Bellflower. Power.

Faut-il aller voir Bellflower ?

C’est l’histoire de deux tarés qui boivent de la bière au petit dèj et qui construisent un lance-flamme. Un jour, l’un d’eux tombe amoureux d’une blonde machiavélique en mangeant des grillons. Et puis finalement, il devient fou.

Quel plaisir de voir un film sans savoir où il nous mène. Bordélique, foutraque et pas très bien construit, Bellflower a le mérite d’être imprévisible. Dans l’écran, deux grands débiles promènent leurs carcasses sous le soleil d’un été sans fin. Ils fument, boivent, baisent et font à peu près tout ce que le cinéma hollywoodien a pris l’habitude de nous interdire.

Jaune, bleue, floue… l’image est saturée, hasardeuse et criarde. Un peu comme le film en lui-même, porté par une créativité qui semble intarissable. Dans ce grand capharnaüm, il y a surtout un sentiment de liberté qui confère au film sa beauté intrigante et paradoxale.

Ça fait beaucoup d’adjectifs.

Trop d’ailleurs. Trop long, trop complexe, avec un double final qui tend un peu vers le grand n’importe quoi. Parfois, on se demande si le réalisateur n’a pas écrit son scénario en fonction des images qu’il voulait filmer. Heureusement, ces dernières sont si belles.

Au final, Bellflower ne fonctionne pas très bien. Il perd son spectateur et traîne en longueur, en ressassant des propos lambdas sur l’amitié et les gonzesses. Mais parbleu, on ira sûrement voir le deuxième film d’Evan Glodell.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Bellflower. Malgré son style unique, sa liberté de ton et une image travaillée, le film ne passionnera que les amateurs de cadrages et autre geeks de la caméra dans mon genre (le genre qui admire Panic Room, juste parce que David Fincher nous fait passer dans l’anse d’une cafetière).

Mais un film, c’est d’abord une histoire, et celle-ci part dans tous les sens, au risque de gaspiller la belle énergie de son réalisateur. Alors attendons.

S’il canalise sa folie créative, Evan Glodell pourrait bien rentrer dans l’histoire sans s’en rendre compte. Comme son pote Tyler Dawson, acteur magnétique et inconnu, dont je vous jure qu’on entendra parler un jour.

John Carter. Sale Carter.

Faut-il aller voir John Carter ?

Je sais ce que vous allez dire : tant pis pour moi. Et c’est vrai : un chevelu en slip qui combat des phoques géants sur Mars, c’était ambitieux. Si on ajoute des scènes de Western et un univers héroïc-fantasy cheapos, on comprend pourquoi la dernière production Disney est un échec cuisant. Dans la salle, on était deux (mais bon, on était vendredi matin).

Au tout départ, c’est vraiment dur de ne pas partir en courant. Le neveu de quelqu’un lit un journal intime pour lancer la voie off, des moines chauves se baladent en lévitation sur mars et un barbu sans charisme fait du cheval en Virginie.

Sur mars, l’univers se dessine sans jamais convaincre, comme si les scénaristes ne croyaient pas dans leur monde improbable (“par Issus mon jeddak, c’est un quark”, “si tu veux être le sodar sojat, reviens dans moins d’un xsat”, “chéri, tu as les clefs de ma Hyundai ?”… Ce genre de conneries).

Sur le fond, John Carter partage le même idéal génocidaire que la plupart des fables fantastiques pour mômes américains : il y a les rouges et les bleus et le monde ira mieux quand les bleus auront butté tous les rouges. Parce que les rouges sont violents (c’est eux qui ont commencé). Et pour surfer sur l’écologisme ambiant, les rouges sont les foutus pollueurs qui ont asséchés le sol martien.

Mais une fois qu’on a digéré la bêtise de l’ensemble, l’enfant qui sommeille en nous se marre bien : John Carter saute partout, les trucs verts deviennent attachants et l’univers finit presque par être sympathique.

En Bref : Il ne faut pas aller voir John Carter. Trop neuneu, trop plat et complètement kitsch. Mais il y a quelque chose de vintage dans les sautillements de ce héros à l’ancienne, sans doutes ni fêlures ni vêtements.

Et pour une fois, le personnage féminin n’est pas un simple faire-valoir qui crie derrière le héros. Malgré sa princessitude et ses jolies robes, elle a aussi un bon coup droit et de la personnalité.

Comme quoi on ne peut pas tout avoir sur une planète, c’est les océans ou l’égalité des sexes.