Je mange des caleçons dans du miel, ahah”) Pour le reconnaître : facile, il est rarement assumé par son auteur, qui se croit obligé de le compléter d’un “Je dis n’importe quoi !” qui achève de niquer l’ambiance pourrie, de cette soirée de merde, où t’aurais jamais dû aller, de toute façon, parce que y’a que des cons.

2. L’absurde maitrisé, qui ambitionne de faire rire et y parvient (e.g. “C’est un merveilleux violoniste amateur, bien qu’il ne sache pas lire la musique et ne sache jouer qu’une seule note” ou à peu près n’importe quel autre extrait des bouquins de Woody Allen). Pour le reconnaître : facile, il te fait pleurer de rire pendant que ton voisin se demande “c’est quoi la blague ?”. Ou l’inverse.

3. L’absurde revendiqué, qui n’ambitionne pas de faire rire et encore moins de faire la vaisselle (e.g. “Oui… heu… Oui… Oui oui… heu…”) Pour le reconnaître : facile, il porte une petite moustache. C’est Benoit Forgeard.

Et pourtant, le réalisateur branché maîtrise l’absurde comme personne. Et lorsqu’il veut être drôle, votre estomac passe un sale quart d’heure. Dans son premier long-métrage, il racontait n’importe quoi pendant une heure et demie, gravée pour toujours dans mon cerveau comme un grand monument de what the fuck.

A l’époque, le Règne s’extasiait et pondait ça : “Loin de nous assommer avec une métaphysique à la con, Benoît Forgeard semble n’avoir qu’un but : surprendre le spectateur et le faire marrer.”

Mais Forgeard à forgé. Il est devenu forgecon. Désormais, il tente de nous débiner une réflexion moisie sur le storytelling en politique, l’instinct de survie en bunker et l’étrange passion des vieux pour le savon. C’est mou, lent, prétentieux et dandy à crever. Bon acteur, au phrasé si fascinant, Forgeard décide de se donner le rôle d’un muet, oubliant au passage de diriger certains dialogues auxquels personne ne croit, à commencer par les acteurs.

De temps en temps, le réalisateur arrête de prendre la pose, pour faire des vraies vannes. Souvent, elles sont noyées par un rythme à contre-temps et l’interprétation fantômatique de Philippe Katerine. Mais à deux ou trois reprises, on rigole de bon coeur, et ça fait du bien.

Mais le reste du temps, qu’est-ce qu’on s’emmerde…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gaz de France. C’est creux, pas très beau et beaucoup trop occupé à se regarder dans le miroir de sa propre originalité pour s’abaisser à faire rire le spectateur ou à lui raconter une histoire.

Dommage, car les talents multiples de Benoît Forgeard ne font aucun doute. Au dernier tiers, une admirable scène de discours à deux voix monte très haut au-dessus du niveau de la mer.

On crierait au génie. En espérant le réveiller.

 

Microbe et Gasoil. Ados, essence.

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Faut-il aller voir Microbe et Gasoil ?

On a tous été amoureux d’une fille avec un appareil dentaire. C’est bien la preuve que l’amour est aveugle. On a tous été moches au collège. On s’est tous demandés si ça durerait toute la vie. On s’est tous ennuyés sur les bancs de l’école en rêvant de partir sur la route après avoir cassé la gueule au sale con.

Et pourquoi c’était toujours le sale con qui plaisait aux filles d’ailleurs ? Hein les filles ? Pourquoi vous étiez toutes amoureuses de Kevin ? Nous on n’avait peut-être des boutons, mais au moins on ne mettait pas de gel. De toute façon, aujourd’hui, il plaît plus à grand monde, Kevin. Et nous… C’est moins pire qu’avant.

Mon psychologue est en vacances au Sri-Lanka, je me permets donc d’utiliser vos capacités d’écoute.

L’adolescence n’est pas seulement l’âge bête. C’est aussi l’âge triste, l’âge rêveur, l’âge ambitieux, romantique, apeuré, prétentieux, pathétique et amoureux. L’âge où on apprend le contraste dans les émotions. Celui où on apprend à doser l’équilibre entre la pédale d’accélération et l’embrayage, et où on n’y arrive jamais. Alors on cale, on fait des bonds, on tressaute et, tant bien que mal, on avance.

Après l’enfance naïve (La science des rêves), l’adolescence boutonneuse (Be Kind Rewind, l’horrible Green Hornet) et le sentimentalisme maladroit (The We and the I) et hystérique (L’écume des jours) on dirait que Michel Gondry à terminé sa mue. Enfant, puis ado, le voici adulte.

“Eternel enfant” écrit pourtant la presse, et il le répète lui-même. Mais non. Parce qu’il faut avoir grandi, il faut s’être apaisé, pour porter un tel regard sur l’enfance. Car si ses deux héros sont parfois pathétiques, égocentriques ou ridicules, Gondry les regarde avec une telle tendresse qu’ils deviennent fascinants, courageux et, finalement… héroïques.

Inventif, sans les trucages en toc dont le clippeur abuse régulièrement, émouvant sans être niais, et tissé de dialogues nerveux et souvent très drôles, le film ne vous rappellera pas seulement avec émotion votre adolescence de loser, il vous fera croire qu’elle était cool.

Alors que c’est pas vrai (j’ai des photos).

En Bref : Il faut aller voir Microbe et Gasoil. On n’avait pas vu Gondry à un tel niveau depuis La Science des Rêves. Intime, mélancolique et très bien écrit, le scénario est formidablement bien servi par deux acteurs encore débutants mais hypers-prometteurs.

Léger, le film ne dépasse pas son statut de glace au melon estivale. Mais d’abord, on n’aime beaucoup les glaces au melon sur ce blog, et puis c’est toujours mieux que la cocaïne.

Hein Michel ?

Des gens qui s’embrassent. Famille je vous haime.

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Faut-il aller voir Des gens qui s’embrassent ?

C’est deux familles. Les premiers sont des juifs qui mangent du porc, font du yacht sur la côte, claquent plein d’argent et en gagnent encore plus. Les deuxièmes sont des juifs qui mangent du pastrami, vivent modestement et jouent du violoncelle dans des orchestres plus ou moins philarmoniques.

Le premier point commun de ces deux familles, c’est qu’elles détestent la famille d’en face. Le deuxième, c’est qu’elles partagent le même grand-père. La surprise en revanche, c’est que les cons ne sont pas forcément du côté où on les imagine.

Difficile de classer le film de Danièle Thompson dans une catégorie : film choral et ambitieux, Des gens qui s’embrassent parle d’amour, de frères, de judaïsme et de deuil, mais d’abord de famille, et à travers elles, des oppositions radicales entre les gens qui s’embrassent mais qui ne pourront jamais s’entendre.

La grande force du scénario, c’est de jouer avec des clichés, sans tomber dans la caricature. Lorsque les deux frères, si opposés, s’engueulent, on est bien incapable de choisir son camp. L’orthodoxe hardcore est aussi un oncle affectueux et intelligent, mais le nouveau riche flambeur est bien plus généreux et drôle.

On peut trouver le tout un peu naïf, pour peu qu’on déteste sa propre famille, mais au final, on ne peut qu’aimer un film qui aime autant ses personnages. Ces derniers sont inégaux : Merad et Elmosnino sont impeccables, de Lâage est magnétique mais Boublil est fade quand Bellucci galère pour ne pas être aussi caricaturale que son rôle.

On s’en fout, on sourit beaucoup, on rigole à plusieurs reprises et on s’émeut devant la grande capacité du film à passer du vaudeville marrant à quelque chose de plus profond et grave.

Et puis il y a la très belle histoire d’amour, qui m’a fait des gouzis. Mais j’ose pas en parler, je vais encore passer pour un mec fleur bleue.

Alors que j’suis un bonhomme.

En Bref : Il faut aller voir Des gens qui s’embrassent. Parce que je tape trop sur les films français pour ne pas défendre ceux qui sont bons. Fine, mordante, ryhtmée et bien écrite, cette comédie dépasse les limites de son genre pour dire des trucs intelligents, sans jamais juger ses personnages.

Maintenant, si vous êtes pas d’accord, c’est peut-être parce que la production ne vous a pas offert une bouteille d’eau lors d’une avant-première so VIP. Dans ce cas-là, vous pourrez toujours dit que j’ai rejoint la liste interminable des blogueurs corrompus.

Queen of Montreuil. Le Phoque des potos.

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Faut-il aller voir Queen of Montreuil ?

On dirait pas comme ça, mais le titre a du sens un peu.

C’est une fille. Son mari est dans une cruche. Il est mort. Alors elle invite des islandais chez elle qui invitent aussi un phoque, qui montent en haut des grues, qui portent des fausses moustaches et qui skypent avec la Jamaïque. Morale : les islandais, c’est n’importe quoi.

On dirait pas comme ça, mais l’humour absurde c’est difficile. Par exemple : Desproges c’est drôle, alors que Nicolas Bedos c’est un con.

C’est une question de finesse. On ne peut pas se contenter de raconter n’importe quoi pour faire marrer les salles, il faut raconter n’importe quoi dans le bon sens. Et surtout, au fond du non-sense, il en faut un, discret, presque invisible et pourtant caché.

C’est le cas de Queen of Montreuil, petit film barré, fauché et assez défoncé qui parle du deuil, des potes et des Islandais. Après un démarrage qui flaire bon le truc auteuriste relou, le film prend de la hauteur en haut d’une grue. Une Islandaise fume des pétards et parle franglais avec l’incroyable Samir Guesmi. Le ton est léger, les accents sont pourris et on commence à rire.

Ça n’arrête pas. progressivement, le film part en couille, accumulant les personnages pathétiques et les situations bizarres jusqu’à culminer dans une scène de salle de bain qui s’inscrit d’emblée dans l’histoire du port’ nawak. J’ai tellement rit que j’avais l’impression d’être pote avec mon voisin de droite, alors qu’à tout les coups, il était de droite.

C’est tout.

Evidemment, tout cela ne plane pas à quatre mille, certaines scènes sont un peu cheapos et la caméra ne fait pas de miracle. Mais franchement, on s’en fout : en une heure et demie, Queen of Montreuil m’a offert l’expérience de cinéma la plus drôle, la plus originale et la plus fraîche que j’ai vue cette année.

Et a beau être en mars, j’en ai déjà vu pas mal.

En Bref : Il faut aller voir Queen of Montreuil. Parce que ça se la raconte pas, c’est simple percutant et, parce que certaines répliques renverront les victimes de douleurs costales aux urgences.

Surtout, pour la première fois au cinéma, le potentiel humoristique de l’otarie est mis au jour. C’est quand même autre chose que les lol-cats pourris que t’as passé la journée à mater en scred au lieu de bosser.

7 psychopathes. Les 7 mecs vénères.

Faut-il aller voir 7 Psychopathes ?

C’est l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées, mais un titre : 7 Psychopathes. Il décide d’écrire l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées mais un titre : 7 Psychopathes.

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup m’interroger sur l’infini en fixant le bonhomme sur les paquets de chips à l’Ancienne ou les boucles d’oreilles de la Vache qui rit. Depuis la nuit des temps (enfin vers 11h) les mises en abyme sont à la fois une source inépuisable de rigolade, et un procédé qui devient rapidement casse-gueule quand on fait le malin avec. Tout dépend de l’habileté du réalisateur.

Quand il est doué, ça donne Scary Movie : “C’est drôle, on se croirait dans un film” “Mais c’est un film chérie, regarde y’a le réalisateur, la scripte, les machinos…”. Mais parfois, ça donne aussi Mais qui a re-tué Pamela Rose ? : “Il est vraiment naze, ce scénario”, et c’est pas drôle, parce que c’est vrai.

Mais derrière sa gueule de pub pour Gilette, Martin McDonagh, le réalisateur et scénariste de 7 Psychopathes n’est pas un tocard : il a déjà démontré une maîtrise de l’humour absurde (rarissime au pays du premier degré) excellente dans Bons baisers de Bruges. Et ça se ressent dés le début du film : les dialogues sont fins, suspendus, un peu stupides et très drôles. Le montage est pêchu et les clichés sont malmenés.

Pendant que Colin Farrel s’occupe d’être plat et de rendre le film bankable, l’excellent Sam Rockwell et le mythique Christopher Walken s’attachent à le rendre attachant. Au bout d’une heure de flingues et de truands, le scénariste déclare qu’il en a marre de la violence et qu’il aimerait que ses personnages partent discuter dans le désert sans duel final. Et c’est ce qu’ils font.

Malheureusement, il ne va pas jusqu’au bout de son délire. Après une moitié en roue libre, il finit par reprendre la route du film classique pour livrer une fin un peu bancale, usant et abusant du procédé de l’abyme, au risque de se répéter. Surtout, il prouve qu’il a écrit le début sans savoir où il allait.

Mais à l’époque du film bande-annonce où n’importe quel long-métrage doit tenir dans un pitch de 3 minutes, ça fait vraiment plaisir d’être paumé.

En Bref : Il faut aller voir 7 Psychopathes. Malgré sa promo bâclée, qui le fait ressembler à un énième film de beaufs avec des flingues, malgré son déroulement bordélique et malgré un final pas hyper réussit.

Il faut y aller si vous en avez marre de voir toujours les même films venir d’Hollywood, si vous aimez l’audace, les blagues sans chute et si vous préférez la discussion qui le précède au meurtre en lui-même.

Camille Redouble. All you need is Lvove.

Faut-il aller voir Camille Redouble ?

Après m’être tapé 5 fois la bande-annonce, j’avais une conviction profonde : ce film est une merde. Une comédie franchouillarde nostalgique à deux balles ou les acteurs français les plus récurents de l’hexagone dansent avec des mitaines et cabotinent d’interminables répliques dans des plans mal composés.

Mais comme il est dit dans mon manifeste, on ne peut pas détester a priori. Donc on y va, même à reculons.

Et c’est vrai : les cadres sont rarement inventifs, les dialogues sont nombreux et on retrouve à peu près tous les acteurs français de renom sauf Gérard Depardieu nous en garde. Et pourtant, Camille Redouble n’entre pas dans la catégorie bien remplie des “films français casse-couilles qui parlent des heures pour dire quedalle”.

D’abord parce qu’il y a Noémie Lvovsky. Réalisatrice, scénariste et actrice principale du film, la comédienne habite son histoire du début à la fin. L’histoire justement, c’est celle d’une femme au bord de la crise de nerf qui se réveille un jour à 16 ans, dans les années 80, quelques jours avant la mort de sa mère.

Amusés, ou hilares (selon mes observations, c’est une question de genre) on regarde donc Noémie retrouver son enfance avec un émerveillement si naturel qu’il ne semble pas joué et qu’il devient vite communicatif. Les réveils de sa maman, la moustache de son papa, les amours de lycée, la lose quotidienne des adolescents et la violence douce-amère des débuts de la vie, on revit tout avec elle, comme si c’était notre propre adolescence qui défilait. Et en quelques minutes, la petite musique nostalgique jouée par le film nous collerait presque les larmes aux yeux.

On oublierait presque les acteurs, tous parfaits et la prestation formidable de Yolande Moreau, qui représente à elle-seule une raison d’aller voir le film. On oublie aussi les imperfections, le scénario inutilement compliqué et la fin en queue de poisson. On sort avec la banane et l’impression d’avoir vu quelque chose de tellement sincère, que les images du film ont comme un arrière-goût de souvenir.

En Bref : Il faut aller voir Camille Redouble. Même si la french touch vous rebute, même si vous avez marre de voir Denis Podalydès partout et même si vous n’êtes pas nostalgique des années 80. Il faut y aller pour Noémie Lvovsky, son énergie, sa générosité et pour retrouver les deux débiles des Beaux-Gosses à ses côtés.

Maintenant, vous pouvez aussi être un gros hipster parisien comme mon coloc Doudi et éructer que c’est “un gros nanard français mièvre qui pille les fonds du CNC sans se donner la peine d’avoir un scénario” en terminant votre caïpirinha à la fraise.

Vous garderez votre Street credibility, mais la Banque de France risque de vous proposer un CDI…

Wrong. Chacun cherche son chien.

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Faut-il aller voir Wrong ?

Ça m’énerve j’ai déjà écrit cette critique et mon blog à buggué. J’ai tapé partout dans le parc Wilson à Toulouse et après y’a deux protestants qui sont venus me demander si j’allais bien.

Dans le film, il y a un monsieur qui perd son chien, de la pluie dans les bureaux, un chinois aux yeux bleus, des étrons avec de la mémoire et un joggueur dépressif. Il y a aussi un lapin sur une mobylette sur une boite de pizza, un arbre cyclotimique et Éric Judor sans Ramzy mais avec un chapeau.

La dernière fois que Quentin Dupieux à délaissé ses platines de Mister Oizo pour faire un film, c’était ça. L’histoire d’un pneu tueur qui tombe amoureux. Déjà à l’époque, on rigolait bien, mais le film s’essoufflait un peu et l’absurde était trop content de lui pour être toujours drôle.

Au début de Wrong, on se dit que c’est pareil. Les conversations sont marrantes mais on se dandine un peu en craignant le truc un peu arty narcissique. Et puis en fait non.

Malgré son ambition visible, et son goût du joli cadrage, Dupieux n’oublie pas la priorité de son film : raconter n’importe quoi et faire marrer son spectateur. Comme d’hab, l’humour absurde sépare les spectateurs en deux camps, celui des fans et celui des hermétiques (qui compte, notamment, Margaret Thatcher).

Moi je suis fan, car c’est l’humour le plus fin, dans sa définition la plus pure, alors je me suis plié en deux, entraîné par les rires incontrôlables d’une fille au fond de la salle, mais pas du mec devant moi qui est resté de marbre jusqu’au bout (faut reconnaître qu’il était salement chauve aussi).

Au top, Éric Judor fait rire à chacune de ses apparition, sans jamais vraiment se donner la peine de jouer autre chose que l’étonnement neuneu. Les dialogues sont complètement stupides, et d’autant plus drôles qu’ils sont interprétés avec un sérieux de pape. La caméra excelle dans l’art de l’amorce flou et le réalisateur persiste à montrer l’étrangeté dans les trucs les plus banals, sans s’étonner des évènements bizarre.

Bref, Dupieux à gagné en timing, en modestie et en construction. S’il arrive à mettre du fond derrière ses belles histoires, il aura tout pour rentrer tranquillement dans les rangs serrés de mes réalisateurs préférés (et c’est select, parce que même Scorsese roupille dans la salle d’atente depuis des années).

En Bref : Il faut aller voir Wrong. Je sais, à chaque fois que j’aime un film, je suis incapable d’écrire une bonne critique, et au final, personne ne va le voir. Mais je ne veux pas faire comme mes “confrères” (hihi) et vous raconter la moitié du film pour tirer à la ligne.

Alors si vous aimez un peu les blagues chelou de Woody Allen, ne lisez rien, fuyez les bande-annonce, et filez voir ce film dans une salle minuscule du cinéma indé de votre bled.

Dans dix ans, je vous parie qu’il sera culte.

La bannière topalaclasse

Coucou !

Ça y’est ! Après une semaine de combat acharné contre le côté obscur des internets, la censure globalisée et les formats compliqués de l’image, vous pouvez enfin admirer la nouvelle bannière du site !

Fini le mec mort et son tonneau sur une plage cramoisie. Pris de pitié, mon copain Fluck a décidé d’utiliser son crayon pour faire un dessin vachement coolos de votre serviteur avec une pipe. Voilà. Je suis content.

Et puis comme vous êtes là, c’est forcément que vous êtes en train de rien foutre au boulot, alors faites vous plaisir et allez faire un tour sur son blog, ça sera toujours mieux que d’aller matter des articles de merde sur Vice en vous demandant ce que vous allez faire de votre carrière qui prend l’eau.

Le blog Marre-toi, c’est comme se rouler dans l’herbe tout seul au parc des Batignolles un vendredi après-midi d’après qu’il a plu : c’est bien.

Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Prési-dents.

Faut-il aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires ?

Dans la vie, les films se classent en trois catégories : ceux qui ont une idée, ceux qui ont une histoire et ceux qui ont un titre. Abraham… appartient exclusivement à la dernière catégorie. Méprisée par les Castrés du cinéma, cette basse-classe regorge pourtant de séries B coolos (Des serpents dans l’avion, Kill Bill, Cow-Boys versus Aliens, Les clefs de Bagnole…)

Mais on s’en fout. Le film.

Un titre donc, et pas de scénario. Une simple suite de prétextes incohérents pour faire des scènes d’action top déglingue avec des effets en 3D, des gerbes de sang et Abraham Lincoln avec une hache. C’est chouette. Et même plutôt joli, comme lorsque le héros poursuit un méchant au milieu d’un troupeau de chevaux fous dans le soleil couchant.

Pour une fois, la 3D sert à autre chose qu’à nous griller la rétine : les vampires sautent dans l’image, on se prend des coups de fouets au ralenti et des têtes coupées en pleine poire. Certes, on a plus l’impression d’être au Futuroscope qu’au cinéma, mais après tout, parfois, c’est mieux.

On rigole bien pendant la première moitié, et puis tout s’écroule : soudain, le réalisateur avec son nom chelou arrête de faire du fun pour s’essayer au cinéma. Les héros dialoguent en essayant de croire à leurs répliques, le cinéaste tente vainement de nous émouvoir et tout le monde fait semblant de prétendre qu’il y a un scénario derrière tout ça.

Bim. L’effet douche tout le monde. Comme devant un édito d’Arianne Massenet, les spectateurs, désorientés, ne savent plus s’ils doivent rire ou éteindre la télé. Mais l’écran du méga CGR de Tarbes ne s’éteint pas et j’ai souffert pendant une demi-heure.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Ça commence bien fun, c’est joliment réalisé, mais un film avec un tel nom à la con n’a pas le droit de se prendre au sérieux.

Ça serait comme voir un ancien Mister Univers jouer les machines à tuer pendant 15 ans avant de se présenter pour devenir gouverneur de Californie : absurde.

Oui oui, cet article a été écrit en 2004.

Les Kaïras. Ghetto sitcom.

Ghetto Sitcom

Faut-il aller voir Les Kaïras ?

Abdlekrim, Mousten et Momo sont des romantiques : Ils ont envie de niquer. Mais comment pécho quand tu rentre pas en boîte parce que y’a marqué “Melun” sur ta gueule ?

Des lascars, du cul, des blagues sur les nains et Éric Cantona. Décidément, il y avait tout à craindre de cette comédie aux airs lourdingues, vendue à grands coups d’affiches criardes. Et pourtant, derrière les clichés apparents, le film parle d’un sujet trop rare dans les comédies françaises : la banlieue.

En France, les ghettos font pas beaucoup rire. On en parle une fois tous les six mois et uniquement pour souligner à quel point la drogue, la violence, l’islam radical et les chanteurs de rn’b y sèment l’anarchie et la mort. La banlieue fait peur, surtout à ceux qui n’y ont jamais foutu les pieds.

Dans l’excellent Tout ce qui brille, la réalisatrice parlait de ceux qui vivent l’autre côté du périphérique avec humour et sensibilité. Les Kaïras, c’est un peu la version bonhomme : trash, vulgaire et vraiment drôle, pour peu que t’ai grandi en regardant des films pornos et en écoutant du rap.

Sans être à hurler de rire, cette comédie tape en plein dans les souvenirs de n’importe quel mec né dans les années 80. De Quimper à Melun, on a tous grandi dans la culture “Kaïra”, du grec frite au “va-z-y ferme ta gueule” en passant par Dj Cut Killer et les boîtes branchées dans lesquelles on rentre jamais faute d’accompagnatrices.

En jouant avec les clichés, le réal ne dresse pas seulement le portrait de trois losers patibulaires et attendrissants, mais aussi celui d’une génération. Des milliers de banlieusards qui s’ignorent pour qui le ghetto est un far-west, aussi mythique qu’il est flippant dans les jt.

Maintenant, croyez-pas que j’me prenne pour un lascar. La dernière fois que j’ai été a Saint-Ouen, j’me suis fait casser la gueule.

En Bref : Il faut aller voir Les Kaïras. Les moins jeunes auront peut-être un peu de mal à digérer le verlan et les références à la carrière éclectique de Katsuni, quand les cinephiles trop purs pourront regretter des lourdeurs dans le scénario et une direction d’acteurs inégale.

Mais si vous considérez Difool comme un grand frère éternel et Les Prince de la ville comme une étape de votre éveil musical, ce film vous replongera avec nostalgie dans l’époque où vous galeriez pour inviter Mélanie à venir voir Taxi 2.