Her. OS la saucisse.

HER

Faut-il aller voir Her ?

Théodore est un weirdo de la mort qui tombe amoureux de son ordinateur. Est-ce que c’est cool ?

C’est un peu cool. D’abord parce que le réalisateur réussirait à nous faire tripper en filmant une pomme. Venu du skate et des cascades dans des caddies de supermarché, Spike Jonze est la preuve vivante que l’on peut réussir dans le cinéma en commençant par le BMX : des clips barrés, des films bizarres et une carrière sans faute. Dire qu’on bosse tous dans l’audit financier et la mécanique des fluides, ça me fout le cafard.

Mais pour son dernier film, Spike a posé l’aiguille : pas de délires visuels, pas de monstres géants ni de Christopher Walken qui vole. Des écrans, un peu de phone-sex et une lumière pâle. Sobre. A quelque chose près, on est même dans une rom-com classique : l’amour, le doute, la reconquête et à la fin le héros se fait couper le bras.

Héhé.

Finalement, même si cette fois personne ne rentre dans la tête de personne, Jonze continue de réaliser le même film : celui d’un type à part qui cherche l’amour en courant dans le mauvais sens. Loin de se foutre de son héros, le réal prend son sujet très au sérieux, et il dépasse rapidement les limites de son pitch à la con pour réussir à rendre son histoire crédible et attachante. Contre toute attente, la scène de sexe est l’une des plus poignantes du film.

Joliment filmé, l’univers futuriste ressemble à s’y méprendre au 11ème arrondissement de Paris : des mecs seuls avec des chemises bizarres qui regardent leurs smartphones en rêvant de rencontrer l’âme-soeur sans avoir à renier leur égoïsme. Ça fonctionne, parce que ça sonne vrai. Et ça serait un film magnifique…

S’il n’y avait pas Scarlett Johansson.

Malgré toute le respect et l’admiration que j’ai pour cette actrice, elle joue faux depuis le début de sa carrière. “Comme tant d’autres”, répond Léa Seydoux. Mais c’est un problème, lorsqu’il s’agit de raconter une histoire d’amour : comment croire que Théodore rêve de l’étreindre, quand on a juste envie de l’éteindre ? (ce jeu de mot demandera un peu d’effort aux presbytes)

Pour ne rien arranger, les dialogues de l’OS sont nazes. Quand Théodore s’esclaffe en la trouvant “so funny”, quand elle enchaîne les remarques pseudo-intelligentes censées nous faire croire qu’elle est hyper cool, et même lorsqu’elle hurle à la lune lors de galipettes numériques, on n’y croit jamais. Parce que Spike invente une fille parfaite en la calquant sur un mélange entre Lara Croft, Barbie et sa mère, alors qu’on tombe toujours amoureux des filles pour leurs défauts.

“What does it feel to have a body ?” se demande Scarlett cinq fois d’affilée. Et de sa part, je comprends que ça soit fun. Mais tant qu’à caster une actrice pour sa voix, autant en choisir une bonne.

En Bref : Il faut aller voir Her. C’est intelligent, parfois très drôle et foncièrement original. Sans trop se la raconter, Spike Jonze parvient même à livrer une analyse assez pertinente de notre société de célibataires connectés.

Malheureusement, le film ne parvient jamais à l’émotion qu’il tente d’atteindre, parce que si on comprend tout à fait que Joaquin Phoenix tombe amoureux de son portable, on n’arrive jamais vraiment à croire qu’une intelligence artificielle puisse être aussi relou.

Spike et les Maxi-Trucs

Faut-il aller voir Max et les Maximonstres si on a plus de douze ans?

Quand Spike Jonze n’a pas d’argent, il réalise Adaptation, une fable schizophrène mémorable. Quand il en a un peu, il fait Dans la peau de John Malkovich, un autre truc sous acide qui joue avec l’apesanteur. Quand il a un vrai budget, il fait des clips foutraques ou Christopher Walken danse et vole sur Fatboy Slim. Alors quand j’ai su qu’on lui avait donné les moyens d’adapter le livre pour enfants le plus bizarre que je connaisse, j’étais Maxi-Chaud.

Max est un petit garçon solitaire, qui aime sa maman et sa grande soeur, ce qui ne l’empêche pas de mordre la première et de démonter la chambre de la seconde. Il ne sait pas trop pourquoi, il a envie d’exister. Un jour de crise, il s’enfuit dans un monde bizarre, peuplé de créatures velues d’environ trois mètres. Vont-elles le manger?

Max et les Maximonstres n’est pas un film pour enfants, c’est un film sur l’enfance. Spike Jonze a la très bonne idée d’éviter la dissertation et le conte casse-burne plein de bons sentiments pour rendre tel quel, l’intérieur de la tête d’un jeune garçon. Dans le monde de Max, il n’y a pas de chevaux à six pattes et de princesses, il y’a de la bagarre, de la rage, de la peur, de la solitude et des batailles de cailloux.

Malheureusement, ce medley surexcité perd parfois en rythme, et laisse le spectateur de côté. Mais la musique sous amphétamine produite par Karen O, la turbulente chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, est là pour raviver le feu, et à l’occasion, coller une belle émotion à l’image.

En bref: Il faut aller voir Max et les Maximonstres. Si on arrive à lui pardonner quelques longueurs, et un propos un peu brouillon, on pourra profiter d’un très beau portrait de l’enfance, qui ne tombe ni dans le moralisme, ni dans la psychologie à deux balles. Le jeune acteur est époustouflant, la maman est émouvante et les monstres attachants.

Allez hop, lâchez vos bouquins de Françoise Dolto et trouvez vous un petit cousin cinéphile. Au pire, vous direz que c’est de sa faute.