Souvenirs de Marnie. Pas de printemps.

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Faut-il aller voir Souvenirs de Marnie ?

De toute façon ça va être compliqué, même à Paris, le dernier film animé des studios Ghibli n’est plus visible qu’à 17h dans une poignée de salles. Considérons que c’est une critique pour l’honneur, et pour Ghibli.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais du père de ce studio japonais dans un article surchargé de kawaï. Pour résumer, disons qu’il faut un talent incroyable pour qu’aujourd’hui, n’importe quel français un peu cinéphile soit en mesure de prononcer “Hayao Miyazaki” sans s’étouffer avec sa langue.

Ici nous ne parlons pas d’Hayao, mais de son fils spirituel. Et dés les premières minutes, l’ombre du maître nippon plane sur chaque image. La nature est partout, sublime, et cette petite fille aux cheveux courts n’est pas l’héroïne habituelle d’un film pour enfants : Ann a peur, elle est toute seule, elle se déteste et elle regarde le monde qui l’entoure comme un monstre prêt à l’engloutir.

Bienvenue chez Ghibli, le monde merveilleux et pacifique, où la menace n’est jamais loin sous les tournesols. Ann part à la campagne pour respirer de l’air sans kérosène. Elle regarde la mer, elle trempe ses pieds dans l’eau et elle dessine le monde.

Et c’est absolument merveilleux. Le dessin évoque les sommets atteints par le maître, la musique nous soulève et le soleil passe son temps à se coucher dans le lointain pour mieux nous envelopper de sa lumière chaude et éphémère. “Damned”, se dit-on, “on a trouvé l’héritier”.

Mais non.

Après une demi-heure brillante, le film se fourvoie dans une relation bancale entre deux petites filles plus ou moins imaginaires, qui chantent des contines en pagayant dans une barque. C’est plat, inutilement long et tellement gnangnan, que même les enfants dans la salle étaient gênés. Marnie, petite blonde diaphane, glousse en prenant Ann dans ses bras, tandis que le réalisateur peine à cacher ses fantasmes crypto-lesbiens, un peu limites, au regard de l’âge des héroïnes.

A partir de là, le film claudique, jusqu’à une fin cousue de fils blancs, que l’on voit venir avec pas mal d’avance. A un moment, la petite fille se scandalise : “j’ai ouvert une lettre du trésor public, mes parents adoptifs touchent des allocations pour s’occuper de moi, ça veut dire qu’ils ne m’aiment pas”.

Et là on comprend que tout est perdu.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Souvenirs de Marnie. Parce que malgré un trait magnifique, une jolie musique et un début merveilleux, le film noie ses qualités évidentes dans une mélasse indigne du talent de ses prédécesseurs. Dommage, un moment, on avait cru voir un revenant.

Assurément, on entendra parler de Hiromasa Yonebayashi. Pas sûr qu’un jour on arrive à prononcer son nom du premier coup.

La part des anges. Ken Louche.

Faut-il aller voir La Part des anges ?

Robbie est un loser, mais ça n’a jamais empêché de faire des mômes. Le sien va bientôt naître mais Robbie n’a toujours pas de quoi remplir un biberon. Robbie boit du whisky, et c’est sûrement la solution.

On connaît la sensibilité, la vérité percutante et parfois la beauté du cinéma de Ken Loach. Social, dans le plus beau sens du terme : au plus près des hommes, de leurs faiblesses et de leur capacité à renaître.

Et puis voilà, depuis sa palme un peu volée à Cannes, le vieux Ken a décidé de nous faire marrer. Après une farce footbalistique tellement naze que je l’ai pas vue, il tente de nous attacher à une bande de bras-cassés qui siphonnent du single malt pour se sortir les doigts du fût.

C’est nul.

Inconsistant, mal écrit et souvent jalonné de blagues lourdes. On se bourre la gueule, on fait des prouts et on régresse sans jamais rire. Les comparses du héros sont aussi attachants que Viktor Ianoukovitch et le scénario accumule les ellipses incohérentes.

Sous cette forme, l’optimisme de combat de Loach se transforme en volontarisme un peu bêta. Au final, le réalisateur présente une caricature de lui-même où les voyous ont forcément le cœur tendre, les américains le crâne mou et où le vol est une solution réaliste pour se sortir de la misère.

Tellement con, que même Cannes lui a filé un prix.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La part des anges. Malgré quelques acteurs chouettes et des idées intéressantes (le monde du whisky, jolie toile de fond) cette bluette n’atteint jamais la cheville des premiers films de Loach.

Et puis franchement, une comédie qui ne fait pas rire, ça sert à quoi ?

Tucker & Dale. Quiproquo latéral.

Faut-il aller voir Tucker & Dale fightent le mal ?

C’est l’Amérique. Des post-adolescents stupides vont dans la forêt avec des blondes. Dans la forêt, il y a aussi deux pèquenots avec des têtes bizarres, des tronçonneuses et des scies à métaux. Jusqu’ici tout va bien, à un détail près : les deux bûcherons ne sont pas des serial-killers…

Forcément, les malentendus s’imbriquent et chaque partie se retrouve persuadée que celle d’en face veut la tuer. Résultat tout le monde s’élimine dans la joie et la bonne humeur.

Classique finalement, on prend un énorme cliché, et on l’inverse. Au départ, on se demande si le film ne risque pas d’être aussi prévisible que les bouses dont il se veut le négatif (fiou…). Les ados sortent droit d’une fraterie alpha-truc et ils sont cons comme des opinels, les filles sont en plastique et les dialogues en carton.

Mais c’est drôle.

Les malentendus sont tellement tirés par les cheveux que le concept marche sans s’essouffler si on accepte la stupidité générale. Quelque part, il y a même une profonde tendresse qui émane des deux losers-titre. Volontariste, le scénario réussit même à défendre des idées pas trop bêtes sur le manque de dialogue et la loi des apparences.

Malheureusement, ces bons sentiments ne s’appliquent pas à l’intégralité du genre humain : si un gros type moche et timide peut se faire accepter à condition qu’il ait confiance en lui, la fille moche est toujours la plus stupide et à la fin, c’est toujours la plus jolie qui sera la moins morte.

Mais merde, on est venu là pour manger du pop-corn.

En Bref : Il faut aller voir Tucker & Dale fightent le mal. Parce que c’est le film débile le plus intelligents que vous verrez cette année, parce que c’est un divertissement mille fois mieux troussé que Sherlock Holmes, et parce que ça faisait un moment qu’on n’avait pas rigolé autant au cinéma.

Après, si vous vous sentez coupable, vous pourrez toujours allez vous emmerder devant Les nouveaux chiens de garde.

Aussi : Désolé pour la pause, je travaille en Angleterre, avec pas trop de temps libre et un accès l’imité aux réseaux des internets. En plus, il y a des double decker bus.

Mais je poste des news (et dorénavant les chansons, pour ceux que ça intéresse) sur la page facebook du blog. Venez faire un tour si ça vous tente, quand vous serez mille, je mettrai des pubs et on fera un apéro géant (à Bonn, probablement).