Casse-tête chinois. L’amour Duris.

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Faut-il aller voir Casse-tête chinois ?

Dix ans ans après L’Auberge Espagnole, cette nouvelle génération du cinéma français n’a pas tenu ses promesses.

Jamais aussi bon en dehors de cette trilogie, Klapisch n’est pas sorti de son rôle sympathique mais mineur, Audrey Tautou joue le même personnage depuis son premier film et Cécile de France alterne entre le moyen et le mauvais. Quand à Romain Duris, il est toujours infoutu d’articuler correctement.

Et pourtant, on les aime.

Parce que, malgré tout, on a grandi ensemble : nos dossiers Erasmus étaient aussi incomplets que celui de Xavier, nos relations à distance étaient aussi boiteuses que la sienne et nous irons tous bientôt vomir par-dessus un bastingage, lors des premiers mariages de nos potes.

Comme Xavier vieillit plus vite que nous, nous ne savons pas encore si nous finirons exilés à New-York pour tenter de faire tenir nos familles recomposées en équilibre. Face à l’avenir, la seule certitude qui nous reste, c’est que ça risque d’être le bordel.

Xavier c’est nous, pour le meilleur et pour le pire : incertains, un peu lâches, terrorisés, mais batailleurs. Pessimistes, forcément, parce que nous sommes les enfants des idéalistes qui ont célébré l’individualisme. Optimistes, malgré tout, car même si nous avons vécu notre croissance en pleine dépression, nous avons aussi compris qu’on pouvait y survivre.

Parmi les nombreux monologues de Xavier, le plus beau d’entre eux parle de son père, parti vivre la libération sexuelle en lui donnant une tape sur la tête. “Ne t’emmerde pas avec ça”, répète le vieux con à son fils. Comme lui, Xavier est foireux, bancal et divorcé, mais il fait partie de cette génération de pères qui “s’emmerdent avec ça” et qui se battent pour voir leurs enfants.

Et ça aussi c’est notre héritage. Les soixante-huitards ne voulaient pas ressembler aux patriarches misogynes, alors ils ont fait exploser la famille, les jeunes pères ne veulent pas être des égoïstes absents, alors ils recollent les morceaux comme ils peuvent. Mais comme eux sont déjà nés dans le bordel, ils savent mieux y nager.

Et finalement, cet optimisme bravache du marin qui sourit en pleine tempête, c’est un peu l’âme de la trilogie. Et peut-être même l’âme de notre génération. Celle de la précarité, sur tous les tableaux, tellement habituée au déséquilibre qu’elle arrive à tenir sur la corde, et à y être heureuse.

En Bref : Il faut aller voir Casse-tête chinois. Parce que c’est un joli film, pas toujours bien joué, ou bien écrit, mais chargé de tendresse, de mélancolie et d’espoir. Parce qu’il y a longtemps qu’un français n’avait pas aussi bien filmé New-York, loin de Times Square et la statue de la Liberté. Parce que sous ses airs de comédie gentillette, la trilogie de Xavier reflète mieux que personne notre génération.

Et n’espérez pas me voir utiliser le terme creux de “génération Y”. Il faut faire partie de la précédente pour l’employer.

L’écume des jours. Vain sur Vian.

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Faut-il aller voir L’écume des jours ?

Comme vous, j’avais peur. Aucune envie d’aller voir Gondry piétiner mon imagination avec ses petites constructions astucieuses. J’aime trop le bouquin et la façon dont je l’ai rêvé, pour qu’on redessine par-dessus.

Comme vous, j’avais des haut-le-cœur devant le casting bankable. Jamais pu blairer la morgue de Duris, la gouaille de Tautou, la pâleur d’Elmaleh qui s’affadit un peu plus à chaque film et le seul fait de penser à Charlotte le Bon me donne envie d’aller chez le coiffeur me faire un tie and dye.

Un autre truc, sur lequel j’insiste, parce que c’est important pour le métier d’acteur : Duris et Tautou ne savent pas bien prononcer les phrases. Déjà c’est moche, en plus tu te demandes pourquoi à la place ils ont pas fait un autre métier, genre équarrisseur, et surtout, il y a certains dialogues que tu piges pas.

Alors à quoi bon louer des grues pour faire Hollywood quand t’es pas foutu de régler un problème d’élocution ? Passons.

Les premières minutes sont insupportables. Gondry est en roue libre, il fait n’importe quoi. Illustrant la prose du bouquin par ses petits montages habituels : de l’image par image saccadée, des accélérations plutôt laides, des membres agrandis et une absence assez flagrante de sensibilité.

On reste uniquement parce qu’on a payé. Et le film continue de gesticuler, en arrachant les pages du livre de Vian comme un ado sadique. On rigole une fois ou deux, mais on souffre tout de même beaucoup tant il n’y a rien de merveilleux dans cet étalage de poésie sans âme.

Et puis l’histoire sombre, devient déchirante, et malgré son faux-air enfantin, Michel Gondry se révèle bien plus habile dans la cruauté et la noirceur. L’image perd des couleurs, les acteurs deviennent justes et enfin, on est ému. Le film prend son envol un peu tard, mais on oublierait presque le début hasardeux.

Pourtant, quelques jours après, l’impression reste la même : Gondry n’a pas rendu Vian meilleur. L’inverse, peut-être…

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’Ecume des jours. Ou alors, il faut tenter d’oublier le livre mythique qui nous a fait rire et pleurer. Michel Gondry en livre une adaptation assez plate, mais suffisamment fidèle pour en restituer quelques beaux passages.

Dommage. Et en même temps, on ne pouvait s’attendre à rien d’autre : comme si la poésie perdait toute saveur à partir du moment où elle s’incarnait.

Faut que je vous laisse, je vais faire de l’escalade avec mes collocs. C’est des sacrés sportifs.

Le Paradis sans se faire péter une Duris ?

Faut-il aller voir L’Arnacoeur si on n’est pas Johnny Depp ?

Le pitch rentre dans la potch. Pas besoin d’en faire trop pour être original : Alex Libie est briseur de couples professionnel, il travaille avec sa sœur et son beau-frère. Leur but ? Libérer les femmes malheureuses qui se mentent à elles-mêmes. Alex séduit toutes ses victimes de la même façon, en se faisant grassement payer par leurs proches. Un jour, un père demande à l’équipe de casser le couple de sa fille. Il a l’air solide comme un roc, mais Alex a besoin d’argent.

La bonne idée du film, c’est de lâcher les codes de la comédie classique pour apporter un côté James Bond à l’équipe. Les comparses d’Alex n’hésitent pas à s’infiltrer sur tous les réseaux, à poser des caméras partout et à se déguiser en plusieurs personnages. Cet aspect “professionnel”, qui ne se prend pas au sérieux n’est absolument pas crédible, mais plutôt sympathique.

Pour le reste, on est dans une comédie française de bonne facture. Le montage est dynamique, les vannes sont pas mal, sans être hilarantes et la fin est ultra-classique. Rien de transcendant donc, mais une certaine complicité dans le couple Duris-Paradis, qui fait parfois poindre un petit semblant d’émotion.

L’autre bonne idée du film, c’est d’être immoral. Malheureusement, elle n’est pas assumée jusqu’au bout. Plutôt que d’exploiter à fond le côté “séducteur sans coeur” de Duris, le scénario tente de légitimer ses choix : les femmes doivent être malheureuses, Alex ne couche pas avec etc. Reste qu’il est assez cool de voir Romain Duris parodier les codes du cinéma en faisant semblant de pleurer devant des Colombes, en récitant des poèmes brésiliens ou en en jouant les médecins en Afrique devant des filles toujours transies.

Les acteurs sont pas mal, même si Romain Duris n’articule toujours pas correctement. A la réplique, Vanessa Paradis est convaincante, même si ses évolutions sont trop soudaines pour être crédibles. Joyeuse équipe de losers, François Damiens et Julie Ferrier, tous deux comiques dans la vie, apportent au film ce qui lui manque de tendresse et de blagues lourdes.  

En bref : Il faut aller voir L’Arnacoeur. Mais je ne vous l’ordonnerai pas (vous voilà rassurés). En matière de comédie française, on a fait mieux, mais surtout pire. Celle-là vous fera passer un bon moment sans faire trop mal à la tête.

Sur le fond, la fin pourra choquer les cocus, et emmerder ceux qui espéraient quelque chose de plus original. Ceux qui sont venus là pour se détendre souriront gentiment et peut-être même qu’ils seront un peu émus.