Attila Marcel. Wife Beater.

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Faut-il aller voir Attila Marcel ?

Paul a trente ans dans son corps et dix ans dans sa tête, du temps à rattraper et deux tantes à perdre. Il a aussi des souvenirs, un peu vagues. La plage, la rumba, les sourires de sa mère et les coups de boules de son père. Le bon temps.

Le problème des films bizarres, c’est quand ils sont réalisés par des mecs normaux. Quand derrière les portraits de freaks et de déclassés, vous entendez le scénariste vous hurler sa rengaine politique sur l’acceptation des marginaux (COUCOU TOI !), tout en se gargarisant de leur pôésie.

Les premières minutes d’Attila Marcel penchent un peu dans ce travers : extrêmement horripilantes, les deux tantes du héros dansent dans des robes identiques en hurlant des mélodies ringardes. C’est voulu, bien-sûr, mais les deux actrices (paix à l’âme de l’une d’entre elles) sont rarement justes et trop caricaturales pour que l’effet fonctionne.

Alors quoi ? Nul ?

Non. D’abord parce que Sylvain Chomet peut légitimement postuler dans la catégorie des vrais mecs bizarres. Venu de l’animation, il laisse derrière lui deux films muets barrés et beaux, ainsi qu’un poignée de bds que je n’ai pas lues, mais qui ont l’air bien. Ses freaks ne sont pas là pour délivrer des messages, à part peut-être que les cathos devrait arrêter de nous empêcher de baiser, ce à quoi vous êtes libre de souscrire.

Le scénario est touffu. Il parle de souvenirs, d’avenir et de reproduction sociale. C’est un peu le bordel, certains retournements sentent un peu le cramé, mais l’ensemble est sauvé par de jolis personnages.

Au milieu de ce bestiaire, outre les soeurs souffrance, il y a un fantastique taxidermiste de la lose et quelques beaux portraits de femmes. Anne Le Ny est presque parfaite en tante idéale qui fait pousser des champignons hallucinogènes sur des bouses de vache, la mère du héros illumine chacun de ses souvenirs, transformés en comédies musicales foutraques, et même la joueuse de violoncelle amoureuse est joliment décalée.

On pense à Jeunet, sans l’étalonnage au stabylo, on pense à Tati pour les silences et on a presque l’impression de se rappeler l’enfance, quand on avait rien à faire de mieux que de glander dans une poussette, babiller des conneries et regarder les gens nous faire des grands sourires. Le bon temps.

En Bref : Il faut aller voir Attila Marcel. Même si le film est un peu bancal et souvent maladroit, il est aussi bouillonnant d’idées, de gobage de cerises et de tendresse.

Comme je m’apprête à diffuser un film qui dénonce la publicité cachée, je dois quand même vous parler en toute transparence : j’ai été invité à l’avant-première du film et on m’a donné plein de madeleines.

Quand aux 5 000 euros, je les ai reversés à la Croix-rouge.

John Carter. Sale Carter.

Faut-il aller voir John Carter ?

Je sais ce que vous allez dire : tant pis pour moi. Et c’est vrai : un chevelu en slip qui combat des phoques géants sur Mars, c’était ambitieux. Si on ajoute des scènes de Western et un univers héroïc-fantasy cheapos, on comprend pourquoi la dernière production Disney est un échec cuisant. Dans la salle, on était deux (mais bon, on était vendredi matin).

Au tout départ, c’est vraiment dur de ne pas partir en courant. Le neveu de quelqu’un lit un journal intime pour lancer la voie off, des moines chauves se baladent en lévitation sur mars et un barbu sans charisme fait du cheval en Virginie.

Sur mars, l’univers se dessine sans jamais convaincre, comme si les scénaristes ne croyaient pas dans leur monde improbable (“par Issus mon jeddak, c’est un quark”, “si tu veux être le sodar sojat, reviens dans moins d’un xsat”, “chéri, tu as les clefs de ma Hyundai ?”… Ce genre de conneries).

Sur le fond, John Carter partage le même idéal génocidaire que la plupart des fables fantastiques pour mômes américains : il y a les rouges et les bleus et le monde ira mieux quand les bleus auront butté tous les rouges. Parce que les rouges sont violents (c’est eux qui ont commencé). Et pour surfer sur l’écologisme ambiant, les rouges sont les foutus pollueurs qui ont asséchés le sol martien.

Mais une fois qu’on a digéré la bêtise de l’ensemble, l’enfant qui sommeille en nous se marre bien : John Carter saute partout, les trucs verts deviennent attachants et l’univers finit presque par être sympathique.

En Bref : Il ne faut pas aller voir John Carter. Trop neuneu, trop plat et complètement kitsch. Mais il y a quelque chose de vintage dans les sautillements de ce héros à l’ancienne, sans doutes ni fêlures ni vêtements.

Et pour une fois, le personnage féminin n’est pas un simple faire-valoir qui crie derrière le héros. Malgré sa princessitude et ses jolies robes, elle a aussi un bon coup droit et de la personnalité.

Comme quoi on ne peut pas tout avoir sur une planète, c’est les océans ou l’égalité des sexes.