Avengers : L’ère d’Ultron. Monstres et compagnie.

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Faut-il aller voir Avengers : L’ère d’Ultron ?

Y’en a marre des super-héros.

Je l’ai déjà écrit mille fois, mais j’ai l’impression que Marvel creuse dans un puits sans fond d’où sortent des héros identiques mais un peu plus nazes à chaque fois, auxquels il arrive toujours les mêmes trucs (à venir Ant-Man l’homme fourmi, un nouveau X-Men, la suite du reeboot de Spider-man et le reeboot de la suite des 4 fantastiques…).

Si, à la vue d’un carré d’herbe verte, il vous prend l’envie d’aller brouter, c’est normal : ça fait 15 ans que Marvel a pris l’habitude de vous traire.

Meuh.

Et l’art dans tout ça ? Kubrick ? Le cinéma ? “L’art mon pote, c’est pour les pds”, répond Hollywood avant de mordre dans son sandouich. Tout le monde rigole, sauf Joss Whedon, le réalisateur, qui récite du Shakespeare tout seul dans une piscine.

Avengers 2 raconte l’histoire d’une dizaine de mecs qui sauvent le monde en faisant des vannes. Tout est là : des explosions partout, des héros musclés, des échanges virils, des méchants méchants et des gadgets cools comme, par exemple, les femmes. Le nouveau super-nanard testostéroné arrive, à cheval sur une trompette.

Et pourtant, Avengers 2 est formidable. Mieux, malgré le défi impossible de multiplier les personnages principaux et les figures imposées, le scénario réussit là où tous les autres plantent en beauté. A commencer par l’essentiel : rendre les super-héros humains.

A mi-parcours, tout le monde arrête de se battre pour enfiler des chemises à carreau et couper du bois dans la forêt. Ça pourrait être caricatural, mais c’est le coeur du film. Regardant nos beaux héros invincibles, la femme d’Hawk Eye nous les montre comme on ne les avait jamais vus : des êtres inhumains, des machines à tuer sans âme, dont la vie est un grand vide.

Dans la chambre d’à côté, Hulk aussi est un monstre. Sauf que lui le sait déjà. Ses camarades le taquinent sur les civils qu’il a “blessé”. Mais c’est un meurtrier, comme Black Widow. Devenue l’assassin que l’on a fait d’elle, elle non plus n’a pas le choix. C’est peut-être pour ça qu’elle aime Hulk, “le héros qui refuse de se battre, par peur de gagner”. Les scènes où elle le calme en lui caressant la main font probablement partie de ce que j’ai vu de plus beau au cinéma cette année.

Face à cette bande de surhommes névrosés, le méchant, artificiel, rêve secrètement d’être humain. En maniant les symboles, l’humour absurde et des dialogues parfaits, Joss Whedon élève ses Avengers très loin au-dessus de la mêlée, avec une finesse qu’on ne voit presque jamais dans les blockbusters américains. Derrière le mythe du super-héros, il pose cette question fondamentale : au fond, qui est le vrai monstre ?

Hollywood oblige, il ne va jusqu’au bout de la réflexion. Aucun civil n’est jamais tué dans le champ et, avant de détruire un immeuble au coeur d’une ville, Iron Man vérifie évidemment qu’il n’y a personne dedans… Une vieille rengaine, qui conforte le mythe de la guerre chirurgicale menée par l’Amérique partout dans le monde, où seuls les méchants meurent, mais jamais les enfants afghans.

Allez, une réflexion intelligente dans un film de super-héros, je ne vais pas non plus demander un discours politique subversif.

En Bref : Il faut aller voir Avengers : L’ère d’Ultron. C’est ce qu’on a fait de mieux dans le genre. Parce qu’il y a un propos, plus d’humour que d’explosions et parce que Joss Whedon réussit à doter ses supers-héros d’accessoires rarissimes dans leurs combinaisons par-balles : des faiblesses.

La parenthèse se referme, les réalisateurs de seconde zone peuvent revenir nous emmerder avec leurs héros sans âmes et leurs quêtes débiles. Au moins, maintenant, ils ont un modèle à copier.

Chef. Cuisine et descendance.

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Faut-il aller voir Chef ?

Parfois je me demande à quoi ça rime tout ça. A quoi bon faire des critiques qui ne servent à rien ? Si les mecs me disent que Mommy est un chef d’oeuvre, on va quand même pas en venir aux mains, si ? Les gens aiment des films, détestent des films et c’est la vie. Ils ont tous raison. Qui suis-je pour les contredire en vociférant sur internet ?

Qu’est-ce que j’en tire ? Et surtout, pourquoi je m’embête à faire des critiques pleines de blagues boiteuses et de fautes de conjugaison, quand je pourrais me contenter d’écrire :

Youhou !

C’est probablement la réflexion qui a dû hanter John Favreau lorsqu’il pondait le scénario de Chef. Il devait être là, avec son crayon, son ventre et son bouc, à réfléchir sur les relations humaines, la gastronomie et la filiation. Et soudain il s’est dit : “Youhou !” C’était la clef.

C’est l’histoire d’un grand chef qui fait des ganaches dans un resto pédant. Il est génial mais il se fait virer. Alors il fait des sandwichs dans un food-truck. Youhou. Il traite son fils avec les mêmes égards qu’une fourchette à poisson. Et puis il regarde une vidéo sur internet et il se rend compte qu’il l’aime peut-être. Youhou. Et son ex-femme ? SPOILER Et ben son ex-femme, il la re-épouse. Youhou. La musique cubaine ? Youhou ! Scarlett Johansson ? Youhou ! Et mes couilles ? A ton avis…

John Favreau a réalisé les deux premiers Iron-Man. Ça a marché, c’était pas mal et il a fait du fric. Autant dire que pour son nouveau film, il avait le droit de faire à peu près n’importe quoi. Et ça tombe bien, car ce garçon a écrit des scénari comme d’autres se mettent le doigt dans le nez : avec dilettantisme.

En pleine traversée du désert, son héros (lui-même) décide de traverser le désert. Il se promène dans le sud des Etats-Unis en faisant des sandwichs. Et de temps en temps, il se met de la farine dans le caleçon (sic) et ça lui fait drôlement du bien. John Leguizamo joue le cubain. Ay Papi ! Le fils du héros est content. Son père le fait travailler, mais au moins il lui parle, et c’est important quand on a douze ans. Youhou.

Je ne sais vraiment pas quoi dire sur ce film. A part qu’il me donne envie d’arrêter d’aller au cinéma. Il n’y a pas de style, pas d’humour, pas de tendresse, pas d’émotion, pas de jeu, pas de mise en scène, pas d’action, pas de rythme. C’est…

C’est…

C’est nul qu’est-ce que tu veux que je te dise John ? Y’a pas de mot. Ton film est nul. J’aurais mieux faire de passer deux heures à me rouler en boule en attendant le retour du printemps. Parce que j’aime trop le cinéma pour regarder ce que tu lui fais subir.

Et puis tu joues mal. Et puis t’es gros.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Chef. C’est un film sur un sujet passionnant et cinématographique (la bouffe) mais à des années lumières du joli Ratatouille de Pixar. Et à des années lumières du cinéma en général. C’est plat, sans âme, et finalement à l’image de cette année cinématographique qui commence à être désespérante.

Et constater que le seul espoir à l’horizon s’appelle Christopher Nolan, c’est se rendre compte qu’on est vraiment dans la merde. Youhou.

Iron Man 3. Robot Copain.

IRON MAN 3

Faut-il aller voir Iron Man 3 ?

J’aime beaucoup Shane Black. Derrière son nom de hard-rocker has-been se cache l’inventeur du HVR : le Héros Viril Rigolo. Le HVR ressemble en tout point au héros testostéroné de film hollywoodien, à ceci près qu’il glisse souvent sur des peaux de bananes et qu’il est pas toujours brillant avec les filles.

Coup de bol, le meilleur acteur pour incarner le second degré se trouve être Robert Downey Jr. et il est dans le film !

Cette critique n’aura peut-être pas beaucoup d’intérêt sur le fond (contrairement aux autres, qui culminent pas mal faut dire) parce que je n’ai jamais lu les Comics d’Iron Man et surtout parce que c’est le premier film que je vois dans la trilogie. Autant dire que je suis entré dans la salle pour piquer un roupillon devant une bouse. Ben non.

Iron Man 3, c’est le film le plus cool à voir cette année. Malgré tous les codes imposés du blockbuster très cher, le film réussit à éviter quasiment tout ce qui nous étrangle d’habitude :

Le héros passe plus de temps à réparer son armure qu’à sauver le monde en tirant dans tous les sens, le manichéisme habituel est mis à mal, avec un retournement surprenant et une moquerie appuyée du héros à l’américaine qui joue la police au Moyen-orient. Quant à la fille, pour une fois, elle est chouette et faut pas trop lui tirer les cheveux.

Au-delà de ça, le héros est plein de fragilités, de doutes, il fait des vannes de mauvais goût, il se moque des enfants et il est très amoureux. Parce qu’au fond, c’est l’histoire d’Iron Man : un type pas très sympathique et un peu barré qui tente de faire marcher son histoire d’amour en dépensant des millions de dollars.

Bien-sûr, il faut nous infliger des scènes d’action un peu longuettes, de l’héroïsme moisi et quelques clichés misogynes (mais moins que d’habitude). Pas grave. A ce niveau là d’hollywoodisme, ce blockbuster massif fait figure d’exemple absolu du mélange entre les dollars et le talent.

C’est surtout un condensé de plaisir coupable que vous devez voir si vous avez été jeune quelque part dans les années 90.

En Bref : Il faut allez voir Iron Man 3. Parce que c’est drôle, pas con, très bien fait et interprété par une machine de guerre. Outre Robert, il faut aussi y aller pour le charme de Gwyneth, la méchanté de Guy Pearce et l’air hagard de Ben Kinglsey.

Après, il vous faudra tolérer tout le reste : les super-héros illustreront toujours la vision américaine, réac et violente de gros cons qui tentent de faire justice eux-même. Mais au moins, celui-là cherche pas à être gentil.

Et ça le rend vrai.

Sherlock Holmes 2. Chère Loque.

Gnagnagna

Faut-il aller voir Sherlock Holmes 2 : jeu d’ombres ?

Ceux qui viennent ici depuis le début connaissent mon aversion profonde pour Guy Ritchie. Honteusement surestimé depuis qu’il a pondu Snatch, l’anglais épileptique pense qu’il a du style. En l’occurrence : une accumulation de gros plans d’une seconde et des mouvements de caméras intempestifs font office de rythme, une version démo de photoshop s’occupe des lumières et le vide s’attelle au scénario.

J’avais déjà collé son tarif à un premier épisode à peine passable. Sherlock Holmes 2 récidive en bien pire. Le détective au feutre mou titube au milieu de chaque scène comme une pâle copie de Jack Sparrow en tweed. La plupart de ses élucubrations sont incohérentes et même l’excellent Robert Downey Jr. ne semble pas comprendre le sens de ce qu’il raconte.

Les sous-entendus homosexuels entre les deux personnages principaux perdent le côté naturel et sous-jacent qui faisait l’intérêt du premier épisode. A croire que Guy Ritchie a découvert leur existence dans les critiques alors qu’il n’avait pas fait exprès la première fois. Ici, il surligne lourdement la relation, allant jusqu’à déguiser Sherlock en femme dans une scène aussi grotesque que le reste du film.

De la même manière, les rares qualités du premier sont noyées dans la surrecnhère : même les combats au ralenti perdent leur style, parce que complètements foutraques et même pas esthétiques. Dans cet océan de médiocrité, les saynettes sont mises bout à bout grâce à un scénario imbitable qui sert de prétexte aux scènes d’actions.

Malgré tout, il y a deux trois trucs à sauver : le jeu des acteurs, qui se battent pour faire tenir des rôles sans consistance, l’humour omniprésent qui nous arrache régulièrement un petit sourire et des jolis plans au ralenti vers la fin. Voilà.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes 2. C’est nul, c’est creux et c’est con. Guy Ritchie a transformé le détective en pitre ridicule pour amuser ses spectateurs, mais à part une auto-critique de son propre cinéma, je ne vois pas l’intérêt.

Pour le reste, Arthur Conan Doyle a déjà fait tellement de pirouettes dans sa tombe qu’il est probablement impassif. (Oui, ce mot n’existe pas, mais qui êtes-vous pour mieux voir que moi ce qu’il se passe dans la tombe d’Arthur ?)

Élémentaire mon Sherlock Holmes

Faut-il aller voir Sherlock Holmes ?

Guy Ritchie est un réalisateur dont le succès dépasse souvent le talent. Cas classique. Mais chez lui, c’est un mode de vie. Si on lui enlève l’accent de Brad Pitt, et l’image épileptique digne d’un clip de Britney, il ne reste pas grand chose à Snatch, pourtant considéré comme culte. Quand un escroc pareil s’attaque au héros mythique de Conan Doyle, le pire était à craindre. Voyons voir.

Sherlock Holmes raconte l’histoire d’un mage noir avec une dent chelou qui décide de conquérir le monde en utilisant des mécanismes compliqués et des formules magiques bizarres. Face à lui, Holmes tente de trouver la vérité en jouant du violon, tout en essayant d’empêcher Watson de prendre femme. Mais là je simplifie.

Guy Ritchie, sans surprise, n’a toujours pas acquis le sens de la mise en scène. La plupart des effets sont faciles, éculés et prévisibles. Comme d’habitude, il tente de camoufler son manque d’inventivité formel par une caméra sautillante et stylisée ce qui marche une fois sur deux, et encore, je suis sympa.

Les scènes d’actions sont trop nombreuses, interminables et grandiloquentes. Chez Ritchie, un combat ne vaut pas le coup d’être filmé si la moitié de la ville n’est pas détruite. Malheureusement, comme beaucoup de films d’action modernes, Sherlock Holmes tombe dans le panneau de la facilité en préférant la surenchère facile des images de synthèse à une bonne chorégraphie à l’ancienne.

Côté référence : Ritchie présente Sherlock comme un boxeur sociopathe et Watson comme un docteur ès Kung-Fu. Toutefois, à ceux qui poussent des cris d’orfraie, il faut rappeler qu’Holmes n’est pas le vieux penseur à chapeau mou que la télé a inventé. Doyle le décrivait comme un héroïnomane misogyne, bagarreur et champion de boxe. Finalement, la trahison n’est pas si scandaleuse.

Les sociétés holmésiennes du monde entier ont d’ailleurs exprimé leur soutien à ce qu’ils considèrent comme l’une des meilleurs adaptations de Conan Doyle. Bon… Faut pas pousser, mais les déductions brillantes du détective, qui a toujours un coup d’avance, sont plutôt bien rendues. Bien montés, les combats à main nue sont également très réussis : Holmes pense ses coups en slow-motion avant de se jeter sur son adversaire. C’est cool.

En bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes. C’est un film d’action à l’américaine, trop long, inutilement compliqué et pas très bien filmé dans l’ensemble. Pourtant, on est loin du navet qui s’annonçait. Ritchie dépoussière le vieux chapeau du détective à pipe et la relation entre Watson et Holmes ne manque pas de piquant.

Au final, on assiste à un divertissement qui ne fait pas mal à la tête, Robert Downey Jr. et Jude Law sont assez sympathiques et ils finissent par nous extorquer quelques sourires.

Tout de même, ça ne vaut pas une bonne fondue savoyarde avec des potes. Si ?