12 years a slave. Cotton Club.

MCDTWYE FS008Faut-il aller voir 12 years a slave ?

Foutu labyrinthe ! Un mois que je tourne dedans, sans boussole, sans réseau, sans haine, ni arme, ni violence. L’enfer. Un mois sans cinéma. Ça devait bien faire cinq ans que je n’en avais pas fait l’expérience…

A cause du travail bien-sûr, mais pas que, ô grand pas que. Regardez les affiches ! Qu’y voit-on ? Rien ! Et le temps ne fait rien à l’affaire : je veux bien sortir de ma caverne, mais pas pour me taper un Wes Anderson. Lorsqu’on est affamé, personne ne rêve d’une sole meunière.

C’était la digression, pour les anciens. Si tu viens de débarquer sur ce blog, tu te demandes sûrement qui c’est, ce mec qui raconte sa vie dans une critique cinéma. Ben c’est moi.

Avant cet exil, j’ai vu l’oscar. Inquiet. Il n’a pas fallu attendre Steve McQueen pour voir des réalisateurs pointus se faire manger par l’Hollywood : Kassovitz, Mendes, Lumet, Pitof (lol)… A part Jeunet et son Alien formidable, rares sont ceux qui survivent sous les coups de boutoirs de l’industrie et de ses industriels.

Steve McQueen n’échappe pas aux pop-corns. Ils sont même fluorescents et criards. Commençons par le pire d’entre eux : Hans Fucking Zimmer et son armada de violonistes larmoyants. A chaque moment fort, le compositeur redondant rajoute du nutella dans la confiture sans se rendre compte qu’il assassine le goût.

L’autre meurtrier, c’est le gros Brad et sa stache-beubar de l’apocalypse. Armé de son accent traînant désormais typique (parce qu’il le traîne dans chaque film), Mister Jolie nous courre magistralement sur le haricot, avec une version light d’I have a dream, qu’il annonne à deux reprises.

En deux mots, on pourrait résumer son laïus par cet alexandrin : « Mèèèèn slavery is a bèèèèd ting. » Dough… De la part d’un producteur qui fait bosser des noirs pour faire fructifier son blé, c’est moyen (Tout doux Kevin, c’est une blague.)

Tout cela est d’autant plus neuneu, que le film est fin. Si l’on oublie le monologue pataud et lacrymal d’Adepero Oduye (le seul personnage du film qui ne méritait pas d’oscar, avec Bradou), tout le reste est brillant.

Malgré les lourdeurs sus-cités, Steve McQueen conserve son sens inné de la mise en scène. Mieux, il l’adoucit : pas de plans interminables sur une chanson, ni de type qui balaie un couloir pendant trois minutes. Face à ce pan d’histoire, McQueen l’artiste un peu nombriliste, a gagné en modestie.

Parce que les studios californiens trempent tous les films dans le formol, peut-être, mais surtout parce que le réalisateur a beaucoup de respect pour son sujet. Ici, il ne s’agit pas faire le malin avec une grue, mais de raconter l’histoire, la vraie. Il s’agit de filmer les visages, les champs de cotons, et les chants de ceux qui le ramassent, au rythme du fouet. Et McQueen le fait comme personne.

Sur l’esclavage américain, on n’a jamais rien vu d’aussi fort. Rien.

En Bref : Il faut aller voir 12 years a slave. Parce que la forme est époustouflante, comme toujours chez McQueen, mais aussi parce que l’histoire est forte, simple, sans manichéisme, et portée par des comédiens au sommet.

Sans l’interventionisme d’Hollywood, les violons d’Hans et la crinière de Brad, on tenait le meilleur film de l’année. Faute de mieux, il sera dans le top 10, surtout si les autres continuent de dormir.

Shame. Les peurs du mâle.

La main dans le sac

Faut-il aller voir Shame ?

Brandon est un con, comme son nom l’indique. Riche, beau-gosse et élégant, il ressemble à l’image que l’on se fait du trentenaire New-Yorkais. Célibataire, intelligent et coureur de tailleurs, Brandon baise beaucoup, mais dort souvent seul. Le jour, il travaille dans des grandes tours de verres où on invente des concepts vides. Il est triste. Brandon voudrait nous faire croire qu’il est malade, mais il est juste égoïste. D’ailleurs, il a une soeur, et il nous en a même pas parlé.

Pour beaucoup de critiques, Shame est un film sur l’addiction sexuelle. Connerie. Shame est un film sur l’homme moderne. Celui des pubs pour l’after-shave, le beau-gosse indépendant avec un pull Paul Smith qui sent le danger et le succès. Celui qui boit du Dry Martini sans faire la grimace, celui qui ouvre la porte aux vieilles dames et qui sort avec la plus jolie fille de la boîte, sans jamais la draguer.

Mais depuis qu’il a quitté Barbie, Ken a pris 10 ans dans la tronche. Il se sent seul. Il n’est plus vraiment cool, mais il ne sait pas vivre autrement. Parce qu’un homme qui ne séduit pas est un homme mort, ou du moins, un homme qui ne séduit pas n’a rien à faire sur la couverture de GQ.

L’addiction sexuelle est un cache-misère. Il permet aux commentateurs du film de planquer l’essentiel sous le tapis en s’émouvant devant “cette affreuse maladie”. Certes, Brandon se masturbe un peu trop pour être normal, mais au final, il est juste symptomatique d’une époque : il chasse, il zappe, il consomme. Mais comme il est moderne, il a honte.

Jusqu’à la fin le réalisateur semble hésiter entre la morale et l’apitoiement. Dans les meilleurs moments, il se contente de poser un regard clinique sur son personnage, sans pour autant le juger. Mais a plusieurs reprises, il dégaine des gros violons pompeux, qui alourdissent le propos. Lors d’une interminable scène de cul, le réalisateur fait son choix : il fera un film moral, mais il laissera le choix de la rédemption finale au spectateur.

Dans les années 70, Shame aurait probablement été houspillé comme un brûlot réactionnaire. Aujourd’hui, la critique se pâme (sauf les Cahiers du cinéma, ce qui confirme cette théorie). Moi je suis perplexe. Dans la vraie vie, les jouisseurs impénitents ne périssent pas tous dans les flammes de l’enfer, mais à l’inverse, le modèle du vieux célibataire libre et moderne n’a pas mené à grand chose, si ce n’est une génération de losers égoïstes.

Au moins, la tristesse de Brandon rassurera les épicuriens : lorsque le beau-gosse parfait des films rentre dans son appartement luxueux après après avoir pécho trois mannequins, il regarde des films pornos tout seul et il se tape la tête contre les murs.

En Bref : Il faut aller voir Shame. Malgré des longueurs, une posture un peu arty froide et malgré l’impression tenace de se rendre à la messe. Parce que malgré tout, l’ouverture du film est d’une maîtrise absolue et la chute d’une grande intelligence. Parce que le réalisateur aligne quelques plans séquences d’anthologie, sur le fond comme la forme. Parce que vous pourrez débattre du film avec vos potes, contrairement à Time Out.

Mais très franchement, si vous avez une autre interprétation, je suis preneur. En commençant à écrire cette critique, je n’avais pas prévu de recommander le film…

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