Prisoners. New kidnapping on the block.

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Faut-il aller voir Prisonners ?

Je ne veux pas prêcher contre ma paroisse, mais dans un monde idéal, on n’écrirait rien sur le cinéma. En tout cas, on ne lirait jamais rien avant d’y aller et on fuirait les bandes-annonces comme le choléra.

Parce que dans le vrai monde, il est impossible d’aller voir Prisoners sans entendre les affiches et nos proches nous hurler que c’est génial, qu’on a rien vu d’aussi flippant depuis l’Entrée du train en gare de la Ciotat et que la performance d’Hugh Jackman est à se taper la tête contre un arbre.

Du coup, on passe le film à constater que c’est pas vrai. Au risque d’oublier que c’est pas si mal.

L’histoire d’abord, est plutôt bien lancée : c’est celle d’un gros con, qui tient sa famille comme on dirige un cheval et qui porte le bouc au nez du bon goût, de ses voisins et de la police. Quand sa fille disparaît, il va confronter son héroïsme aux limites de sa connerie, et notamment au fait qu’il est une grosse brute réac.

C’est intense, bien filmé, sobre et efficace. Le réalisateur du puissant Incendies a besoin de trois plans pour nous coller au siège. Une petite fille, à travers la vitre d’un camping-car. Un tronc d’arbre. Une capuche.

Au deuxième acte, le film monte d’un cran avec l’arrivée du prince du cool. Feu sous la glace, fragile et charismatique, Jake Gyllenhaal rempli tous les cadres où il apparaît. Excellent, comme dans chaque film. Au risque de contraster sévèrement avec Hugh Jackman : au top du cabotinage, Wolverine s’excite dans tous les sens, tape dans les lavabos et hurle les deux tiers de son texte, sans dégager autre chose que des postillons.

Perdue d’avance, la confrontation des deux acteurs devrait être montrée dans les cours d’art dramatique : elle permet, de manière quasi-scientifique, de distinguer un bon comédien d’une pelle à tarte. Et c’est dommage, car la crédibilité de l’histoire repose en grande partie sur la volonté de fer du personnage principal. De manière plus générale, le scénario part avec une belle foulée avant de se péter la cheville.

Je ne spoilerai pas. Mais au mitan, les rebondissements commencent un peu à partir en couille. Un personnage entre et sort de l’histoire de manière totalement artificielle, des fausses pistes complètement énormes sont suivies, appuyées par des coïncidences abracadabrantesques et lorsque le grand final tombe, il est expliqué par dessus la jambe, absolument pas crédible et aux limites du ridicule, voir derrière.

Dommage. Le réalisateur semblait avoir assez de talent pour nous impressionner, sans avoir à nous prendre pour des cons.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Prisoners. Contrairement à l’éloge unanime que la presse en fait : c’est un film inégal dans son interprétation, fouilli dans son déroulement et essouflé bien avant la ligne d’arrivée.

Pourtant, la mise en scène est exemplaire, et le premier quart d’heure, proche de la perfection. Après, vous pouvez aussi y aller juste pour regarder Jake Gyllenhaal boire des cafés avec l’intensité d’un t-rex figé dans un iceberg…