Jobs. Blow-Jobs.

Jobs

Faut-il aller voir Jobs ?

Salut les filles, moi c’est Steve Jobs. Téma ma barbe comme je suis un aventurier. Regarde comme je marche vouté, comme un mec génial. T’as vu mes pieds ? Je suis en chaussette sur ton bureau. Et ouais. Mais je peux me permettre, parce que je suis le prince du cool.

A l’époque où les geeks n’avaient pas encore de swag, j’étais le loup solitaire du club informatique. Je déglinguais des meufs, je pompait des buvards et j’avais même pas de chaussettes. J’avais pas trop de talent non plus, mais j’avais déjà une grande gueule. Avec un polonais, une poignée de tocards et un peu de fric, j’ai créé Apple. Et je suis devenu un gros relou.

Voici ma vie, racontée avec beaucoup de précision. Tous les possesseurs d’iTrucs pourront enfin comprendre dans les détails comment ça s’est passé quand j’ai largué ma copine enceinte, mais aussi tous les rebondissements de la vie d’entreprise. Par exemple, un moment y’avait une réunion avec les actionnaires, et mon copain Bob il avait pas voté pour moi, alors que j’avais souri ! Et une autre fois, j’avais viré un type parce qu’il avait posé une question.

C’est bien fait, on a reproduit nos premiers locaux, les salons de l’ordinateur des années 70 et le garage où je soudais des claviers. On vous racontera l’extraordinaire histoire du MacinTosh. comment on avait discuté à propos de polices de caractères, des menus déroulants et des barrettes de Ram (j’avais arrêté la drogue).

Comme c’est un biopic, vous verrez aussi comment j’ai pas toujours été top : odieux avec les femmes, avec mes amis, et avec tout le monde en général, manipulateur, rancunier, narcissique et toujours garé sur les places handicapés. On est durs avec moi-même, ne serait-ce qu’en choisissant Ashton Kutcher pour m’interpréter. Mais c’est pas grave.

Comme je le dis moi-même pour conclure le film : “Je me suis comporté comme un affreux égoïste toute ma vie, mais l’humanité a besoin de mecs comme moi ou Jésus pour avancer. Hé ho ! J’ai inventé l’iPod quand même !”

En Bref : Il ne faut pas aller voir Jobs. D’ailleurs, il ne fallait pas non plus faire un film sur Steve Jobs. Je veux bien que les Mac fassent de jolis placements boursiers, mais de là à considérer le mec qui les a marketé comme un dieu vivant, faut pas déconner.

Compliquée, plate, emmerdante et laide, cette hagiographie n’a qu’un seul intérêt pour l’oeil : il peut s’entraîner à compter le nombre de plans où l’assistant caméra n’a pas réussit à faire le point.

Et il y en a pas mal.

The Master. Secte Symbole.

Faut-il aller voir The Master ?

C’est l’histoire d’un fou qui rencontre un fou. Le premier est plus con. Le deuxième est plus fou. C’est comme ça qu’on crée un secte. Ça tombe bien, le deuxième vient d’écrire un livre sur la physique nucléaire, les vies antérieures et l’hypnose sous alcool.

J’ai écris ça il y a trois jours et depuis je sèche. Faire le malin pour démonter un film, ça vient tout seul. Mais devant un mec comme Paul Thomas Anderson, on se sent tout petit. J’en serai presque d’accord avec tous les tocards qui commentent que “ta ka réalisé dé films si t si fort pour critiké” (n’empêche, c’est quand même des tocards).

Donc voilà. A l’heure où tous les critiques ont le mot “chef d’oeuvre” à la bouche, à l’heure ou Ben Affleck gagne des Golden Globes devant tout le monde et à l’heure où les gens écrivent “à l’heure où” tout le temps comme ça pour donner du poids à leurs paragraphes ; et bien à cette heure là, on ne sait plus trop ce que c’est le talent.

Spielberg ? Scorsese ? Cameron peut-être ?

Non évidemment. Ce sont tous des faiseurs. Des mecs plutôt doués, qui ont les moyens d’en avoir, un bon sens du cinoche et une capacité a utiliser les grosses recettes avec suffisamment d’intelligence pour que ça se voit pas trop. On fait du pitch au kilomètre, des belles affiches et des figurines en plastique.

Mais le vrai talent, il est entre les mains de mecs comme Paul Thomas Anderson. Des types qui ne respectent absolument pas la chronologie de l’histoire, l’équilibre du scénario, le timing des péripéties où même les règles les plus élémentaires du montage et de la disposition des caméras.

Tout ça, Anderson s’en fout. Il voit. Un peu comme les peintres, qui décidaient de faire le ciel en rouge ou des meufs carrées, parce que c’est comme ça qu’ils les voyaient. PTA adapte les règles à ce qu’il veut montrer et ce qu’il veut dire. Certes, il y a une histoire, mais surtout, il y a des scènes puissantes, des ambiances pesantes et une véritable flamme d’auteur qu’on ne verra jamais dans la filmographie de Ben Affleck.

Dialogues hypnotisants, plan-séquences admirables, direction d’acteur parfaite, The Master est un film qui respire le génie et l’intelligence d’un bout à l’autre. Comme devant les autres films du maître, on est pas toujours emballé, parfois un peu paumé et il arrive même qu’on s’emmerde un peu sur la fin.

Et pourtant, ce film terminera à coup sûr dans les meilleurs films de 2013. Allez comprendre…

En Bref : Il faut aller voir The Master. Parce que le cinéma d’Anderson est unique. Parce que plus tard, on achètera son intégrale en DVD et qu’on la rangera sur notre étagère d’intello, entre Kubrick et Kurosawa (contrairement aux apparences, elle ne sera pas rangée dans l’ordre alphabétique).

Et aussi parce qu’il y a une photographie à s’enlever les yeux à la cuillière, Philip Seymour Hoffman dans son meilleur rôle et une analyse du charisme et de la manipulation qu’on avait pas vu depuis Fight Club.

Et Fight Club, lapin, c’est la Bible.