American Bluff. Le gang des postiches.

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Faut-il aller voir American Bluff ?

J’ai pas trop compris l’histoire, parce que j’ai vu le film avec des sous-titres grecs et du pop-corn dans les oreilles. Mais en gros, je crois que ça raconte la dernière tournée d’une troupe de trapézistes qui mange des palourdes dans un bus. En tout cas, ça se passe en Amérique, et il y a du bluff, ça je peux vous le garantir.

La première chose qui frappe, c’est que le talent d’un acteur ne dépend pas uniquement de lui-même, mais surtout du réalisateur. Comme l’avait prouvé Kechiche en réussissant à faire jouer Léa Seydoux, David O. Russel parvient à métamorphoser Christian Bale en acteur. Et c’est déjà pas mal. Mais il se paie même le luxe de le rendre charismatique, sans l’empêcher de jouer en murmurant. Big up.

Déjà plutôt bons, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Jeremy Renner (éternel second rôle, qui mériterait bien plus) n’ont pas besoin d’aide pour être excellents sous leurs perruques. Mais la véritable explosion vient d’Amy Adams. Si mauvaise dans Man of steel que j’en avais mal aux dents, la petite rouquine pétille d’un bout à l’autre.

Elle est l’âme du film, pas seulement parce qu’elle joue juste, mais parce que son rôle est puissant. Comme Hunger Games avant les singesAmerican Bluff nous rappelle en creux la vacuité des rôles féminins à Hollywood. Après Happiness Therapy, David O. Russel confirme qu’il fait partie des rares mecs qui savent s’inspirer d’autre chose que leur mère ou leur ex pour inventer des personnages féminins.

Autour de ces pointures, la caméra virevolte. Inventive, rapide, originale, elle raconte une histoire d’arnaques, d’amours et de trahisons en slalomant habilement entre les clichés. Ce n’est pas un thriller, ni vraiment une comédie ou un mélo. C’est un peu tout. Au risque d’être trop.

Mais ça marche du tonnerre. Parce que derrière les intrigues et les machinations, qui n’intéressent pas vraiment le réalisateur, il y a du coeur. Pas vraiment de méchants, pas de héros, simplement de hommes et des femmes imparfaits, avec des problèmes de cheveux. Vers la fin, le scénario s’essouffle en se perdant dans des circonvolutions inutiles et un twist alambiqué à l’américaine.

Mais pas grave, l’histoire d’amour est jolie.

En Bref : Il faut aller voir American Bluff. Pour l’instant, c’est le meilleur film de l’année. Originale, fine et barrée,, l’histoire ne repeint pas les murs, mais elle fonctionne. Elle donne surtout l’occasion de voir un galerie d’acteurs en très grande forme jouer des rôles à tiroirs, très loin des stéréotypes habituels dans lesquels les studios les enferment.

Le jour où David O. Russel aura assez de fric ou de courage pour se débarrasser totalement d’Hollywood et ses vieux gimmicks, il fera peut-être un chef d’oeuvre. En attendant on le surveille.

Malavita. De Niro plus au paradis.

Malavita

Faut-il aller voir Malavita ?

C’est l’histoire d’une famille de mafieux repentis qui vient planter des cadavres en Normandie.

C’est surtout la rencontre entre des mythes plus ou moins déchus : Luc Besson derrière la caméra et Tommy Lee Jones, Michelle Pfeiffer et Robert de Niro devant. Et quand je dis Luc Besson, je parle du réalisateur d’Arthur et le minimoys, du producteur de Yamakasi, du scénariste de Taxi 4.

C’est vrai qu’il a pas toujours été réglo Lulu : Milla Jovovich qui rêve de Jésus en grimpant les murailles avec sa coupe au bol, c’était pas cool, et Le Grand Bleu, c’était peut-être un peu chiant. Mais quand même, le premier plan de Nikita, le charisme de Léon, et la space-cantatrice du Cinquième élément, il faut reconnaître que ça avait de la gueule.

Mais comment peut-on aimer le cinéma, et réaliser un film comme celui-là ?

Adaptation maladroite du plus mauvais livre de Tonino Benacquista (auteur génial par ailleurs), Malavita réussit à faire tenir des clichés en équilibre sur des lieux communs. Une famille américaine amatrice de beurre de cacahuète se retrouve exilée en Normandie, ou un population étonnamment boutonneuse tente de les acclimater en essayant de taper leur fils et de se taper leur fille.

Scénario cousu de fils blanc, anglais universel, même pour les profs français, caméra sans âme. Tout ce qu’on détestait dans le cinéma américain de années 90 est là. Avec dix ans dans la gueule. L’humour sent le pâté, les acteurs ne croient pas à leurs rôles et pour être honnête, j’ai oublié tout le reste, puisque j’ai vu le film il y a une semaine.

D’ailleurs depuis j’ai presque plus envie d’aller au cinéma. On est jamais trop prudent.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Malavita. C’est probablement le pire film jamais réalisé par Luc Besson. Une phrase qui s’applique à tout ce qu’il réalise depuis 2005, et à chaque fois il se dépasse.

Et pourtant j’ai du respect pour lui. Parce que j’ai usé la cassette du Cinquième élément jusqu’à ce qu’elle claque, parce qu’il s’engage dans les banlieues et parce qu’il a inventé Nathalie Portman. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il avait raison en disant qu’il allait arrêter le cinéma après dix films.

Ça fait déjà cinq de trop Lulu…

Happiness Therapy. Ours bipolaires.

happiness_therapy_7778_north_626xFaut-il aller voir Happiness Therapy ?

C’est un fou. Il est fou. Son père aussi est fou, et son meilleur ami est un peu fou. Il voudrait récupérer sa femme, qui n’est pas fou, mais il rencontre une folle, et ils font les fous.

C’est bizarre. Je peux comprendre le retour en grâce de la doudoune, le come-back des années 80 et, à la rigueur, cette étrange prolifération de baskets à semelles compensées. En revanche, je ne m’explique pas l’engouement actuel pour la bipolarité.

Avant, c’était un truc chelou, qu’on dit à ton pote quand il pleure dés qu’il est bourré, mais maintenant c’est partout : les magazines parlent du “mal du siècle”, les séries en regorgent et voilà que le cinéma l’adapte. Tellement chébran, la bipolarité, qu’aujourd’hui t’es personne si tu parles pas aux murs.

Mais c’est l’époque qui veut ça, et l’Amérique. A force d’édulcorer tout, d’interdire n’importe quoi et de vendre des lotissements trop clean et des sourires trop brights le nouveau continent est devenu une énorme fabrique de consensus mou, de tolérance chiante et de personnalités lisses qui “respect your point of view” au lieu de s’engueuler comme tout le monde.

En gros, c’est un peu la conclusion du film : les fous sont compliqués, mais ils sont quand même bien plus rigolos. Et c’est vrai : la rencontre des excellents Bradley Cooper et Jennifer Lawrence fait naître une belle série de dialogues nerveux et agressifs qui donnent un bon rythme au film et font souvent rire.

Malheureusement, malgré son éloge de la déviance, le film finit tout de même par rentrer dans le rang de la rom-com US et perd beaucoup de son charme de départ pour conclure une histoire qui, malgré tout, n’est jamais vraiment crédible.

Pas grave, en voyant un mec et une fille à côté sur une affiche de film américain, on connaît toujours la fin. Mais pour une fois, le début nous a surpris.

En Bref : Il faut aller voir Happiness Therapy. Mais tranquillou, sans courir. C’est sympa, rigolo, pas mal joué et parfois bien écrit. Comparé à la période un peu morne traversée par le cinoche, on a pas beaucoup mieux pour grignoter du pop-corn en envoyant des sms sous nos sièges.

Mais bon, une semaine après, y’a moyen que vous ayez oublié de quoi ça parle. Mais ça, c’est peut-être parce que vous êtes bipolaire.