To Rome with Love. Rome en toc.

Faut-il aller voir To Rome with love ?

Ce qui est cool avec les vieux, c’est que plus ils vieillissent, plus ils s’en foutent. Il y a quelques années, Woody Allen aurait probablement écrit un scénario cohérent pour rassembler tous les personnages de son film choral, il aurait au moins essayé de donner une forme de cohésion visuelle ou morale à ses quatre histoires mélangées. Là non.

Sans trop de cohérence, son film mélange à peu près toutes les vieilles recettes du cinéaste à lunettes : la comédie romantique, les contes philosophiques absurdes et une palanquée de gonzesses en robes légères.

C’est coolos. On retrouve avec plaisir mais sans surprise ses monologues hypocondriaques, ses psychanalystes dépressifs et ses vannes à deux balles sur l’art contemporain. Dans l’une des histoires, un chanteur d’opéra fait carrière sous la douche, ce qui rappelle avec plaisir les conneries que le cinéaste écrivait dans ses premiers bouquins.

Au final, To Rome with love est l’euromovie le plus fainéant de Woody Allen, mais aussi le moins guindé. Les acteurs jouent plutôt bien, Rome est une jolie ville et tout le monde est content d’être là. Deux jours après, il est difficile de s’en rappeler, mais sur le moment, on rigole bien.

C’est dans les vieux pots qu’on refait les vieux plats.

En Bref : Il ne faut pas aller voir To Rome with love. D’une certaine manière, on l’a déjà vu plusieurs fois. D’ailleurs j’ai l’impression d’avoir déjà écrit cette critique.

Mais s’il se remet à pleuvoir et que vous êtes avec vos copains, c’est toujours mieux que d’aller vous emmerder devant Madagascar 8.

Moonrise Kingdom. Scout foudre.

Faut-il aller voir Moonrise Kingdom ?

Suzy et Sam sont bizarres. Alors ils s’en vont. Loin de la famille envahissante de la première, loin de celle inexistante du second. Ils fuient dans les bois car les adultes sont trop nuls pour comprendre qu’ils ne sont plus des enfants.

Ensuite, le film semble émaner d’une discussion entre deux potes bourrés :

“On devrait faire un film tsé.”

“Trop mec, un film avec des scouts partout, je kiffe les scouts.”

“Graaave. Genre on les mettrait sur une île. Y’aurait un type qui la décrirait face caméra.”

“Et le chef scout ça serait Edward Norton. Type ultra-rigide qui boutonne la chemise jusqu’en haut mais le mec cloperait tout le temps.”

“Trop bon ! On pourrait aussi mettre Bill Murray et Frances McDormand dans des rôles d’avocats neurasthéniques”

“Oh attends ! Je visualise une scène là ! Imagine deux mômes en slip sur une plage qui dansent ridiculement sur Françoise Hardy !”

“Bien-sur ! Et puis bam y’aurait de la foudre. Il faut aussi un vieux flic fatigué, moitié humaniste moitié alcolo.”

“Bruce Willis !”

“Enoooorme !”

Et ça continue. Le film déroule son délire dans des plans ultra-stylisés, sur un fond d’ironie mordante. Comme dans une cuite, la rigolade est un peu nauséeuse et une heure après, on a toujours mal à la tête.

Mais c’était sympa.

En Bref : Il faut aller voir Moonrise Kingdom. Parce que Wes Anderson fait un cinéma unique et parce que sa dernière livraison est probablement la plus aboutie.

Techniquement impeccable, cet univers un peu froid et ironique peut tout de même finir par lasser. Un jour, on aimerait que Wes fasse tomber la veste en velours côtelé pour nous montrer vraiment ce qu’il a dans les tripes.

La piste du Marsupilami. Chabat s’écarte.

Faut-il aller voir Sur la piste du Marsupilami ?

C’est l’histoire d’un truc jaune qui rebondit en Amérique latine.

J’ai la flemme de corriger cette copie. Pourquoi faire un effort, quand l’élève semble avoir bâclé son travail avec une telle désinvolture ? Un bon élément pourtant, ce Chabat : premier en vannes absurdes et décalés, acteur hilarant, réalisateur pas trop mauvais quand il s’agit de faire une blague tous les cinq plans.

Et là ?

Dés le début, le premier rire tarde à venir. Trop présent, Jamel reprend le rôle de Numérobis dans un décor différent. Il bégaye : “Fajitas de tu madre !”, “Passe moi le stetoscopos”, “Vamos a la playa”. Des guitares, des moustachus et des chapeaux mexicains s’agitent à l’écran. Au départ on se prépare. On attend l’énorme coup de bluff décalé qui va nous propulser le film.

Mais passé les cinq première minutes, il faut se rendre à l’évidence, Chabat s’évertue à nous faire rire avec des vieux clichés pourris sur les latinos. Pire, Jamel campe un malfrat bohême au grand coeur, qui recueille tous les orphelins du coin, le Marsupilami est une peluche mignonne et le personnage de Chabat veut reconquérir l’estime de son père. Et tout ces bons sentiments manquent cruellement de second degré.

Le premier quart d’heure s’étire et on perd espoir. On essaye de se remémorer le César de Mission Cléopâtre qui chante la bande originale, la voix off déréglée de la Cité de la peur ou même le comité contre les chats. Il va se reprendre voyons !

Mais Chabat ne se reprend pas. Malgré quelques supers vannes, il passe le plus clair du film à se parodier lui-même, et en moins bien : fausses pubs pas drôles, références à ses autres long-métrages et direction d’acteur inexistante (cet horripilant Fred Testot, qui n’a pas été drôle depuis le début de sa carrière).

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sur la piste du Marsupilami. Trop convenu, trop facile, pas assez drôle. On a l’impression d’assister à la chute d’une vieille gloire du rock qui hurle un peu plus fort parce qu’il a beaucoup moins de voix.

Malgré tout, il est trop tôt pour enterrer le plus génial des Nuls : la sublime danse de Lambert Wilson et une scène de sexe occulaire canine risquent malgré tout de devenir cultes avec le temps. Un bon Chabat s’apprécie mieux à la quatrième vision, mais pas sûr que celui-ci les supporte.