Jupiter. Space Jam.

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Faut-il aller voir Jupiter : Le destin de l’Univers ?

Les Wachowski m’ont mis au monde au printemps 1999.

Pourtant à l’époque ils n’étaient encore que deux hommes. A partir de ce moment, le fait d’aller au cinéma a cessé d’être une activité, pour devenir un saint sacrement. A l’époque, les hommes portaient de pantalons de cuir, des lunettes noires et des cache-poussières. C’était le temps du kung-fu, du nu-metal et des pilules bleues.

Depuis tout a changé.

Mais les Wachowski continuent de prendre plein de pilules. Et de ne jamais céder. Hors système, hors tendances, hors dinateurs, Andy et Lana continuent de creuser le sillon de la science-fiction fétichiste avec une constance qui force le respect. Encore ici, la métaphysique n’est jamais loin du sadomasochisme et si un personnage n’a pas le visage tatoué, c’est parce qu’il a des dreads roses.

Une telle célébration du mauvais goût finira-t-elle par les achever ? On verra. Mais un mois à peine après les bonnes résolutions du nouvel an, les Wachiwski continuent de fumer du crack.

Jupiter commence en Russie pour se terminer dans l’espace. Entre temps, on aura l’occasion de voir Mila Kunis danser avec des abeilles, Channing Tatum faire du patin à glace dans les airs, Terry Gilliam raler dans sa barbe et Sean Bean se faire couper la… Ah non tiens, Sean Bean ne se fait pas décapiter. Par contre il y a des lézards géants. Avec des ailes. Et des armures.

Et je me demande s’il n’est pas temps de tirer la fameuse sonnette d’alarme, dont on entend toujours parler à la radio.

Parce que si ton copain Léon aime peindre les murs en mauve, se filmer aux toilettes et poster tout sur internet, c’est sûrement pour l’amour de l’art. Mais faut-il attendre qu’il égorge des chatons sur son balcon avant d’appeler la police ? En l’occurrence, malgré toute l’affection que j’ai pour les Wachowski, je me demande si le fait de dépenser 175 millions de dollars pour faire un film invendable ne ressemble pas à un appel au secours.

Car Jupiter est mal écrit, très mal interprété, foncièrement laid et objectivement débile. De loin, le plus mauvais film jamais réalisé par Andy et Lana, malgré l’interprétation impressionnante de Channing Tatum, plus autiste que jamais, qui parvient a assumer son horrible bouc blond pendant deux heures, sans jamais se mettre à pleurer.

En même temps, c’est un homme-chien…

Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Jupiter : Le destin de l’Univers. C’est un formidable cri de guerre contre le conformisme, le cinéma prémâché et le normalisme fascisant du monde moderne. Mais malheureusement, il ne suffit pas de faire n’importe quoi pour faire du cinéma.

Et pourtant je les aime. Et juste pour le plaisir, j’irai voir le prochain Wachowski. Je préfère mille fois leurs lézards volants aux supers-héros insipides de Marvel.

Hunger Games 3. Lara Soft.

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Faut-il aller voir Hunger Games – La Révolte : Partie 1 ?

Je suis malade. Ça fait dix jours que je respire par la bouche, et encore, quand ça marche. Parfois je respire pas du tout, je me contente de cligner des yeux. J’aimerais être un dauphin, qui court après les vagues dans une mer bleue azur. Ou une noix de coco, qui se balance au-dessus d’une plage en sifflant les jolies filles. J’aimerais être un nénuphar, ça s’enrhume jamais un nénuphar. Ou peut-être un albatros.

Mais il y a bien une chose que je n’ai pas envie d’être, c’est l’auteur d’un blog cinéma qui doit parler de Hunger Games numéro 3.1

Je fatigue. Ça fait longtemps que j’écris ici, et j’ai déjà utilisé beaucoup de métaphores pour démonter les mecs qui confondent le cinéma avec un supermarché. A vrai dire je ne sais même pas si le film rentre dans la catégorie “Cinéma”. Les premiers à le penser semblent être ceux qui l’ont fait : car d’un bout à l’autre, Hunger Games 3 est un produit.

Pour gagner beaucoup d’argent avec la franchise, ils ont séparé le dernier épisodes en deux films distincts. Technique inaugurée avec Harry Potter, consistant à ne pas laisser partir trop vite un public que l’on considère comme une vache à lait. Sauf qu’en l’occurrence, la première partie du film ressemble à une forme obscure de télé-réalité australienne : des ados et des adultes discutent dans des couloirs.

Bon bien-sûr, il faut aussi de l’action, donc Katniss sort une fois de temps en temps pour combattre un avion de chasse avec son arc, pleurer sur un sol jonché de crânes humains ou communiquer avec des geais moqueurs en sifflant… Heureusement, à aucun moment elle ne se déguise en salade. C’est la seule chose qui manquait au film pour briller éternellement au firmament des nanards. L’acme de la mise en scène étant atteint lorsqu’une armée de rebelles commandos opère à une attaque nocturne surprise… en chantant.

Mais finalement, le plus gros échec du film n’est ni son scénario ridicule, ni sa mise en scène pathétique, mais son actrice principale. Heureuse détentrice de l’Oscar, Jennifer Lawrence profite du film pour nous montrer qu’elle maîtrise tous les codes de l’Actors Studio. Elle sait tout faire, de la crise de larmes hystérique au déferlement lacrymal, en passant par les pleurs niagaresques et le sanglot compulsif. C’est gênant. Même Philipp Seymour Hoffman semble avoir décidé de jouer faux, pour ne pas faire tache. Paix à son âme. Fallait-il être en manque pour accepter un tel cachet.

La seule chose qui aurait pu être intéressante finalement, c’est le sous-texte du film, ouvertement ironique qui critique mollement la société du spectacle et la mise en scène de l’actualité. En gros, nous serine Hunger Games, “le cinéma vous prend pour des cons”.

Nous voici convaincus.

En Bref : Il ne fait pas aller voir Hunger Games. La Révolte – Partie 1. C’est peut-être étonnant que je m’en étonne. Mais malgré le fiasco du deuxième opus, je n’arrive pas à oublier que cette série pour ados s’est ouverte sur un très bon film.

Rideau. Hollywood a repris ses droits sur la franchise. Et il y a du fric à faire. En fait, peut-être qu’il faut aller voir ce film : mieux qu’un long discours c’est une manière de contempler le spectacle effroyable de l’humanité, toujours prête à marcher sur la beauté pour courir sans relâche après l’appât du gain.

Je vous laisse, je retourne sur mon arbre.

Interstellar. Quantique des quantiques.

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Faut-il aller voir Interstellar ?

J’avais vraiment envie de détester ce truc.

Parce que Nolan m’emmerde, avec ses pseudo “blockbusters intellos”, tous plus pédants et prétentieux les uns que les autres. Et ça m’emmerde de le voir célébré par des cohortes de fans pavloviens qui applaudiraient s’il réalisait une pub Pepsi. Toujours d’accord quand il s’agit d’être d’accord, la presse s’y met, lance du “chef d’oeuvre” partout sur les murs, parce que c’est un joli mot, qui rime presque avec pieuvre. Ça m’emmerde.

De qui parlons nous ? De l’espace, du temps, de la physique quantique. Une autoroute pour un cinéaste de la pensée clinquante. Et on nous rappelle que des vrais scientifiques ont travaillé sur le film, que Nolan a lu plein de livres, et que tout cela est scientifiquement scientifique, comme si on en avait quelque chose à foutre. Merde. Ça se saurait si les grands artistes sortaient du MIT. Avant de réaliser Eyes Wide Shut, Kubrick fréquentait-il les partouzes ? Non. Oui. Non. On s’en fout putain !

Ça m’emmerde. Si Nolan a un statut de réal culte, ce n’est pas parce qu’il est brillant. C’est simplement parce que dans l’univers du cinéma hollywoodien à gros-bras, il est un peu moins con que les autres. Mais même si t’es plus grand que Petrucciani, ça ne fait pas de toi un pivot de Lakers. Ni un pianiste d’ailleurs.

Tu comprends rien ? M’en fous. C’est de la physique quantique.

C’est bon je suis calmé.

J’ai donc été voir ce film avec toute l’objectivité bienveillante dont je suis capable. Et contre toute attente, au bout de cinq minutes, j’étais mordu. Parce qu’Interstellar est tout ce que Gravity n’était pas : ici le voyage spatial n’est pas un prétexte pour singer les attractions du Futuroscope, il est là pour parler de nous, de la terre, du sable et de l’amour.

Bien-sûr, c’est indigeste. Evidemment, il y a des dialogues idiots, des incohérences de fond (la spécialité des scénarii Nolan bros) et une fin à tiroir cousue de fils blancs, qui rajoute du sucre glace sur la crème pâtissière. Il y a tout ça. Mais il y a surtout tout le reste.

Il y a le début, magnifique, qui raconte l’histoire d’un monde au bord du gouffre qui fait dangereusement penser au nôtre. Il y a McConaughey, on l’a déjà dit mille fois ici, qui réinvente le concept de charisme à chaque haussement de sourcil. Et il y a l’aventure. Les planètes sauvages, les trahisons, les trous noirs…

Et ça marche du tonnerre. Parce que c’est épique, intense, émouvant. Parce que les dialogues sont justes, la mise en scène intelligente et l’image superbe. Filmé en pellicule, elle retrouve l’aspect granuleux des films de l’enfance, à mille lieu de la perfection numérique à la mode et des imbéciles qui pensent qu’on reconnaît un bon film aux nombres de pixels dans l’image.

Et c’est ce grain, ces champs de blés et cette poussière omniprésente qui donnent sa grande beauté au film. Un film de l’espace, certes, mais fermement planté dans la terre, dans l’humain, la vie et les trucs un peu dingues que l’on peut faire quand on aime une fille.

A ce jour, c’est le meilleur film de cet enfoiré de Christopher Nolan.

En Bref : Il faut aller voir Interstellar. Et croyez-bien que ça me fait mal de le dire. Mais malgré une fin boiteuse et des lourdeurs très hollywoodiennes, le film retrouve quelque chose des grandes fresques épique de notre enfance : le souffle.

Un vent violent même, qui fait vibrer les trompettes d’Hans Zimmer, auteur d’une partition exceptionnelle, et qui souffle dans les cheveux de Jessica Chastain, dont le jeu est si intense qu’il intimide même la caméra.

J’avais vraiment envie de détester ce truc. Et j’aimerais vraiment qu’on soit le 5 juillet. Mais c’est l’hiver. Et, même si ça m’emmerde de l’avouer, Interstellar est un grand film.

Edge of Tomorrow. Le jour le plus long.

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Faut-il aller voir Edge of Tomorrow ?

Bill est un blaireau. Mais un blaireau gradé. Envoyé au front par erreur, il débarque en Normandie, la fleur au fusil et la bite à la main, pour se faire déboîter par des aliens. Selon toute probabilité, Bill va mourir.

Et selon toute probabilité, on va s’emmerder comme des rats morts. Comme d’habitude, Tom Cruise va faire des roulades en tirant dans tous les sens, les extra-terrestres vont exploser dans des gerbes verdâtres, l’héroïne va lui jeter des regards éperdus d’amour, pendant qu’il lui sauvera la vie toutes les deux minutes. D’une manière ou d’une autre, nos pop-corns auront le même goût que la dernière fois : le goût de la poussière et de l’ennui.

Les premières minutes du film confirment ces prédictions. Mal écrite, mal gaulée et pas hyper crédible, l’ouverture semble être un gros prétexte pour envoyer Tom Cruise faire le con sur une plage. On s’installe au fond du siège, près à avaler notre Xanax du jeudi.

Mais on ne l’avale pas.

J’aime beaucoup taper sur le ciné-fric, le systématisme du système et le néant créatif d’Hollywood. Mais derrière ses faux-airs de nanard estival, Edge of tomorrow est tout ce qu’X-Men n’était pas.

Parce qu’après 15 minutes très convenues, on comprend que les scénaristes ont une idée. Contrairement à la bande-annonce et 95% de mes confrères, je ne vous la révélerai pas. Parce que j’ai eu la chance de la découvrir en salle, et parce qu’elle est d’autant plus géniale.

Jouant sur le temps, les paradoxes et tous les clichés du genre, le réalisateur réinvente le blockbuster sans trahir ses codes. Ne t’inquiète pas Jérémy, ça veut dire qu’il y aura bien des douilles qui font “gling-gling”, des aliens qui font “FtftFtftftf” et Tom Cruise qui plisse les yeux dans le lointain. Mais pas que.

Il y aussi un héros infoutu de trouver la sécurité de son arme, une héroïne charismatique de la mort, et une troupe de personnages secondaires nettement moins plats que la moyenne. Même, un joli moment de tendresse autour d’une tasse de café dans une maison en ruine. Ce n’est pas aussi brillant et stylé que Looper mais c’est plus marrant, très malin et largement moins con qu’une interview de Godard.

Sans prévenir, sans qu’on l’ait vu venir ni qu’on parvienne à y croire vraiment, Tom Cruise a joué dans un bon film. Peut-être même le meilleur de l’été.

En Bref : Il faut aller voir Edge of Tomorrow. Parce que c’est un blockbuster haut-de-gamme, bien foutu et hyper malin. Sans sortir des codes bien polissés d’Hollywood, Doug Liman prouve que l’on peut réussir à faire du bon divertissement sans prendre les spectateurs pour des brebis.

On en regretterai presque le manque d’ambition finale : l’idée ouvre tellement de pistes intéressantes que, pour une fois, on a presque envie de demander à Hollywood de faire une suite.

Comme quoi, le Syndicat des petits moguls rigolos a été entendu.

Le Congrès. Folman Ambitieux.

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Faut-il aller voir Le Congrès ?

Robin Wright est au bout du roul’s. Les pattes d’oies tout ça… la vie qui file, les oreilles qui sifflent et son fils qui se prend pour un cerf-volant. Actrice has-been, elle donne son empreinte corporelle à des studios, pour tourner dans des films sans travailler. Elle devient une femme en plastique. Puis le monde entier devient en plastique. Et tout est si beau et si lisse, qu’elle en pleurerait des larmes de plastique.

Il y a tellement de trucs dans ce long-métrage qu’il est presque indécent de le résumer. Impossible en tout cas, sans écrire un roman. Comme tous les films trop ambitieux, Le Congrès nous promène, nous perd, nous retrouve et ne nous ramène pas complètement. Comme les meilleurs Lynch et les bons Mallick, il est de ces films que l’on a envie de voir en boucle sans jamais percer leur fonctionnement.

Au départ, on regarde la vie cruelle et juste d’une actrice qui a fait les mauvais choix. C’est profond, très beau, parfois drôle. Puis l’histoire part en couille. Le film se transforme en dessin animé, et on ne comprend plus rien à l’histoire. Si étrange, que même l’héroïne a l’impression de ne plus savoir ce qu’il se passe. Il y a des poissons. On décroche.

Dans une deuxième partie, le réalisateur étend sa métaphore. Sans discours, il parle des illusions nécessaires et de la déroute d’une société qui ne sait vivre que dans l’esbrouffe et l’entertainement. Il n’y a pas de grands théorèmes, simplement des couleurs chaudes et des dialogues à double-sens.

Et soudain, alors qu’on est un peu hagards, perdus dans ce mille-feuille volant, le scénario nous ramène sur terre, brutalement.

Le plan séquence qui opère ce retour à la réalité fait partie des plus beaux moments de cinéma qu’on m’ait offert cette année. Parce qu’il justifie tout le délire qui précède. Parce qu’en quelques secondes, le réalisateur nous fait comprendre son propos et l’intelligence profonde de sa démarche.

Parce qu’en terme d’animation intelligente, on avait pas pris une telle baffe depuis Valse avec Bashir, du même auteur ; il va falloir s’habituer à voir le mot “Magistral” derrière le nom d’Ari Folman.

En Bref : Il faut aller voir Le Congrès. Quitte à perdre le fil de l’histoire, face à l’ambition incroyable de son auteur. Ce dernier délivre une charge explosive contre la marche du monde et le système d’Hollywood, avant de retomber sur ses pattes, dans une fin grandiose.

Il faut aussi y aller pour Robin Wright, qui après avoir brillé dans Perfect Mothers, prouve qu’elle choisit les rôles les plus courageux et, pour le moment, les meilleurs films de l’année.

Oblivion. Le drone de fer.

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Faut-il aller voir Oblivion ?

Tout les matins, Tom Cruise fait un bisou à sa meuf et il se lève pour parcourir ce qu’il reste de la terre après l’apocalypse. Il répare les drones, il boit de l’eau et il latte des extra-terrestres. C’est la routine.

Un jour, une Russe arrive. Et il faut reconnaître qu’elle est gaulée. Que faire ?

On ne retiendra pas Oblivion. Mais ça ne sera pas à cause de son aspect visuel. Loin des films de catastrophes classiques, celui-ci n’est pas moche. Pour une fois, la terre est plus belle quand elle est cassée : on survole des étendues vides et désolées où la nature a repris ses droits sur les buildings. C’est stylé.

Tom Cruise aussi est stylé. Si on parvient à oublier à quel point c’est un con, on doit lui reconnaître un vrai talent pour incarner les mecs qui pilotent des trucs volants. Le soir, il rentre dans une maison stylée en haut d’un pylône stylé et il déglingue une rousse plutôt stylée dans une piscine panoramique. C’est cool.

Mais une BD sans bulles, ça finit par devenir relou, alors il faut bien écrire un scénar. Arrive la Russe, les révélations, les retournements de situation et tout le tarif qu’on est censé se payer lorsqu’on va voir un film de SF.

Contrairement à ce que suggère le paragraphe supérieur, c’est pas si mal. A l’échelle du reste de la prod US, c’est même presque intelligent. Les personnages sont aussi profonds que des paquets de chips, tout est prévisible et, comme d’hab, le seul motif des méchants est la méchanceté mais l’univers est bien campé et on se laisserait presque porter.

Presque, parce qu’en fait non.

La fin est un peu bête, les personnages féminins sont des caricatures en moon boots et tout cela est tout de même trop lisse pour nous secouer vraiment. Mais il faut reconnaître qu’on a eu quelques haut-le-coeur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Oblivion. Il faut plutôt s’ouvrir une bonne bière blanche et glander au soleil en mangeant des Twinuts avec un bon livre dans les pattes (si, par exemple, on est un loup).

Mais dans le cas où l’on ressent l’envie d’aller voir un film de SF pas trop mal avec un scénario moins débile que la moyenne, quelques jolis plans et un acteur scientologue, le film tombe à pic.

A moins bien-sûr que l’on soit une taupe. Dans ce cas-là on est aveugle, et on creuse des tunnels. C’est la vie.

Cloud Atlas. Space Chorale.

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Faut-il aller voir Cloud Atlas ?

Je regarde ma feuille depuis une semaine, sans réussir à écrire sur ce film. Parce que j’ai pas le temps, mais aussi parce que il m’en a fallu pas mal pour savoir ce que je pensais vraiment de Cloud Atlas.

C’est l’histoire d’un avocat qui vomit sur un bateau, d’un compositeur qui déprime sur un piano, d’une enquêtrice qui s’exprime dans les journaux, d’un éditeur que l’on comprime dans un hosto, d’une coréenne que l’on supprime comme un robot et d’un sauvage qui s’escrime  pour monter haut.

Les histoires se répartissent dans six époques différentes, pâlement reliées par des grains de beauté en forme de comètes, une récurrence globale des acteurs et la réincarnation de l’âme humaine. Rien n’est connecté, tout est parallèle. Au global, c’est le bordel.

Pour ajouter quelques pièges à loup sur ce champ de mines, les réalisateurs ont décidé de partager le boulot à trois, de monter toutes les histoires en même temps et de ressusciter une palanquée d’acteurs has-been (Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Susan Sarandon…) pour les maquiller à la truelle et leur faire changer de sexe à loisir.

Rien que pour ça. Ils méritent le respect.

Mais au-delà de ce gigantesque hara-kiri, les réalisateurs parviennent à raconter leur(s) histoire(s) avec brio. Mieux, ils parviennent à être passionnants, virevoltant d’une époque à l’autre, voir même d’un style à son contraire sans presque jamais nous perdre. On rigole chaudement devant une comédie à l’anglaise, avant d’être ému la seconde suivante par le destin d’une cyborg rêveuse ou d’un compositeur précaire.

C’est fort. Forcément périlleux, fatalement inégal mais tellement amoureux du cinéma qu’on ne peut que s’incliner devant ce gigantesque kaleïdoscope.

Evidemment, tout cela ne fonctionne pas jusqu’au bout : on se rend rapidement compte que les six histoires ne sont pas aussi liées qu’on l’espérait, que la dernière vire au kitsch en combinaison blanche et que le message général est d’une innocence qui confine à la niaiserie (“Si tout le monde est gentil, le monde va mieux et si tu n’es pas heureux, tu le seras dans une autre vie”).

Et puis ça dure, et c’est vrai qu’on s’ennuie un peu, pour peu que le siège soit pas très agréable et la salle trop chauffée. Mais une semaine après, on se demande encore ce qu’on a pensé de cette histoire qui nous hante. Ce qui n’arrive jamais avec un film de Jude Apatow.

En Bref : Il faut aller voir Cloud Atlas. Parce que c’est un peu raté, mais plus ambitieux que tout ce que vous verrez au cinéma cette année. Parce qu’il y a de véritables moments de grâce dans ce monticule de cinéma et parce que ses auteurs semblent faire une telle confiance dans leurs spectateurs qu’on a pas envie de les décevoir.

Et puis aussi, parce qu’ils ont raison, malgré les quolibets : si tout le monde était un peu plus gentil, le monde serait probablement plus chouette. En tout cas, la ligne 13 serait plus facile à vivre.

Looper. Bruce tout puissant.

 

Faut-il aller voir Looper ?

Voilà à quoi ressemblerait le cinéma américain si les producteurs avaient des couilles.

Ne fuyez pas, amateurs de blockbusters. Il s’agit pas de vous asséner des dialogues imbitables, des références prétentieuses et des sous-titres de quatre lignes. Vous aurez le pack habituel : des flingues, des gonzesses, des explosions et de la drogue.

En prime, Looper se permet juste d’ajouter des éléments que l’on avait pas vu à Hollywood depuis Blade Runner : des acteurs géniaux, une caméra brillante et un putain de scénario.

Le futur est crade. L’histoire parle de boucles, d’amour et de vengeance. Et je m’arrête la, parce qu’il vaut mieux y aller sans rien savoir.

Pour le reste, les mots me manquent. Comme si l’ont avait filé un cerveau ET un gros budget à un même cinéaste (normalement c’est l’un où l’autre). Le futur est sombre donc, mais surtout crédible et intelligent. Les barrières sociales ont grandies à mesure que les frontières géographiques se rapprochaient. La violence est omniprésente, mais l’histoire va plus loin.

Pour une fois dans un film yankee, on ne devine pas la fin dés le début. Le scénario nous promène, nous paume et nous laisse deviner pas mal de trucs. Filmées avec une grâce sans pareille, les premières minutes du film ravivent une vielle flamme dans le ventre de tous les amateurs de sf. Une odeur de souffre qu’on avait pas beaucoup sentie depuis Matrix.

Dark City, Brazil, l’Armée des douzes singes… Les références s’accumulent car le film se place instantanément sur l’étagère réduite des dvds qu’on achètera encore. L’intrigue posée, l’action commence. Elle est percutante sans être assourdissante. Entre les parties de flingues, le réalisateur ne se gêne pas pour assoir ses personnages et les faire discuter pendant dix minutes.

Plus rare encore, “la fille” est le contraire absolu d’un faire-valoir en talons aiguilles et en plus elle coupe du bois. Et puis il y a les lumières, les cadres et la chute. Trop pour tenir dans ce billet. Mais tout est magistral. Allez, c’est vrai que le rythme faiblit un poil dans le dernier tiers, mais il permet de donner de la profondeur aux personnages.

Et merde, si vous avez un minimum d’affection pour la science-fiction et une once de respect pour ce blog, allez-voir ce film ou je me cloue les deux mains sur le clavier.

En bref : Il faut aller voir Looper. Putain de merde. C’est le meilleur film que j’ai vu depuis Polisse et Oslo 31 Août. Et probablement le meilleur film de l’année.

Évidemment, vous allez être déçus, penser que je vous l’ai survendu et revenir ici pour gueuler mais qu’importe. Bruce Willis joue dans un bon film tous les dix ans. Et généralement, il entre dans l’histoire.

Si Hollywood arrête de réchauffer les même plats pourris tous les mois pour parier sur ce genre de projet, je veux bien prendre ma carte au méga CGR.

Total Recall. Totale rigole.

Faut-il aller voir Total Recall ?

Il fait chaaaauuud. C’est incroyable comme la météo peut anéantir les meilleures volontés. Par exemple, ce mois-ci, j’avais décidé de m’acheter des chaussures, et puis finalement je suis assis sur une marche et j’ai rien fait.

Dans ces périodes fatidiques, il faut être motivé pour écrire une critique. Avoir l’envie d’administrer une bonne raclée à un film surrestimé ou de porter au nue un chef d’œuvre. Mais franchement, comment écrire sur Total Recall par une chaleur pareille ?

Pour la millième fois, l’histoire d’un agent double, d’une dictature, du chef de la résistance qui est forcément plus gentil que le dictateur et puis la fille, qui court derrière le héros, folle amoureuse de son héroïsme de con.

J’en ai marre.

Pourtant dans les souvenirs, l’original avec Shwarzy était plutôt coolos. Ça pétait bien, y’avait des blagues et des hologrammes, c’était le bon temps, mais j’avais 12 ans.

Aujourd’hui, utiliser autant d’argent pour faire un film aussi convenu relève presque du crime. C’est très con, mais on pense au nombre de gens que l’on aurait pu nourrir avec toutes ces explosions en images de synthèses. Et même si c’est très con, on est obligé de se dire qu’on en aurait nourris plein.

Total Recall est vide. Vide de sens, vide de charme, vide d’idées, vide de style et d’intelligence. Colin Farrel est pas terrible et les deux actrices sont affligeantes. Mais à leur crédit, les dialogues sont tellement plats que même Meryl Streep n’aurait pas su y mettre de sel.

En cherchant un moment, on peut reconnaître au chef op d’avoir sur donner une jolie couleur à l’image et de faire quelques mouvements de caméra originaux et rythmés. Mais pourtant, on regarde ça mollement, sans tripper une seconde. Et il faut reconnaître ce talent au cinéma américain de savoir faire un maximum de barouf tout en restant chiant.

Action sans fun, agitation sans rythme, univers sans asperités. On a tout vu trop de fois dans ce type de cinéma qui se prive de nous surprendre par peur de perdre de l’argent. Malgré mes réticences, je lui préfère mille fois Faust ou Holy Motors, tout aussi mauvais mais bien plus courageux.

Eux aussi sont insoutenables, mais au moins ils ruinent leur auteur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Total Recall. Allez plutôt boire un verre, lisez une bonne bd ou faites une partie de Time’s up avec vos copains.

Ce ne sont pas mes petites critiques et tous nos blogs qui feront comprendre à Hollywood que nous ne voulons plus de ses produits lyophilisés, mais notre absence des salles. Alors n’y allons plus.

“On vous boycottera tant que vous nous prendrez pour des cons”, ça voudra dire. Ça changera rien, mais on économisera de l’argent.

Time Out. Con temps.

T'as pas l'heure

Faut-il aller voir Time Out ?

C’est l’histoire d’un monde où l’argent se compte en minutes. A 25 ans, tout le monde s’arrête de vivre pour être suspendu à un compteur vert qui décompte à l’envers le temps qu’il leur reste à vivre. Les cafés se payent en secondes, et la société est stratifiée en fonction de la richesse des habitants. D’un côté, les immortels s’emmerdent en assoiffant les pauvres, qui passent leurs journées à courir pour survivre.

Parfois je me demande si les américains savent encore faire du cinéma. Un mec doué pourtant, Andrew Niccol, réalisateur du puissant Bienvenue à Gattaca, semble avoir été écrasé par le formatage hollywoodien. Comme à chaque fois, on suit un héros noble et courageux qui passe son temps à courir en traînant une bimbo en talons aiguilles par la main, les rebondissements sont prévisibles à la seconde près et les scènes d’actions s’égrènent avec une régularité métronomique.

Pas con, le concept est expliqué avec une lourdeur extrême dans un univers jamais crédible. “Je vous dirai bien la bourse ou la vie, mais en l’occurrence c’est pareil”, déclame Justin Timberlake. Et ça dure 1h40 : dialogues d’une pauvreté ahurissante, blagues minables et effets ratés se succèdent sans surprise.

Pour se donner une contenance, le film tente d’opérer une réflexion pédagogique sur le partage des richesses. “Pour quelques immortels, il faut beaucoup de morts” assène le méchant richissime, et Justin de répondre “l’immortalité n’a pas d’intérêt si elle doit coûter la mort d’un être”. Violon.

Dégoulinant de bien-pensance naïve, ce cours d’économie politique pour les nuls n’essaie jamais d’apporter d’autres réponses qu’un angélisme moisi et un humanisme bébête. Lorsque le héros se pointe au milieu des affamés avec un million d’années en poche, il n’y a pas de bousculade et tout le monde partage en chantant ses louanges.

Pour empirer le tout, ces failles de scénario sont amplifiées par une mise en scène, une photographie et des décors complètement cheapos. Le futur ressemble à une aire d’autoroute et les émeutes de la faim sont si calmes qu’elles feraient passer les indignés pour des insurgés talibans. Et je ne parle pas des voitures, parce que les voitures c’est nul.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Time Out. Aussi subversif qu’un concert de clarinette, c’est l’un des nanards les plus puissants qu’on a pu voir cette année. Même si je dois reconnaître que je l’ai vu en VF (ce qui n’arrange rien), le film réuni tous les clichés véhiculés par le cinéma d’Hollywood.

Au bout d’une heure, le type devant moi s’est mis à vomir partout sur les sièges du Pathé Wepler. C’est vous dire si c’était nul.