Flight. Denzel in distress.

Flight

Faut-il aller voir Flight malgré que ça a l’air pourri ?

C’est un pilote, il est saoul, il est coké mais cool, alors il sauve des centaines de vies en posant son avion à l’envers. C’est une junkie, elle est coriace, elle est accro mais coquine. Vont-ils s’aimer plus fort que leurs addictions ? Ça serait bien.

Même le pitch a quelque chose de pourri, d’américain, dans le sens péjoratif du terme : on voit venir à mille nautiques la grosse réflexion convenue sur l’addiction, la morale, Dieu et la traversée du désert. Et lorsqu’elle s’approche, on se rend compte qu’on avait bien vu. C’est ça. Au mot près.

Dans les écoles de cinéma, on pourrait utiliser Flight comme la check-list de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma mais que tout le monde fait quand même tout le temps :

Dans le désordre, on voit une junkie dépravée se transformer en mère de famille equilibrée en cinq plans, un alcoolique quitter les alcooliques anonymes au moment où un autre confesse qu’il “n’osait pas faire face à l’époque” (ça c’est d’la réal frère), a cinq reprises, des mecs qui débattent de l’existence de dieu en haussant les épaules (et en fumant des clopes passke c’est pas des bigots ok ?), dont une fois avec une église en toile de fond (c’est d’la réal j’t’ai dit).

Je fais un paragraphe pour faire respirer l’article.

On voit aussi : un fils qui dit à son père “tu est mon héros mais je ne sais pas qui tu es” au parloir, John Goodman en hippie-rockeur improbable, lunettes noires et catogan, qui fume de la coke (oui) sur Sympathy for the devil, un traveling arrière sur Denzel Washington qui marche, bourré avec des lunettes noires topaclasse, et encore Sympathy for the devil, Denzel Washington qui pleurniche, bourré devant une vidéo de son enfance,  Denzel Washington qui pleurniche, bourré, en reconnaissant qu’il est bourré…

On and on. Pendant deux heures.

Comme pour enfoncer le pylône, le réalisateur orchestre ce naufrage sur l’ensemble du top 50 des années 70. Outre ces putains de Rolling Stone, on nous inflige un extrait des Beatles dans l’ascenseur, Joe Coker dès qu’il y a un silence, Marvin Gaye pour faire triste, Ain’t no sunshine when she’s gone et même ces tocards de Red Hot Chili Pepper.

Ok, c’est du bon son, mais ça n’a rien a foutre dans un film. Merde Bob, t’es la pour raconter une histoire, pas pour repasser tes vinyles ! Au final t’as l’impression d’être bloqué dans la cabane au fond du jardin avec ton oncle et ton oncle qui fument des pétards en écoutant Led Zep.

L’enfer.

Finalement, le seul avantage de ce Robert Zemeckis, c’est qu’il y a pas Tom Hanks. Mais bon dieu, après l’avoir vu, qu’est-ce que j’aurai donné pour un petit retour vers le futur…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Flight. C’est lourd comme un Boeing et con comme une hélice. Après une scène de crash bien réalisée et un superbe dialogue dans les escaliers, Robert Zemeckis se noie dans un océan de clichés mal-vus, de réflexions à deux balles et de bien-pensance moisie.

C’est dommage car comme disait mon pote PO, y’avait quand même un truc subversif à faire sur l’histoire d’un mec qui conduit mieux quand il est bourré.

Savages. Oliver, stone.

Faut-il aller voir Savages ?

Quand j’étais petit Oliver Stone c’était coolos. Ça faisait poum poum tchack, ça tournait dans tous les sens, y’avait des couleurs criardes, du noir et blanc, de la musique tout le temps. Derrière la violence baroque, y’avait des tas de références stylées, des messages politiques et des envolées lyriques.

Et puis je sais pas j’ai vieilli, ou les temps changent, mais maintenant ça me fatigue. L’impression d’être enfermé dans la chambre d’un ado hyperactif. Les couleurs sont superposés comme des posters fluos, le mouvement est perpétuel, omnidirectionnel et toute cette mascarade est assenée sur du rap de merde et du rock bruyant, qui ne s’arrêtent JAMAIS.

Le film dure deux heures, mais on sort aussi épuisé qu’après l’intégrale du Seigneur des Anneaux version longue. Pendant le dernier monologue de la très mauvaise Blake Lively, mes voisins de salles commençaient déjà à se lever tant le film est interminable.

Surtout, il est éprouvant. Oliver Stone filme sous tous les angles, triture la bague de netteté, les couleurs, les lumières en s’excitent comme une bête pour donner de l’énergie à son film. Ça va bientôt faire 15 ans que Tarantino règne sans partage sur le genre polar et Stone n’a toujours pas compris qu’il ne fallait pas s’agiter pour créer du rythme mais filmer proprement et écrire des bons dialogues.

Pas de bol, de ce côté là, c’est le calme plat. Les acteurs ne sont pas foncièrement mauvais, l’écriture n’est pas affligeante mais malgré tout, il n’y a rien. C’est une histoire de drogue, de flingues et de moustaches comme on en a vu 1000. Le scenario joue les dingues sans jamais tenter de nous surprendre, la violence est chiante et même les scènes de sexe sont calibrées à l’américaine (libertaire en façade, mais aussi érotique qu’un discours de Benoît XVI).

Au deuxième tiers, on lève un sourcil, on arrête de baver et on sourit deux trois fois devant les mimiques de Salma Hayek-Pinault, et puis on se rendort.

De quoi on parle déjà ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Savages. C’est fatigant, bruyant et a peine supportable de lourdeur. Les acteurs sont lisses, comme le scénario et le style de caméra qui réussit presque à faire pire que feu-Tony Scott, sans toutefois parvenir à nous faire regretter sa mort.

Une bien belle soirée quoi.

Detachment. Dandy vérole.


Faut-il aller voir Detachment ?

Henry Barthes est prof remplaçant et dépressif à plein-temps. Un jour, il se retrouve dans un lycée pourri. Il y découvre que dans les quartiers difficiles les gosses sont tous des brutes, les filles sont toutes des putes, les moches sont toutes suicidaires, les profs sont tous en décomposition, les pères violent tous leurs filles, qui deviennent toutes alcooliques. Mais Henry s’en fout, il lit Camus.

La banlieue est effrayante, quand on la regarde par la baie-vitrée d’un duplex de Central Park. C’est un peu le thème d’un film qui oscille entre bien-pensance molle et pessimisme naïf. Dans la zone du film, tout est sombre, caricatural et désespéré. Sans aucune nuance, l’image d’Epinal du lycée de ZEP en guerre civile est martelé par un scénario lourdingue : tous les profs prennent des pilules, la directrice s’effondre sur la moquette et les jeunes filles se prostituent pour manger.

Evidemment, on me répondra que le réalisateur caricature pour mieux dénoncer. Quedalle. Comme cette gauche proprette qui se repaît de son “insoumission” en dénonçant des évidences, Tony Kaye érige le catastrophisme en humanisme pour se donner bonne conscience. Au final, sous des allures de film combattant, on regarde au mieux un mélo violoneux, et au pire, une nouvelle caricature stigmatisante.

Car au bout du compte, Detachment n’est pas humaniste, mais profondément misanthrope. Le vrai engagement serait de montrer qu’il y a de l’espoir, de l’énergie créative et de la fureur dans les barres d’immeubles. Je pense à L’Esquive évidemment, mais aussi Entre les murs ou la formidable saison 4 de The Wire. Dans les trois cas, les réalisateurs sont issus des quartiers dont ils parlent quand Tony Kaye semble avoir découvert la banlieue dans le 20h de TF1.

Au milieu de ce tableau noir, Adrian Body traîne son spleen en chemise de lin. Charismatique, cynique et rimbaldien, il lâche des phrases bien senties sur l’éducation, la vie et la jeunesse en prenant des poses de dandy. Le réalisateur ne prend jamais le soin de nous montrer une véritable scène de cours, mais comme Brody est cool, les élèves finissent par le respecter, surtout lorsqu’il leur balance que la pub leur ment. Comme si la pédagogie se résumait à dire des trucs consensuels en s’asseyant à l’envers sur une chaise.

Pour emballer le tout, Tony Kaye a le narcissisme de vouloir cadrer lui-même son film, sans vraiment savoir utiliser une caméra. Le résultat ressemble à ce qu’aurait filmé les frères Dardenne si on leur avait filé du speed : l’image est tremblante et les zooms intempestifs se succèdent aux images floues.

Merde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detachment. Racoleur, prétentieux et putassier, le film irrite sans jamais atteindre la vérité. Mais derrière cette montagne de pathos, il y avait pourtant de bonnes choses à dire sur la solitude des profs et la difficulté d’éduquer. Dans deux ou trois scènes, on sent même poindre un certain talent d’écriture et un propos intéressant.

Mais dans la même veine qu’American History X, son plus gros succès, aussi prétentieux et honteusement surestimé que le dernier, Tony Kaye préfère les images chocs aux propos intelligents. Et tant pis, si on ne retient rien. Heureusement qu’il n’est pas devenu prof.

Une fois n’est pas coutume, en zonant sur internet, j’ai lu cette critique bien vénère. Et ça m’a fait du bien.

Sherlock Holmes 2. Chère Loque.

Gnagnagna

Faut-il aller voir Sherlock Holmes 2 : jeu d’ombres ?

Ceux qui viennent ici depuis le début connaissent mon aversion profonde pour Guy Ritchie. Honteusement surestimé depuis qu’il a pondu Snatch, l’anglais épileptique pense qu’il a du style. En l’occurrence : une accumulation de gros plans d’une seconde et des mouvements de caméras intempestifs font office de rythme, une version démo de photoshop s’occupe des lumières et le vide s’attelle au scénario.

J’avais déjà collé son tarif à un premier épisode à peine passable. Sherlock Holmes 2 récidive en bien pire. Le détective au feutre mou titube au milieu de chaque scène comme une pâle copie de Jack Sparrow en tweed. La plupart de ses élucubrations sont incohérentes et même l’excellent Robert Downey Jr. ne semble pas comprendre le sens de ce qu’il raconte.

Les sous-entendus homosexuels entre les deux personnages principaux perdent le côté naturel et sous-jacent qui faisait l’intérêt du premier épisode. A croire que Guy Ritchie a découvert leur existence dans les critiques alors qu’il n’avait pas fait exprès la première fois. Ici, il surligne lourdement la relation, allant jusqu’à déguiser Sherlock en femme dans une scène aussi grotesque que le reste du film.

De la même manière, les rares qualités du premier sont noyées dans la surrecnhère : même les combats au ralenti perdent leur style, parce que complètements foutraques et même pas esthétiques. Dans cet océan de médiocrité, les saynettes sont mises bout à bout grâce à un scénario imbitable qui sert de prétexte aux scènes d’actions.

Malgré tout, il y a deux trois trucs à sauver : le jeu des acteurs, qui se battent pour faire tenir des rôles sans consistance, l’humour omniprésent qui nous arrache régulièrement un petit sourire et des jolis plans au ralenti vers la fin. Voilà.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes 2. C’est nul, c’est creux et c’est con. Guy Ritchie a transformé le détective en pitre ridicule pour amuser ses spectateurs, mais à part une auto-critique de son propre cinéma, je ne vois pas l’intérêt.

Pour le reste, Arthur Conan Doyle a déjà fait tellement de pirouettes dans sa tombe qu’il est probablement impassif. (Oui, ce mot n’existe pas, mais qui êtes-vous pour mieux voir que moi ce qu’il se passe dans la tombe d’Arthur ?)

J. Edgar. Hoover rated.

Faut-il aller voir J. Edgar ?

A 77 ans, John Edgar Hoover porte toujours des cravates. Patron, promoteur et père fondateur du FBI, le vieil homme regarde en arrière. Debout dans son bureau, il a vu défiler huit présidents et 48 années de service. Mais pendant toutes ces années, il n’a jamais pensé à installer un putain d’éclairage correct dans son bureau.

Mais qu’est-il arrivé au chef opérateur qui a tourné ce film ? Pendant 2 heures et 15 minutes, le personnage principal évolue dans le pénombre quasi-constante de bureaux affreusement laids. Au départ, on se demande si l’image est volontairement vieillie, mais non, la qualité infâme ne s’améliore jamais et même les mouvements de caméra semblent aussi hasardeux qu’un reportage des années 90 sur les Hackers.

Pas grave, entre les ralentis d’Invictus et les navettes de Space Cowboys, on a eu le temps de se rendre compte que les qualités esthétiques n’étaient pas la priorité de Clint Eastwood. Mais le fond, l’émotion et l’histoire sont-ils là ?

La réponse est oui, mille fois oui. Mille fois trop surtout. En deux petites heures, Clint essaye de nous raconter l’histoire de l’Amérique vu par  en dessous de la ceinture. Toutes les trois minutes, on change de président, en survolant les évènement forts à la volée. “Allô, JFK est mort”, “Non monsieur Nixon, vous n’aurez pas mes documents secrets”, “Nous allons faire tomber Al Capone”, Bim Bam Boum… Au final, un patchwork d’histoires politiques mal foutues où on n’apprend pas grand chose et dont on sort frustrés.

Pour ne rien arranger on passe en permanence du passé au présent, avec une régularité fatigante. Les acteurs ont beau être justes et convaincants, c’est pas facile de jouer dans le noir avec un faux bide et deux kilos de maquillage sur la tronche. Et puis un moment, on en a marre de voir ces deux vieux tremblotants qui tournent en rond.

Alors que reste-il ? Une histoire d’amour touchante entre deux hommes au pays des réacs. Assurément, les scènes les plus intéressantes du film. Mais pas de quoi sauver le navire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir J. Edgar. Clint Eastwood est meilleur dans les fables intimistes que dans les fresques historiques. Faute d’avoir un vrai point de vue, il empile les moments forts sans leur donner corps et on s’emmerde pas mal devant ce foutoir indigeste.

Et les oscars à venir me feront pas changer d’avis.

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Detective Dee. Moine Man Show.

ça va chier grave...

Faut-il aller voir Detective Dee. Le mystère de la flamme fantôme ?

Si Sherlock Holmes était chinois, il fumerait beaucoup moins la pipe. Armé d’un gros sabre et d’une barbichette, il passerait son temps à grimper sur les murs pour défoncer des ninjas. Watson serait un albinos avec une hache et une grande gueule. Il y aurait aussi une gonzesse qui met des paires de mandales et des coups de fouets. On rigolerait bien.

Nous sommes en 690, année bordélique : Wu Ze Tian, la régente de Chine s’apprête à devenir impératrice mais les comploteurs veulent lui faire la peau. Quand sa garde rapprochée commence à prendre feu, elle fait appel à un juge mystérieux, sur les conseils d’un cerf qui parle. Et tout le monde à l’air de trouver ça normal.

Contrairement aux apparences, Detective Dee n’est pas un énième Tigre et Dragon. Si les personnages ne peuvent pas s’empêcher de grimper sur des feuilles de temps à autres, l’accent est d’abord mis sur l’enquête et la personnalité du héros. Plutôt bien écrit, le scénario complexe réinvente les classiques occidentaux dans un univers asiatique. Le mélange fonctionne, parce qu’on l’a vu mille fois, mais jamais comme ça.

Taciturne et cynique, Dee préfère utiliser ses méninges que ses avant-bras en ayant toujours un coup d’avance sur le spectateur. L’intrigue a beau être tirée par les cheveux, on rentre dans chacun de ses nombreux tiroirs, sans jamais s’ennuyer ni être vraiment estomaqué. Jolie, l’histoire d’amour évite toute mièvrerie et, pour une fois, les personnages féminins sont bien plus intéressants que les autres.

Malheureusement, le film est moche. Là où Hero ou le superbe Time and Tide (du même réalisateur) brillaient par un style onirique ou ultra-moderne, Detective Dee se cherche. Affreuses, les images de synthèses rappellent tristement les cinématiques du jeux-vidéo Age of Empire. En 1997, c’était hyper-cool. Aujourd’hui, ça craint, même si le grain de l’image et les effets spéciaux old-school donnent une forme de charme kitsh à l’ensemble.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detective Dee. Sympa et distrayant, le film manque d’originalité et de style pour taquiner les chefs d’oeuvres du cinéma asiatique. Néammoins, le mélange du kung-fu cheapos et du film noir est plutôt bien dosé, et les chorégraphies aériennes ne manquent pas de charme.

Malgré les effets spéciaux ringards, le cinéma chinois gagne en puissance à chaque film. C’est aussi le problème : on ne peut pas s’empêcher de froncer les sourcils devant le double-fond de l’histoire. Sous des airs de film pop-corn, Detective Dee prêche la servilité au pouvoir, même si ce dernier torture ses sujets en basant sa légitimité sur la puissance et la terreur.

Venant d’un pays qui s’assoit sur la démocratie, c’est gênant.

Mon père, femme de ménage. Balai nouille.

Papa Fils

Faut-il aller voir Mon père est femme de ménage ?

Polo vit dans un reportage flippant de TF1 : coincé dans les barres grises d’une cité en banlieue parisienne, avec une mère clouée au lit, une soeur débile, un père en galère et un voisin de classe Rrom qui lui met des coups de boules. Heureusement, tout va bien.

 Malgré les difficultés de la vie de Polo, le film garde la pêche tout du long. La banlieue est colorée, les voisins se disent tous bonjour et les cancres de la classe font gentiment les pitres. La bande du héros rassemble un noir, un arabe et un juif, qui se font tous des blagues racistes en rigolant. Même les méchants cachent des gentils, et au fond, tout le monde s’aime. C’est un peu gênant.

Dans la tradition française, il est de bon ton de présenter les sujets sous leur angle le plus dramatique. Beaucoup d’articles ont reproché à la réalisatrice Saphia Azzedine de repeindre les cités en rose. C’est vrai, à certains moments, l’optimisme ambiant est un peu trop exacerbé pour convaincre. Les jeunes héros parlent le verlan des années 90 (“yo mon frère, tranquille ou quoi ?”) et ils ne ressemblent pas vraiment aux mecs vénères que je croise parfois sur la ligne 13.

Oui mais voilà. Terre de prédilection des journalistes racoleurs, la banlieue est toujours regardée comme une jungle. Le premier qui en parle sans mentionner la drogue, la violence et l’islamisation rampante est un doux rêveur. Mais la sacro-sainte “stigmatisation” dont se repaissent tous les journaux bien pensants commence aussi dans leur regard condescendant et leurs tartines de pathos. Après les brillants Tout ce qui brille et L’esquive, la banlieue renvoie un message à ceux qui en parlent sans y vivre : “Vous nous cassez les couilles”. Elle a bien raison.

Malgré ce point de vue rafraîchissant, Mon père est femme de ménage n’est pas un grand film. Les ressorts narratifs sont lourds, les dialogues souvent patauds et pas toujours bien interprétés. Si François Cluzet cabotine avec talent, le reste du casting galère dans la peau de personnages caricaturaux enroulés dans des grosses ficelles.

Dommage, pour une fois qu’un film décidait de sourire, il faut qu’il ait de la salade entre les dents.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Mon père est femme de ménage. Mais contrairement à ce qu’indique son titre, le film n’est pas un énorme nanard. Loin d’être inoubliable, cette comédie sympatoche se laisse regarder tranquillement, la musique est chouette et l’histoire arrache même quelques petits sourires.

Quant au fond du sujet, les vieux clichetons sur la banlieue méritent sans doute une réflexion plus poussée. Parler des cités avec justesse est un exercice difficile, mais une chose est sûre, la pitié n’a rien à voir avec le respect, bien au contraire.

Le pire film du monde ?

Il y a une semaine, Sucker Punch se voyait décerner ici le titre de “Pire film du monde”. Critiquée, cette palme vous a fait réagir dans les commentaires et sur Twitter. Finalement, vous êtes plus enthousiastes pour jeter des cailloux que pour lancer des fleurs, ce qui est rassurant sur la nature humaine. Amen.

Grâce à vos contributions, nous avons pu tresser une esquisse de réponse à la question qui habite secrètement chaque cinéphile :

Mais quel est donc le pire film du monde ?

The Room : Mélodrame débile proposé par @CamRichRich, et “Best movie of the year” selon lui-même…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=yCj8sPCWfUw[/youtube]

Le dernier des templier : Heroïc Fantasy bad taste proposé par @Nyv_ avec une sorcière bien badante et des zombies cheapos.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=iqOMfMamT7s[/youtube]

Reign in Darkness : Kung-fu affreux proposé par Tanguy, avec encore des zombies, une image bien laide et une jaquette DVD annonçant être « à mi-chemin entre Blade et Matrix ».

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=cjMlIQTFhXQ[/youtube]

For your height only : trouvaille magnifique de Baptiste, qui clôt un peu le débat.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=M5KeUMxyAwM[/youtube]

Sucker Punch : je maintiens, Sucker Punch est un nanard stratosphérique.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=mHHJVDSRn08&feature=fvst[/youtube]

En Bonus : Un film qui pourrait ravir la palme, mais il ne sort qu’en DVD donc ça compte pas (via @Nyv)

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=5qu4wQwc6QU[/youtube]

Morning Glory. McAdams Cow-Boy.

Ou mais dis donc elles sont moches ces couleurs !

Faut-il aller voir Morning Glory ?

Becky Fuller est une connasse en tailleur. Mariée à son travail et à son Blackberry, elle ne vit que pour le rendement, l’audimat et les billets verts. Fatalement, elle a pas de potes, pas de talent et pas de mec. Lorsqu’elle perd son travail, elle se rend à New-York pour devenir rédactrice en chef d’une émission matinale de merde. Pas de chance, le présentateur est un dinosaure, qui a décidé de faire du journalisme.

“A la télé, il y a les news et le divertissement. Il y a longtemps que la deuxième catégorie a gagné”, affirme Rachel McAdams dans une scène. Tout est là. Un peu avant, la héroïne tente de recruter Harrison Ford pour présenter la matinale, mais son producteur l’en dissuade : “Avec lui tu n’auras que des informations sur les cyclones, les guerriers pachtounes d’Afghanistan et la crise du micro-crédit“. Oh non alors.

Working-girl horripilante, Rachel McAdams passe son film à combattre ce journaliste dinosaure qui a gagné le prix Pulitzer et parcouru le monde dans tous les sens. Pour remonter la chaîne, elle envoie ses reporters faire du train fantôme, des tatouages sur les fesses et des fêtes de la choucroute en live. Concrètement, elle transforme Le Monde en The Sun, ça marche, et on est censés trouver ça génial.

Seule opposition à l’enthousiasme ambiant, Harrison Ford campe un vieux con caricatural qui préfère dénoncer la corruption du gouverneur local quand on lui demande d’interviewer un rabbin transexuel déguisé en tortue. Heureusement, A LA FIN, c’est McAdams qui l’emporte et Indiana Jones se résout enfin à ranger sa tenue de grand reporter pour préparer une émission culinaire. YOU-FUCKING-PI !

Et puis merde, les cadrages sont dégueulasses, les couleurs sont affreuses et les acteurs jouent mal. Tout est laid, jusque dans les sentiments de la héroïne, qui tombe amoureuse d’un mec parce qu’il a fait Yale et qu’il était dans l’équipe de rameurs. Et les voilà partis pour des scènes d’amour soft à l’américaine sur des violons sirupeux dégoulinants. BORDEL Qui se dévoue pour dire à Hollywood qu’ils nous pondent les mêmes bouses depuis 20 ans ? Qu’on en a marre du rêve américain auquel plus personne ne croit ? 

Moi ce genre de films, ça me donne envie de devenir Taliban.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Morning Glory. Même si le film m’a arraché quelques demi-sourires. Le fond est trop pourri, la forme est trop convenue. Voir ça après Pina, c‘est sortir de chez Bocuse pour manger des cailloux.

Désolé d’avoir dit la fin.

Sucker Punch. Bombes, laideur.

Libérées, mais à quatre pattes, faut pas déconner

Faut-il aller voir Sucker Punch ?

– Zack Snyder ! Hé Zack ! Si on faisait le pire film du monde ?

– Quoi ? Mais pourquoi me le demander à moi ?

– Ben attends, t’es une légende : dans une courte carrière, t’as quand même réussi à réaliser un film de zombie pas ouf, un péplum crypto-gay raciste et un film de super-héros chiant et laid. A chaque film, tu sombres un peu plus dans les effets clinquants et mauvais goût au détriment du scénario. Si quelqu’un peut faire le pire film du monde, c’est toi Zack.

– Merci, mais on y raconte quoi ?

– On s’en branle ! On n’a qu’à raconter n’importer quoi ! Qu’est-ce qu’on veut sur les affiches du métro ? Des gonzesses en bas résilles, des gros flingues et des zombies baveux. On fout les filles dans un espèce de bordel-prison (pour montrer de la chair fraîche et satisfaire les sadiques), on dit que ça se passe dans un rêve (pour faire apparaître des zombies quand on veut et mélanger les époques) et on les fait pleurer (parce que c’est des filles, et parce qu’il faut bien meubler entre les scènes d’action).

– Chouette, on va se faire plein de fric ! Mais j’ai du mal à voir à quoi ça va ressembler…

– A rien Zack ! On va mettre des robots, des nazis, des dragons, des sabres japonais, des châteaux forts, des bombes atomiques et des soldats géants avec des chapeaux chinois. Quand les filles seront pas en train de les combattre en mini-jupe, elles se feront humilier en talons aiguilles par un mac à moustache et des gros porcs à cigares. On va tout faire en 3D, dans des textures bien dégueulasses qui nous coûterons que dalle.

Coolos ! Je vois déjà tout ça en musique : on pourrait prendre plein de tubes mythiques comme White Rabbit de Jefferson Airplane ou Sweet Dreams de Eurythmics et les rejouer en rajoutant plein d’effets affreux. Mais je reste inquiet pour les critiques. Ils vont nous démonter non ?

– Rien à battre ! Nos affiches seront bien plus bandantes que les colonnes austères de Télérama. Et puis faut pas croire : ils auront trop peur de passer pour des vieux cons has-been, et ils feront tous semblant d’aimer. On dira que tu retournes en enfance, que tu rends hommage à la culture geek des jeux vidéos. Je suis sûr qu’il y aura même des andouilles pour trouver ça féministe ! De toute façon, la bande-annonce sera tellement coolos qu’elle fera baver les blogs ! Le temps de se rendre compte que c’est nul, et on y sera tous allé.

– Oooh j’ai hâte ! Je termine mon film en images de synthèse sur les chouettes, et je me jette sur ce projet !

En Bref : Il ne faut surtout pas aller voir Sucker Punch. Contrairement aux prédictions de Kichou et à la dithyrambe critique, la dernière bouse de Zack Snyder nous plonge dans un gouffre de néant. Évidemment, on y va ni pour le scénario minable ni pour le jeu pathétique des acteurs, mais même les scènes d’actions – censées être le coeur du film – sont bordéliques, mal réalisées et pleines d’effets cheapos pourraves.

En l’absence de second degré dans cet océan de nullité, je pense que nous sommes là devant le pire film du monde. Un fait marquant de l’histoire du cinéma. Faisons en sorte de s’en rappeler, pour qu’une telle erreur ne se reproduise jamais.