Gaz de France. Dandy manchot.

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Faut-il aller voir Gaz de France ?

C’est l’histoire du président, qui est un con. Il dit n’importe quoi. Et après tout pourquoi pas ? Chauffe-eau. Singe. Philatélie. Politique.

L’absurde se sépare en trois catégories :

1. L’absurde non maîtrisé, qui ambitionne de faire rire, mais n’en a pas les moyens (e.g. “Je mange des caleçons dans du miel, ahah”) Pour le reconnaître : facile, il est rarement assumé par son auteur, qui se croit obligé de le compléter d’un “Je dis n’importe quoi !” qui achève de niquer l’ambiance pourrie, de cette soirée de merde, où t’aurais jamais dû aller, de toute façon, parce que y’a que des cons.

2. L’absurde maitrisé, qui ambitionne de faire rire et y parvient (e.g. “C’est un merveilleux violoniste amateur, bien qu’il ne sache pas lire la musique et ne sache jouer qu’une seule note” ou à peu près n’importe quel autre extrait des bouquins de Woody Allen). Pour le reconnaître : facile, il te fait pleurer de rire pendant que ton voisin se demande “c’est quoi la blague ?”. Ou l’inverse.

3. L’absurde revendiqué, qui n’ambitionne pas de faire rire et encore moins de faire la vaisselle (e.g. “Oui… heu… Oui… Oui oui… heu…”) Pour le reconnaître : facile, il porte une petite moustache. C’est Benoit Forgeard.

Et pourtant, le réalisateur branché maîtrise l’absurde comme personne. Et lorsqu’il veut être drôle, votre estomac passe un sale quart d’heure. Dans son premier long-métrage, il racontait n’importe quoi pendant une heure et demie, gravée pour toujours dans mon cerveau comme un grand monument de what the fuck.

A l’époque, le Règne s’extasiait et pondait ça : “Loin de nous assommer avec une métaphysique à la con, Benoît Forgeard semble n’avoir qu’un but : surprendre le spectateur et le faire marrer.”

Mais Forgeard à forgé. Il est devenu forgecon. Désormais, il tente de nous débiner une réflexion moisie sur le storytelling en politique, l’instinct de survie en bunker et l’étrange passion des vieux pour le savon. C’est mou, lent, prétentieux et dandy à crever. Bon acteur, au phrasé si fascinant, Forgeard décide de se donner le rôle d’un muet, oubliant au passage de diriger certains dialogues auxquels personne ne croit, à commencer par les acteurs.

De temps en temps, le réalisateur arrête de prendre la pose, pour faire des vraies vannes. Souvent, elles sont noyées par un rythme à contre-temps et l’interprétation fantômatique de Philippe Katerine. Mais à deux ou trois reprises, on rigole de bon coeur, et ça fait du bien.

Mais le reste du temps, qu’est-ce qu’on s’emmerde…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gaz de France. C’est creux, pas très beau et beaucoup trop occupé à se regarder dans le miroir de sa propre originalité pour s’abaisser à faire rire le spectateur ou à lui raconter une histoire.

Dommage, car les talents multiples de Benoît Forgeard ne font aucun doute. Au dernier tiers, une admirable scène de discours à deux voix monte très haut au-dessus du niveau de la mer.

On crierait au génie. En espérant le réveiller.

 

Pacific Rim. Deep Rim.

SSD-15157.DNGFaut-il aller voir Pacific Rim ?

Franchement, je me demande si le fait d’aimer un blockbuster a quelque chose d’objectif. Ou est-ce que, finalement, c’est juste relatif ? Dans le sens ou parfois on aime bien manger un bon burger de fast-food. Alors on dit “Mmmh c’est un bon Quick ça, avec des bonnes frites Miam !”. On sait qu’au fond c’est d’la merde, mais au moins on la connaît, elle ne surprend jamais et, ce jour-là, c’était pile ce qu’on avait envie d’engouffrer.

Les blockbusters américains, je trouve ça nul à chier en général. A part quelques vrais pépites (Matrix, Indiana Jones 3, Die Hard 3 ou Terminator), c’est un peu toujours la même bouse, où tout est archi-convenu, sans aspérités et surchargé d’effets clinquants en images de synthèses. Et pourtant, il m’arrive d’avoir un petit faible pour l’un ou l’autre, sans comprendre pourquoi. Alors même que tout le monde pointe, à raison, les incohérences énormes, les clichés et le manque d’ambition global.

D’où la conclusion hâtive de mon théorème un peu moisi : si la critique de film est subjective, elle l’est peut-être encore plus pour les blockbusters. Parce que dans l’assouvissement brutal de pulsions souterraines et animales, il ne reste plus beaucoup de place pour l’analyse et l’intelligence (qui, le reste du temps, pullulent sur ce blog, autant qu’il est possible de pulluler).

Ceci étant dit, engageons :

Pacific Rim est un film porno pour adolescents attardés. Des robots géants qui bastonnent des méchants lézards à coups de camions-citernes au milieu des buildings de Tokyo. Comme une rencontre ultime entre GodzillaNeon Genesis Evangelion et tous les jeux vidéos de notre enfance.

Si vous êtes une fille, peut-être ignorez-vous qu’avant de vous rencontrer, les jeunes hommes d’aujourd’hui ont pris beaucoup de plaisir à taper sur des méchants lézards à coups de camions-citernes. Mais c’est pourtant un vieux fantasme, aussi réel que vos nuits imaginaires dans les bras des World’s Appart (ou des frères Jacques, si vous me lisez depuis une autre génération).

BREF. On dirait que c’est cool, ça devrait être cool, et pourtant, c’est un nanard stratosphérique.

Parce que, toute dantesques qu’elles soient, les scènes d’actions sont molles, lentes et plutôt moches. Presque intégralement en images de synthèses, le film tente de rajouter de l’humain en montrant les pilotes des robots. Mais ces derniers s’agitent en l’air comme des cons, suspendus à des bras mécaniques, dans des moments particulièrement ridicules.

Et sans action, que reste-t-il à un film d’action ?

Un scénario pourri, qui mélange outrageusement les scènes dégoulinantes de patriotisme, l’éternel héros blessé et une véritable avalanche de clichés moribonds. Lorsque le général monte sur un tonneau pour haranguer les soldats, avant de finir sous les violons et les applaudissements, il m’a fallu du courage pour ne pas quitter la salle.

Ajoutons-y un scénario bouffi d’incohérences, mais qui tente malgré tout de se justifier en jargonnant (“Attention, il ne peut pas accepter une simple connexion neuronale”, “oh non il dérive dans ses souvenirs”) plus un horripilant scientifique à lunette qui passe le film à hurler sans être drôle, et vous obtenez ce qu’on a fait de pire au cinoche, depuis l’infâme Sucker Punch.

Mais encore une fois, c’était peut-être pas le bon jour pour un burger…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Pacific Rim. Même si ça fait appel aux bas-instincts des ados que nous étions l’année dernière, c’est stupide, moche, ennuyeux et mortellement convenu. Et si les pilotes sont connectés par le cerveau et connaissent leur machine comme leur poche, l’un d’eux ne peut pas se rendre compte au bout d’une demi-heure de castagne que “hé mais attend on a une épée aussi !”

Au fond de ce gouffre, on oublierait presque le jeu sans faille d’Idriss Elba, acteur monumental de The Wire, dont l’intensité du regard ne devrait pas tarder à faire le tour de la planète.

Par ailleurs, la loi m’oblige à vous préciser que cet article est sponsorisé : pour mentionner le nom de son restaurant, la marque Quick m’a payé 3 000 euros net. D’ailleurs je file boire un coup à votre santé. Skol !

 

Iron Man 3. Robot Copain.

IRON MAN 3

Faut-il aller voir Iron Man 3 ?

J’aime beaucoup Shane Black. Derrière son nom de hard-rocker has-been se cache l’inventeur du HVR : le Héros Viril Rigolo. Le HVR ressemble en tout point au héros testostéroné de film hollywoodien, à ceci près qu’il glisse souvent sur des peaux de bananes et qu’il est pas toujours brillant avec les filles.

Coup de bol, le meilleur acteur pour incarner le second degré se trouve être Robert Downey Jr. et il est dans le film !

Cette critique n’aura peut-être pas beaucoup d’intérêt sur le fond (contrairement aux autres, qui culminent pas mal faut dire) parce que je n’ai jamais lu les Comics d’Iron Man et surtout parce que c’est le premier film que je vois dans la trilogie. Autant dire que je suis entré dans la salle pour piquer un roupillon devant une bouse. Ben non.

Iron Man 3, c’est le film le plus cool à voir cette année. Malgré tous les codes imposés du blockbuster très cher, le film réussit à éviter quasiment tout ce qui nous étrangle d’habitude :

Le héros passe plus de temps à réparer son armure qu’à sauver le monde en tirant dans tous les sens, le manichéisme habituel est mis à mal, avec un retournement surprenant et une moquerie appuyée du héros à l’américaine qui joue la police au Moyen-orient. Quant à la fille, pour une fois, elle est chouette et faut pas trop lui tirer les cheveux.

Au-delà de ça, le héros est plein de fragilités, de doutes, il fait des vannes de mauvais goût, il se moque des enfants et il est très amoureux. Parce qu’au fond, c’est l’histoire d’Iron Man : un type pas très sympathique et un peu barré qui tente de faire marcher son histoire d’amour en dépensant des millions de dollars.

Bien-sûr, il faut nous infliger des scènes d’action un peu longuettes, de l’héroïsme moisi et quelques clichés misogynes (mais moins que d’habitude). Pas grave. A ce niveau là d’hollywoodisme, ce blockbuster massif fait figure d’exemple absolu du mélange entre les dollars et le talent.

C’est surtout un condensé de plaisir coupable que vous devez voir si vous avez été jeune quelque part dans les années 90.

En Bref : Il faut allez voir Iron Man 3. Parce que c’est drôle, pas con, très bien fait et interprété par une machine de guerre. Outre Robert, il faut aussi y aller pour le charme de Gwyneth, la méchanté de Guy Pearce et l’air hagard de Ben Kinglsey.

Après, il vous faudra tolérer tout le reste : les super-héros illustreront toujours la vision américaine, réac et violente de gros cons qui tentent de faire justice eux-même. Mais au moins, celui-là cherche pas à être gentil.

Et ça le rend vrai.