Le Congrès. Folman Ambitieux.

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Faut-il aller voir Le Congrès ?

Robin Wright est au bout du roul’s. Les pattes d’oies tout ça… la vie qui file, les oreilles qui sifflent et son fils qui se prend pour un cerf-volant. Actrice has-been, elle donne son empreinte corporelle à des studios, pour tourner dans des films sans travailler. Elle devient une femme en plastique. Puis le monde entier devient en plastique. Et tout est si beau et si lisse, qu’elle en pleurerait des larmes de plastique.

Il y a tellement de trucs dans ce long-métrage qu’il est presque indécent de le résumer. Impossible en tout cas, sans écrire un roman. Comme tous les films trop ambitieux, Le Congrès nous promène, nous perd, nous retrouve et ne nous ramène pas complètement. Comme les meilleurs Lynch et les bons Mallick, il est de ces films que l’on a envie de voir en boucle sans jamais percer leur fonctionnement.

Au départ, on regarde la vie cruelle et juste d’une actrice qui a fait les mauvais choix. C’est profond, très beau, parfois drôle. Puis l’histoire part en couille. Le film se transforme en dessin animé, et on ne comprend plus rien à l’histoire. Si étrange, que même l’héroïne a l’impression de ne plus savoir ce qu’il se passe. Il y a des poissons. On décroche.

Dans une deuxième partie, le réalisateur étend sa métaphore. Sans discours, il parle des illusions nécessaires et de la déroute d’une société qui ne sait vivre que dans l’esbrouffe et l’entertainement. Il n’y a pas de grands théorèmes, simplement des couleurs chaudes et des dialogues à double-sens.

Et soudain, alors qu’on est un peu hagards, perdus dans ce mille-feuille volant, le scénario nous ramène sur terre, brutalement.

Le plan séquence qui opère ce retour à la réalité fait partie des plus beaux moments de cinéma qu’on m’ait offert cette année. Parce qu’il justifie tout le délire qui précède. Parce qu’en quelques secondes, le réalisateur nous fait comprendre son propos et l’intelligence profonde de sa démarche.

Parce qu’en terme d’animation intelligente, on avait pas pris une telle baffe depuis Valse avec Bashir, du même auteur ; il va falloir s’habituer à voir le mot “Magistral” derrière le nom d’Ari Folman.

En Bref : Il faut aller voir Le Congrès. Quitte à perdre le fil de l’histoire, face à l’ambition incroyable de son auteur. Ce dernier délivre une charge explosive contre la marche du monde et le système d’Hollywood, avant de retomber sur ses pattes, dans une fin grandiose.

Il faut aussi y aller pour Robin Wright, qui après avoir brillé dans Perfect Mothers, prouve qu’elle choisit les rôles les plus courageux et, pour le moment, les meilleurs films de l’année.

Perfect Mothers. Sea, sex and sons.

Perfect Mothers

Faut-il aller voir Perfect Mothers ?

C’est l’histoire de deux milfs, qui échangent leurs fils pour en faire des amants.

Wouaaalalala ne fuyez pas ! Pas si vite ! Je sais ce que vous ressentez : encore un film chelou, qui va mélanger les moments gênants, le sexe tristoune, la morale pesante et le psychologisme à deux balles. Encore une réflexion à l’autrichienne dont on va sortir tellement déprimés qu’il ne nous restera plus qu’à se faire un KFC en surfant sur copainsdavant.

Minute.

D’abord, c’est un juste retour des choses. Dans beaucoup d’histoires et tout le long des Champs-Elysées, y’a toujours un croulant qui se tape une minette, et tout le monde trouve ça normal, sous prétexte que c’est un peu la nature, ce genre de conneries. En gros, on nous serine, avec les sourcils scientifiques, que les filles s’attachent moins au physique, que l’homme atteint son potentiel de charme à 40 ans et la femme à 18, et tout un tas de lieux communs bien pourraves qu’on a dû lire dans Elle ou autre précis de soumission à l’usage des femmes.

A ceci, mesdames, je répondrai : Mes couilles ! Même si une partie des hommes (les moins assurés, à mon avis) ne trippe que sur la jouvencelle incapable de les comparer, l’inégalité sexuelle devant l’âge est un mythe vendu par la pub et les marchands de crème anti-âge. Et George Clooney, il bande mou.

Rharf ! Ça faisait longtemps que je voulais écrire ça quelque part !

Alors bon. L’amour, j’vais vous dire, c’est joli, mais c’est violent, pis c’est compliqué. Et une fois qu’on a dit ça. On peut plus dire grand chose sans dire des conneries. Bénie soit-elle, Anne Fontaine ne se risque pas à distinguer le pourquoi du comment, le mal du bien et la morale de l’histoire. Elle raconte.

Et quoi qu’on en pense, ces deux histoires d’amour sont belles. Cruelles aussi. Mais la réalisatrice les raconte sans juger ses personnages, ni les condamner, ni leur offrir de chemin facile pour s’en sortir. Pour les faire ressentir, elle ne tire pas à la ligne, comme souvent dans le film français : elle utilise le cinéma. De mémoire de poisson rouge, il y a un moment qu’on avait pas vu autant de sensualité sur grand écran.

L’été infini. Cette ambiance pleine de soleil, de sel et de peaux nues, qui donne envie à n’importe quel séminariste de baiser des tiroirs. Tout cela est tellement bien filmé par le chef opérateur que l’on quitte la salle plus bronzé qu’à l’entrée. Surtout, cette atmosphère permet d’alléger la pesanteur du sujet, sans pour autant noyer les questions qu’il pose.

Et puis voilà. La réalisatrice nous laisse là, dans un joli traveling. Sans se mouiller peut-être, mais en laissant, sans se bercer d’illusions, une chance à l’hédonisme des héros de profiter d’un dernier rayon de soleil.

En Bref : Il faut aller voir Perfect Mothers. Parce qu’il y a longtemps qu’on avait pas aussi bien filmé le sable et le désir. Parce que le film vous hantera longtemps après le générique. Et parce que les acteurs sont toujours justes (et jolis à regarder).

Tellement ensoleillé, que j’en oublierais presque certaines longueurs dans le scénar, quelques scènes caricaturales et des seconds rôles inégaux.

M’en fous. Il fait beau.