Oslo, 31 août. Joyeux Drieu.

Faut-il aller voir Oslo, 31 août ?

Alors que l’été s’éteint, Anders se désintoxique. Après six ans de cure, il revoit ses amis, quelques amours et surtout ses emmerdes. Ses anciens potes de défonce ont des maisons, des costumes et des enfants. Anders a le crâne rasé, des cernes et une montagne d’amertume sous le crâne.

Si je ne m’étais pas retrouvé tout seul au milieu de Paris lors d’une vendredi soir glacé, je ne serais jamais rentré dans la salle. Le sujet est triste, norvégien et adapté d’un roman de Drieu La Rochelle, auteur fascisant et collabo notoire. Pire, le film est porté par le caviar de la critique : Télérama, Inrocks et Cahiers, des mecs qui passent plus de temps à se relire qu’à voir des films.

Et pourtant.

Oslo 31 août est si bouleversant, qu’il est difficile d’en parler sans se perdre.

Pendant une journée, on suit la descente aux enfers d’Anders, en alternant les phases aériennes et la noirceur absolue. A travers ce périple, le film semble nous questionner sur le sens de la vie, sans jamais virer vers la métaphysique ni nous imposer une réponse toute faite et manichéenne. Malgré tout, semble-t-il dire, certaines choses sont drôlement jolies.

Sous ses apparences a priori intello casse-burne, la réalisation est rythmée, inventive et soignée : malgré une utilisation un peu abusive du flou-net (qui ravirait mes camarades de promo) et de certains effets à la mode dans le cinéma indépendant, la caméra est brillante.

Souvent elle est utilisée comme un élément de narration à part entière, comme lors d’une scène magnétique où le héros écoute les conversations de tables voisines d’un restaurant, en suivant les jolies filles du regard.

La fin se clôt sur un plan-séquence héroïque, où le talent de l’acteur principal et la beauté de la musique se conjuguent pour nous clouer au siège.

En Bref : Il faut aller voir et revoir Oslo, 31 août. Visuellement sublime, merveilleusement bien écrit et mélancolique comme une partie de billard, le film assure déjà sa place dans les films de l’année, malgré quelques lourdeurs stylistiques.

Car là où beaucoup de réalisateurs se repaissent de la misère pour nous tirer les larmes, le jeune cinéaste suédois aux manettes fait l’inverse. Comme Pierrot le fou le clamait en son temps, Oslo raconte le drame pour mieux faire une déclaration d’amour vibrante à la vie.

L’essentiel, semble nous dire le réalisateur, c’est de voir le bonheur quand on le touche du bout des doigts.

Millenium. Cold Craig.

Grand nord Faut-il aller voir Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes ?

Un journaliste joue les inspecteurs pour un vieux capitaine d’industrie. Une blonde a disparue il y a 20 ans. Une brune avec plein de tatouages conduit une moto. C’est la Suède.

Après les trois livres, les films suédois et la série, voici le remake américain. Pas facile d’être objectif sur Millenium : l’histoire de la trilogie à succès a tellement fait le tour du monde dans tous les sens qu’il est devenu impossible de surprendre avec. Et sans surprise, David Fincher ne surprend pas.

Tout cela est très compliqué, mais l’histoire aussi. A tel point que l’on peut se demander pourquoi tous les réalisateurs en manque d’inspiration se battent pour l’adapter à l’écran. Pendant les trois quarts du film, les héros enquêtent en observant des photos, des vieilles coupures de journaux et des documents administratifs dans des bibliothèques boisées. Sans guère d’action pour pimenter le tout, on a parfois l’impression de regarder Arte à 4 heures du matin. Et c’est long.

Pourtant, comme toujours chez David Fincher, les plans sont soignés à la perfection et la mise en scène ne manque pas de dynamisme. Les rares scènes un peu agités sont percutantes et le réalisateur retrouve la noirceur malsaine qu’il avait un peu laissé de côté depuis Seven. Encore une fois, le film s’appuie sur la musique viscérale de Trent Reznor, et c’est tant mieux.

Autre bon point, le jeu des acteurs est plutôt convaincant : Rooney Mara a l’air aussi bizarre que son personnage et Daniel Craig prouve qu’on a eu tort de le prendre pour un con juste parce qu’il avait des muscles. En revanche, Millenium perd sa crédibilité dés que les seconds rôles ouvrent la bouche : l’histoire est censée mettre en scène des suédois, mais tout le monde parle en anglais avec un accent du nord, sauf les acteurs principaux fraîchement importés d’Angleterre ou des Etats-Unis… Bof.

Mitigé donc, jusqu’à la fin, interminable, où le réalisateur se fourvoie dans une deuxième intrigue traitée par-dessus la jambe, pendant que les spectateurs se dandinent sur leur siège. Dommage, car il y a des chouettes trucs dans cette histoire, comme l’apparition d’un héroïne qui ne passe pas son temps à courir derrière le héros en hurlant de peur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Millenium. L’intrigue n’est pas très cinématographique, trop complexe et trop longue pour conserver notre attention pendant les 2h38 de pellicule. Malgré tout, Fincher se débrouille tant bien que mal pour clarifier le tout et pondre de jolies images.

Mais de la part du réalisateur de Fight Club, on attendait mille fois mieux.