La Grande Belleza. Comédie Rome Antique.

la-grande-bellezza-toni-servillo-in-una-scena-272271Faut-il aller voir La grande belleza ?

Jep Gambardella est le prince du cool. Il s’emmerde en buvant du rosé dans un hamac. Il est riche, célèbre, respecté, romain. Il a des chemises. Il est malheureux.

Depuis Il Divo on sait que Paolo Sorrentino est le meilleur réalisateur italien. On sait aussi qu’il est quasiment invaincu dans le domaine du montage en musique. Malheureusement, on sait aussi que, malgré son talent inestimable, Paolo Sorrentino fait des films super chiants. Parce qu’ils commencent comme des chefs d’oeuvres et que ils ne se terminent jamais, du moins, jamais avant que l’on ne s’endorme.

Celui-ci fait peur : un dandy erre dans Rome et ça dure 2h22. On y parle d’art contemporain, du sens de la vie et de la mort du sens en descendant du chianti. Il m’a fallu pas mal de courage pour rentrer dans la salle, et ça fait deux semaines que je suis infoutu d’en écrire la critique.

“La Grande Beauté” C’est le thème. Le nez en l’air (qu’il a volontaire), Jep Gambardella la cherche en vain, en se demandant s’il va réussir à écrire un deuxième livre. Autour de lui, des intellos vieillissent, des couples dévissent et les vertus s’en vont. Tout ce joli monde fait la fête pour oublier que la vie c’est d’la merde, mais Jep garde le sourire.

Il est cynique, désabusé, flottant mais il prend encore le temps de regarder les gens dans la rue. Avec lui, on flâne. On s’arrête pour regarder une fille qui passe, une bonne soeur qui joue à cache cache ou une strip-teaseuse qui flotte. Et elle est là, un peu, la Grande Beauté.

Avec un sens du cadrage idéal, un montage redoutable et le dosage parfait entre profondeur et dérision, Paolo Sorrentino passe les deux premiers tiers de son film à tendre vers le sublime, et bien souvent, à l’atteindre. Pas la peine de sortir vos lunettes cerclées pour me parler de Pasolini et Fellini, ça m’emmerde et on s’en fout. C’est unique, beau, drôle, touchant, juste. Du cinéma.

Et puis, au détour d’une scène d’enterrement, Paolo fait pareil que d’habitude. Il continue, quand il aurait fallu couper. Rêves douteux, religion, redites, amours perdus… Il s’étire, il s’étale. Et au final, comme d’hab, on s’ennuie, verts de rage de voir un des plus grands films de l’année s’auto-détruire devant nos yeux.

Dans un dernier sursaut de talent, le réal réussit à sauver la fin, pour nous laisser face à son joli générique, frustrés, un peu perdus, mais bouleversés quand même.

En Bref : Il faut aller voir La Grande Belleza. A condition d’accepter de roupiller un peu pendant les trente dernière minutes, et sous réserve de ne pas s’obstiner à y trouver un sens caché.

A ce prix-là, vous assisterez à l’un des plus grands morceaux de bravoure cinématographique de l’année. Un film trop, un film débordant dont certaines scènes inoubliables vous feront ressentir cette beauté bouleversante qui vous prend parfois à la gorge lorsque vous marchez seul dans une ville où la nuit tombe.

To Rome with Love. Rome en toc.

Faut-il aller voir To Rome with love ?

Ce qui est cool avec les vieux, c’est que plus ils vieillissent, plus ils s’en foutent. Il y a quelques années, Woody Allen aurait probablement écrit un scénario cohérent pour rassembler tous les personnages de son film choral, il aurait au moins essayé de donner une forme de cohésion visuelle ou morale à ses quatre histoires mélangées. Là non.

Sans trop de cohérence, son film mélange à peu près toutes les vieilles recettes du cinéaste à lunettes : la comédie romantique, les contes philosophiques absurdes et une palanquée de gonzesses en robes légères.

C’est coolos. On retrouve avec plaisir mais sans surprise ses monologues hypocondriaques, ses psychanalystes dépressifs et ses vannes à deux balles sur l’art contemporain. Dans l’une des histoires, un chanteur d’opéra fait carrière sous la douche, ce qui rappelle avec plaisir les conneries que le cinéaste écrivait dans ses premiers bouquins.

Au final, To Rome with love est l’euromovie le plus fainéant de Woody Allen, mais aussi le moins guindé. Les acteurs jouent plutôt bien, Rome est une jolie ville et tout le monde est content d’être là. Deux jours après, il est difficile de s’en rappeler, mais sur le moment, on rigole bien.

C’est dans les vieux pots qu’on refait les vieux plats.

En Bref : Il ne faut pas aller voir To Rome with love. D’une certaine manière, on l’a déjà vu plusieurs fois. D’ailleurs j’ai l’impression d’avoir déjà écrit cette critique.

Mais s’il se remet à pleuvoir et que vous êtes avec vos copains, c’est toujours mieux que d’aller vous emmerder devant Madagascar 8.